‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 754 sur 766 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

LA DUCHESSE

Si cet amour fut tel que je l'ai voulu croire, Je le connaîtrai mieux quand, tout à votre gloire, Dérobant votre tête à vos persécuteurs, Vous vivrez redoutable à d'infâmes flatteurs. C'est- par le souvenir d'une ardeur si parfaite Que, tremblant des périls où mon malheur vous .l'ose vous demander, dans un si juste effroi, [jette, Que vous sauviez des jours que j'ai comptés à moi. Douceur trop peu goûtée, et pour jamais finie! J'en faisais vanité ; le ciel m'en a punie. Sa rigueur s'étudie assez à m'accabler, Sans que la vôtre encor cherche à la redoubler.

De mes jours, il est vrai, l'excès de ma tendresse En vous les consacrant vous rendit la maîtresse : Je vous donnai sur eux un pouvoir absolu, Et vous l'auriez encor si vous l'aviez voulu. Mais, dans une disgrâce en mille maux fertile, Qu'ai-je à faire d'un bien qui vous est inutile? Qu'ai-je à faire d'un bien que le choix d'un époux Ne vous laissera plus regarder comme à vous? Je l'aimais pour vous seule ; et votre hymen funeste Pour prolonger ma vie en a détruit le reste. Ah ! madame, quel coup! Si je ne puis souffrir L'injurieux pardon qu'on s'obstine à m'offrir, Ne dites point, hélas ! que j'ai l'âme trpp fière ; Vous m'avez à la mort condamné la première; Et refusant ma grâce, amant infortuné, J'exécute l'arrêt que vous avez donné.

LA DUCHESSE

Cruel ! est-ce donc peu qu'à moi-même arrachée, A vos seuls intérêts je me sois attachée? Pour voir jusqu'où sur moi s'étend votre pouvoir, Voulez-vous triompher encor de mon devoir? Il chancelle, et je sens qu'en ses rudes alarmes Il ne peut mettre obstacle à de honteuses larmes, Qui, de mes tristes yeux s'apprêtant à couler, Auront pour vous fléchir plus de force à parler. Quoiqu'elles soient l'effet d'un sentiment trop ten- Si vous en profitez, je veux bien les répandre, [dre, Par ces pleurs, que peut-être en ce funeste jour Je donne à la pitié beaucoup moins qu'à l'amour ; Par ce cœur pénétré de tout ce que la crainte Pour l'objet le plus cher y peut porter d'atteinte ; Enfin, par ces serments tant de fois répétés De suivre aveuglément toutes mes volontés, Sauvez-vous, sauvez-moi du coup qui me menace. Si vous êtes soumis, la reine vous fait grâce; Sa bonté, qu'elle est prête à vous faire éprouver, Ne veut...

Ah ! qui yous perd n'a rien à conserver. Si vous aviez flatté l'espoir qui m'abandonne, Si n'étant point à moi, vous n'étiez à personne, Et qu'au moins votre amour moins cruel à mes feux

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