ELISABETH, TILNEY, LA DUCHESSE
LA DUCHESSE
Ali ! grâce pour le comte ! on le mène au supplice.
ELISABETH
Au supplice ?
LA DUCHESSE
Oui, madame ; et je crains bien, hélas ! Que ce moment ne soit celui de son trépas.
ELISABETH , à Tilney.
Qu'on l'empêche: cours, vole etfaisqu'onle ramène. Je veux, je veux qu'il vive. Enfin, superbe reine, Son invincible orgueil te réduit à céder ! Sans qu'il demande rien, tu veux tout accorder! Il vivra, sans qu'il doive à la moindre prière Ces jours qu'il n'emploîra qu'à te rendre moins fière, Qu'à te faire mieux voir l'indigne abaissement Où te porte un amour qu'il brave impunément! Tu n'es plus cette reine autrefois grande, auguste : Ton cœur s'est fait esclave ; obéis, il est juste. Cessez de soupirer, duchesse, je me rends. Mes bontés de ses jours vous sont de sûrs garants. C'est fait, je lui pardonne
LA DUCHESSE
Ah ! que je crains, madame, Que son malheur trop tard ait attendri votre âme ! Une secrète horreur me le fait pressentir. J'étais d:ms la prison, d'où je l'ai vu sortir; La douleur, qui des sens m'avait ôté l'usage, M'a du temps près de vous fait perdre l'avantage ; Et ce qui doit surtout augmenter mon souci, J'ai rencontré Coban à quelques pas d'ici. De votre cabinet, quand je me suis montrée, Il a presque voulu me défendre l'entrée. Sans doute il n'était là qu'afin de détourner Les avis qu'il a craint qu'on ne vous vînt donner. Il hait le comte, et prête au parti qui l'accable Contre ce malheureux un secours redoutable. On vous aura surprise ; et telle est de mon sort...
ELISABETH
Ah ! si -«es ennemis avaient hâté sa mort,
Il n'est ressentiment, ni vengeance assez prompte
Qui me pût...