ACTE V, SCENE I
Ce cœur jusqu'à ce jour à ses ordres rebelle. Enfin, et vos soupirs l'ont sans doute obtenu, De mes égarements me voilà revenu.
Plusde remise. Il faut qu'aux yeux de tout le monde A mes folles erreurs mon repentir réponde ; Que j'efface, en changeant mes criminels désirs, L'empressement fatal que j'eus pour les plaisirs, Et tâche à réparer, par une ardeur égale, Ce que mes passions ont causé de scandale. C'est à quoi tous mes vœux aujourd'hui sont portés ; Et je devrai beaucoup, monsieur à vos bontés, Si, dans le changement où ce retour m'engage, Vous me daignez choisir quelque saint personnage Qui, me servant de guide, ait soin de me montrer A bien suivre la route où je m'en vais entrer.
D. LOUIS
Ah ! qu'aisément un fils trouve le cœur d'un père Prêt, au moindre remords, à calmer sa colère! Quels que soient les chagrins que par vous j'ai reçus, Vous vous en repentez, je ne m'en souviens plus. Tout vous porte à gagner cette grande victoire : L'intérêt du salut, celui de votre gloire. Combattez, et surtout ne vous relâchez pas. Mais, dans cette campagne, où s'adressent vos pas ? J'ai sorti de la ville exprès pour une affaire Où dès hier ma présence était fort nécessaire, Et j'ai voulu marcher un moment au retour; Mon carrosse m'attend à ce premier détour : Venez.
Non, aujourd'hui souffrez-moi l'avantage D'un peu de solitude au prochain ermitage. C'est là que, retiré, loin du monde et du bruit, Pour m'offrir mieux au ciel, je veux passer la nuit. Ma peine y finira. Tout ce qui m'en peut faire Dans ce détachement qui m'est si nécessaire, C'est que, pour mes plaisirs, je me suis fait prêter Des sommes que je suis hors d'état d'acquitter. Faute de rendre, il est des gens qui me maudissent, Qui font...
D. LOUIS
Que là-dessus vos scrupules finissent.
Je paîrai tout , mon fils , et prétends de mon bien Vous donner...
D. JUAN
Ah! pour moi je ne demande rien :
Pourvu que par mes pleurs mes fautes réparées...
n. LOUIS.
O consolations ! douceurs inespérées !
Tous mes vœux sont enfin heureusement remplis; Grâce aux bontés du ciel, j'ai retrouvé mon fils, Il se rend à la voix qui vers lui le rappelle. Je cours à votre mère en porter la nouvelle. Adieu, prenez courage; et, si vous persistez, N'attendez plus que joie et que prospérités.