‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 749 sur 766 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LE COMTE D'ESSEX, TILNEY

LE COMTE D'ESSEX

Je dois beaucoup, sans doute, au souci qui t'amène ; Mais enfin tu pouvais t'épargner cette peine. Si l'arrêt qui me perd te semble à redouter, J'aime mieux le souffrir que de le mériter.

TILNEY

De cette fermeté souffrez que je vous blâme. Quoique la mort jamais n'ébranle une grande âme^ Quand il nous la faut voir par des arrêts sanglants Dans son triste appareil approcher à pas lents...

LE COMTE D'ESSEX

Je ne le cèle point, je croyais que la reine A me sacrifier dût avoir quelque peine. Entrant dans le palais sans peur d'être arrêté, J'en faisais pour ma vie un lieu de sûreté. Non qu'enfin, si mon sang a tant de quoi lui plaire, Je voie avec regret qu'on l'ose satisfaire ; Mais, pour verser ce sang tant de fois répandu, Peut-être un échafaud ne m'était-il pas dû. Pour elle il fut le prix de plus d'une victoire : Elle veut l'oublier, j'ai regret à sa gloire ; J'ai regret qu'aveuglée elle attire sur soi La honte qu'elle croit faire tomber sur moi. Le ciel m'en est témoin, jamais sujet fidèle N'eut pour sa souveraine un cœur si plein de zèle. Je l'ai fait éclater en cent et cent combats; On aura beau le taire, ils ne le tairont pas. Si j'ai fait mon devoir quand je l'ai bien servie, Du moins je méritais qu'elle eût soin de ma vie. Pour la voir contre moi si fièrement s'armer, Le crime n'est pas grand de n'avoir pu l'aimer. Le penchant fut toujours un mal inévitable : S'il entraîne le cœur, le sort en est coupable ; Et tout autre, oubliant un si léger chagrin, Ne m'aurait pas puni des fautes du destin.

TILNEY

Vos froideurs, je l'avoue, ont irrité la reine ; Mais daignez l'adoucir, et sa colère est vaine. Pour trop croire un orgueil dont l'éclat lui déplaît, C'est vous-même, c'est vous qui donnez votre arrêt. Par vous, dit-on, l'Irlande à l'attentat s'anime : Que le crime soit faux, il est connu pour crime; Et quand pour vous sauver elle vous tend les bras,

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