‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 84 sur 766 · CURIACE, CAMILLE, JULIE · texte numérisé non relu

CURIACE, CAMILLE, JULIE

CUEIACE.

JN'en doutez point, Camille, et revoyez un homme Qui n'est ni le vainqueur ni l'esclave de Rome ; Cessez d'appréhender de voir rougir mes mains Du poids honteux des fers ou du sang des Romains. J'ai cru que vous aimiez assez Rome et la gloire Pour mépriser ma chaîne et haïr ma victoire; Et comme également en cette extrémité Je craignais la victoire et la captivité...

CAMILLE

Curiace, il suffit, je devine le reste :

Tu fuis une bataille à tes vœux si funeste,

Et ton cœur, tout à moi, pour ne me perdre pas,

Dérobe à ton pays le secours de ton bras.

Qu'un autre considère ici ta renommée,

Et te blâme, s'il veut, de m'avoir trop aimée.

Ce n'est point à Camille à t'en mésestimer;

Plus ton amour paraît, plus elle doit t'aimer;

Et, si tu dois beaucoup aux lieux qui t'ont vu naître,

Plus tu quittes pour moi, plus tu le fais paraître.

Mais as-tu vu mon père? et peut-il endurer

Qu'ainsi dans sa maison tu t'oses retirer?

Ne préfère-t-il point l'état à sa famille ?

Ne regarde-t-il point Rome plus que sa fille?

Enfin notre bonheur est-il bien affermi ?

T'a-t-il vu comme gendre, ou bien comme ennemi ?

CUEIACE.

Il m'a vu comme gendre, avec une tendresse Qui témoignait assez une entière allégresse ; Mais il ne m'a point vu, par une trahison, Indigne de l'honneur d'entrer dans sa maison. Je n'abandonne point l'intérêt de ma ville, J'aime encor mon honneur en adorant Camille. Tant qu'a duré la guerre, on m'a vu constamment Aussi bon citoyen que véritable amant.

D'Albe avec mon amour j'accordais la querelle; Je soupirais pour vous en combattant pour elle ; Et s'il fallait encor que l'on en vînt aux coups, Je combattrais pour elle en soupirant pour vous. Oui, malgré les désirs de mon âme charmée, Si la guerre durait, je serais dans l'armée :

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