‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 760 sur 766 · ELISABETH, LA DUCHESSE, TILNEY · texte numérisé non relu

ELISABETH, LA DUCHESSE, TILNEY

ELISABETH

Quoi! déjà de retour! As-tu tout arrêté? A-t-on reçu mon ordre? est-il exécuté?

TILNEY

Madame.*..

ELISABETH

Tes regards augmentent mes alarmes. Qu'est-ce donc? qu'a-t-on fait?

TILNEY

Jugez-en par mes larmes .

ELISABETH

Partes larmes! Je crains le plus grand des malheurs. Ma flamme t'est connue, et tu verses des pleurs ! Aurait-on , quand l'amour veut que le comte obtienne...

Ne m'apprends point sa mort, si tu ne veux la mien- Mais d'une âme égarée inutile transport! [ne. C'en sera fait, sans doute ?

TILNEY

Oui, madame.

ELISABETH

Il est mort !

Et tu l'as pu souffrir ?

TILNEY

Le cœur saisi d'alarmes, J'ai couru: mais partout je n'ai vu que des larmes. Ses ennemis, madame, ont tout précipité : Déjà ce triste arrêt était exécuté ; Et sa perte, si dure à votre âme affligée, Permise malgré vous, ne peut qu'être vengée.

ELISABETH

Enfin ma barbarie en est venue à bout ! Duchesse, à vos douleurs je dois permettre tout. Plaignez-vous, éclatez : ce que vous pourrez dire Peut-être avancera la mort que je désire.

LA DUCHESSE

Je cède à la douleur, je ne puis le celer; Mais mon cruel devoir me défend de parler; [mes Et, comme il m'est honteux de montrer par meslar- Qu'en vain de mon amour il combattait les charmes, Je vais pleurer ailleurs, après ces rudes coups, Ce que je n'ai perdu que par vous, et pour vous.

Page 1