LE COMTE B'ESSEX, ACTE V, SCENE VJ
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On ne lui donne pas le loisir d'achever : On veut sur l'échafaud qu'il paraisse. 11 y monte; Comme il se dit sans crime, il y paraît sans honte ; Et, saluant le peuple, il le voit tout en pleurs Plus vivement que lui ressentir ses malheurs. Je tâche cependant d'obtenir qu'on diffère Tant que vous ayez su ce que l'on ose faire. Je pousse mille cris pour me faire écouter ; Mes cris hâtent le coup que je pense arrêter. Il se met à genoux ; déjà le fer s'apprête ; D'un visage intrépide il présente sa tête, Qui du tronc séparée.-.
ELISABETH
Ah ! ne dites plus rien :
Je le sens, son trépas sera suivi du mien. Fière de tant d'honneurs, c'est par lui que je règne ;
C'est par lui qu'il n'est rien où ma grandeur n'at-
[teigne ; Par lui, par sa valeur, ou tremblants, ou défaits, Les plus grands potentats m'ont demandé la paix; Et j'ai pu me résoudre... Ah! remords inutile! Il meurt, et par toi seule, ô reine trop facile ! Après que tu dois tout à ses fameux exploits, De son sang pour l'état répandu tant de fois, Qui jamais eût pensé qu'un arrêt si funeste Dût sur un échafaud faire verser le reste ? Sur un échafaud, ciel ! quelle horreur! quel revers ! Allons, comte ; et du moins aux yeux de l'univers Faisons que d'un infâme et rigoureux supplice Les honneurs du tombeau réparent l'injustice. Si le ciel à mes vœux peut se laisser toucher, Vous n'aurez pas longtemps à me la reprocher.