‹ uvres de P. et Th. Corneille, précédées de la Vie de P. CorneilleChapitre 93 sur 766 · SCENE VIN · texte numérisé non relu

SCENE VIN

Quelle peur vous saisit ?Sont-ce là ces grands cœurs, Ces héros qu'Albe et Rome ont pris pour défenseurs ?

HORACE

Que t'ai -je fait, Sabine ? et quelle est mon offense, Qui t'oblige à chercher une telle vengeance? Que t'a fait mon honneur ? et par quel droit viens-tu Avec toute ta force attaquer ma vertu?

Du moins contente toi de l'avoir étonnée, Et me laisse achever cette grande journée. Tu me viens de réduire en un étrange point; Aime assez ton mari pour n'en triompher point. Va-t'en, et ne rends plus la victoire douteuse ; La dispute déjà m'en est assez honteuse. Souffre qu'avec honneur je termine mes jours.

SABTNE.

Va, cesse de me craindre ; on vient à ton secours.

le vieil HORACE, HORACE, CURIACE, SABINE, CAMILLE.

LE VIEIL HORACE

Qu'est-ceci, mes enfants? écoutez-vous vos flammes? Et perdez-vous encov le temps avec des femmes? Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs ? Fuyez, et laissez-les déplorer leurs malheurs. Leurs plaintes ont pour vous trop d'art et de tendres- Elles vous feraient part enfin de leur faiblesse, [se ; Et ce n'est qu'en fuyant qu'on pare de tels coups.

SABINE

N'appréhendez rien d'eux, ils sont dignes devons. Malgré tous nos efforts vous en devez attendre Ce que vous souhaitez et d'un fils et d'un gendre ; Et si notre faiblesse ébranlait leur honneur, Nous vous laissons ici pour leur rendre du cœur. Allons, ma sœur, allons, ne perdons plus de larmes ; Contre tant de vertus ce sont de faibles armes. Ce n'est qu'au désespoir qu'il nous faut recourir. Tigres, allez combattre, et nous, allons mourir.

le vieil HORACE, HORACE, CURIACE.

HORACE

Mon père, retenez des femmes qui s'emportent, Et, de grâce, empêchez surtout qu'elles ne sortent. Leur amour importun viendrait avec éclat Par des cris et des pleurs troubler notre combat ; Et ce qu'elles nous sont ferait qu'avec justice On nous imputerait ce mauvais artifice : L'honneur d'un si beau choix serait trop acheté, Si l'on nous soupçonnait de quelque lâcheté.

LE VIEIL HORACE

J'en aurai soin. Allez, vos frères vous attendent ; Ne pensez qu'aux devoirs que vos pays demandent,

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