Mon pouvoir t'excuse à ta pairie
n'est pas français, il faut envers la patrie, auprès de ta patrie.
Vous aimer sans espoir, c'est tout ce que je puis. Vous en pleurez, Camille ?
CAMILLE
Il faut bien que je pleure :
Mon insensible amant ordonne que je meure : Et quand l'hymen pour nous allume son flambeau, Il l'éteint de sa main pour m'ouvrir le tombeau. Ce cœur impitoyable à ma perte s'obstine, Et dit qu'il m'aime encore alors qu'il m'assassine. curiace. [cours !
Que les pleurs d'une amante ont de puissants dis- Et qu'un bel œil est fort avec un tel secours ! Que mon cœur s'attendrit à cette triste vue ! Ma constance contre elle à regret s'évertue. N'attaquez plus ma gloire avec tant de douleurs, Et laissez-moi sauver ma vertu de vos pleurs ; Je sens qu'elle chancelle, et défend mal la place. Plus je suis votre amant, moins je suis Curiace. Faible d'avoir déjà combattu l'amitié, Vaincrait-elle à la fois l'amour et la pitié? Allez, ne m'aimez plus, ne versez plus de larmes, Ou j'oppose l'offense à de si fortes armes ; Je me défendrai mieux contre votre courroux, Et, pour le mériter, je n'ai plus d'yeux pour vous : Vengez-vous d'un ingrat, punissez un volage. Vous ne vous montrez point sensible à cet outrage ! Je n'ai plus d'yeux pour vous, vous en avez pour moi ! En faut-il plus encor? je renonce à ma foi. Rigoureuse vertu dont je suis la victime, Ne peux-tu résister sans le secours d'un crime ?
CAMILLE
Ne fais point d'autre crime, et j'atteste les dieux Qu'au lieu de t'en haïr, je t'en aimerai mieux ; Oui, je te chérirai, tout ingrat et perfide, Et cesse d'aspirer au nom de fratricide. Pourquoi suis-je Romaine, ou que n'es-tu Romain ? Je te préparerais des lauriers de ma main ; Je t'encouragerais, au lieu de te distraire ; Et je te traiterais comme j'ai fait mon frère. Hélas ! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui ; J'en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui. Il revient : quel malheur, si l'amour de sa femme Ne peut non plus sur lui que le mien sur ton âme !