‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 85 sur 766 · HORACE, ACTE 11, SCENE I · texte numérisé non relu

HORACE, ACTE 11, SCENE I

C'est la paix qui chez vous nie donne un libre accès, La paix à qui nos feux doivent ce beau succès.

CAMILLE

La paix ! Et le moyen de croire un tel miracle ?

JULIE

Camille, pour le moins croyez-en votre oracle, Et sachons pleinement par quels heureux effets L'heure d'une bataille a produit cette paix.

CUKIACE.

L'aurait-on jamais cru ! Déjà les deux armées, D'une égale chaleur au combat animées, Se menaçaient des yeux, et marchant fièrement, N'attendaient, pour donner, que le commandement ; Quand notre dictateur devant les rangs s'avance, Demande à votre prince un moment de silence ; Et l'ayant obtenu : « Que faisons-nous , Romains, « Dit-il, et quel démon nous fait venir aux mains ? « Souffrons que la raison éclaire enfin nos âmes : « Nous sommes vos voisins, nos filles sont vos fem-

[mes, «Etl'hymennousajointspartantettant de nœuds, « Qu'il est peu de nos fils qui ne soient vos neveux ; « Nous ne sommes qu'un sang et qu'un peuple en

[deux villes :

« Pourquoi nous déchirer par des guerres civiles, « Où la mort des vaincus affaiblit les vainqueurs, « Et le plus beau triomphe est arrosé de pleurs? « Nos ennemis communs attendent avec joie « Qu'un des partis défaits leur donne l'autre en proie, « Lassé, demi-rompu, vainqueur, mais pour tout

[fruit, « Dénué d'un secours par lui-même détruit. « Ils ont assez longtemps joui de nos divorces; « Contre eux dorénavant joignons toutes nos forces, « Et noyons dans l'oubli ces petits différends « Qui de si bons guerriers font de mauvais parents. « Que si l'ambition de commander aux autres « Fait marcher aujourd'hui vos troupes et les nôtres, « Pourvu qu'à moins de sang nous voulions l'apaiser, « Elle nous unira, loin de nous diviser. [ne ;

« Nommons des combattants pour la cause commu- « Que chaque peuple aux siens attache sa fortune ; « Et, suivant ce que d'eux ordonnera le sort, « Que le faible parti prenne loi du plus fort : « Mais sans indignité pour des guerriers si braves, « Qu'ils deviennent sujets sans devenir esclaves, « Sans honte, sans tribut, et sans autre rigueur « Que de suivre en tous lieux les drapeaux du vain-

[queur.

« Ainsi nos deux états ne feront qu'un empire. » Il semble qu'à ces mots notre discorde expire : Chacun, jetant les yeux dans un rang ennemi, Reconnaît un beau-frère, un cousin, un ami; Ils s'étonnent comment leurs mains, de sang avides, Volaient, sans y penser, à tant de parricides, Et font paraître un front couvert tout à la fois

D'horreur pour la bataille, et d'ardeur pour ce choix. Enfin l'offre s'accepte, et la paix désirée Sous ces conditions est aussitôt jurée : [choisir, Trois combattront pour tous ; mais pour les mieux Nos chefs ont voulu prendre un peu plus de loisir : Le vôtre est au sénat, le nôtre dans sa tente.

CAMILLE

O dieux, que ce discours rend mon âme contente !

CURIACE

Dansdeux heures au plus, parun commun accord, Le sort de nos guerriers réglera notre sort, [me : Cependant tout est libre, attendant qu'on les nom- Rome est dans notre camp, et notre camp dans D'un et d'autre coté l'accès étant permis, [Rome; Chacun va renouer avec ses vieux amis.

Pour moi, ma passion m'a fait suivre vos frères; Et mes désirs ont eu des succès si prospères, Que Fauteur de vos jours m'a promis à demain Le bonheur sans pareil de vous donner la main. Vous ne deviendrez pas rebelle à sa puissance ?

CAMILLE

Le devoir d'une fille est dans l'obéissance.

CURIACE

Venez donc recevoir ce doux commandement, Qui doit mettre le comble à mon contentement.

CAMILLE

Je vais suivre vos pas, mais pour revoir mes frères, Et savoir d'eux encor la fin de nos misères.

JULIE

Allez, et cependant au pied de nos autels J'irai rendre pour vous grâces aux immortels.

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