‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 103 sur 141 · CHEF DE BATAILLON DU GÉNIE, A MILAN · texte numérisé non relu

CHEF DE BATAILLON DU GÉNIE, A MILAN

Livourne, le 27 juillet 1808.

Ayant éprouvé ta fidélité dans l’ambassade de Vérone, je te nomme, ou, pour parler diplomatiquement, nous te nommons notre résident à Milan*, et d’abord nous te chargeons d’une négociation importante, difGcile, avec des puissances dont les dispositions à notre égard sont suspectes. La lettre ci-jointe t’ex-

LETTRES INÉDITE»'

pliquera de quoi il s’agit. Va voir cet Orbassan ' , dis-lui que si je ne vais au pays. Je suis ruiné sans ressource ; et cette fois un ambassadeur aura dit la vérité. Tu as dans ce que je t’ai marqué de Florence d’amples instructions; mais le point , après tout, c’est un oui ou un non ; veut-il , ne veut-il pas que j’aie ce congé.!* Kn lui écrivant par la poste, comme je ne suis pas un grand seigneur, je n’aurais jamais de réponse. Par toi je saurai à quoi m'en tenir.

S’il t’écoute, tu pourras lui dire que, sans ma maladie de Naples (qui n’était point le mal de Naples), j’aurais fait il y a six mois cette demande. Tu lui conteras de mes affaires ce que tu sais et ce que tu ne sais pas , pour lui faire entendre que je ne puis , sans perdre tout ce que j’ai au monde , différer davantage à me rendre chez moi. Dis-lui les banqueroutes que j’éprouve, mes gens d’affaires fripons, mes débiteurs sans foi, mes créanciers sans pitié, mes fermiers en prison, mes parents morts ou malades. Hélas! en disant tout cela, tu n’auras pas le mérite de mentir pour un ami. Ajoute que la guerre peut recommencer; qu’on peut m’envoyer outre-mer, en Turquie, à tous les diables; auquel cas je n’aurai plus qu’à déserter ou à me pendre.

Mais s’il ne t’écoute pas , ou s’il est insolent au delà de ce que

l’usage actuel autorise, alors envoie-le faire f ; car tel est

notre plaisir. Au reste, si tu réussis, comme tu m’auras servi à cette cour, je te servirai à Paris. Sur ce , nous prions Dieu, monsieur C ambassadeur , qu’il vous ait en sa sainte garde.

A M. LE GÉNÉRAL D’ANTHOÜARD,

k IIlLiN.

Livourne, le 28 juillet 1808.

Mon général , monsieur Haxo , chef de bataillon du génie , et mon intime ami , vous remettra la présente. Il vous expliquera, mieux que je ne pourrais faire dans une lettre, les embarras où je me trouve. Il faut que j’aille en France pour savoir si je suis ruiné. Les gens qui pourraient m’en dire des nouvelles ne m’écriveilt plus depuis longtemps. J’ai demandé un congé , mais on mé le refuse, pour me tenir ici à compter de vieux boulets

Le général d'Anlbouard, aide de camp du vice-roi.

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rouilles. Si Son Altesse savait tout cela , elle aurait pitié de ma peine ; et, voyant d’un côté à quoi l’on m’occupe ici, de l’autre combien ma présence est nécessaire chez moi , elle m’enverrait faire... mes affaires, qui seraient terminées en six semaines. Voilà, mon général, ce que j’espère obtenir par votre entremise.

On sait avec quelle bonté Son Altesse s’intéresse au sort de tous les ofliciers;etje me flatte que si vous voulez bien vous charger de mettre à ses pieds mes humbles supplications, je serai bientôt du nombre inflni de ceux que la reconnaissance attache à ce prince. Je ne puis que par vous, mon général, me faire entendre à Son Altesse. L’amitié dont vous m’honorez fait toute mon espérance; et, réduit comme je le suis à cesser de servir ou à perdre tout ce que j’ai , j’aurais déjà quitté mon inutile emploi pour sauver mon patrimoine, si je n’espérais garder l’un et • l’autre, par les mômes bontés dont vous m’avez donné tant de marques.

A M. DE SAINTE-CROIX

A PARIS

Livourne, le 3 aeptembre 1808.

TMonsieur , ne sachant si je pourrai jamais mettre la dernière main à ma traduction des deux livres de Xénophon sur la cavalerie, je prends le parti, sauf votre meilleur avis , de la publier telle qu’elle est , avec le texte revu sur tous les manuscrits de France et d’Italie, et des notes que je n'ai pas eu le temps de faire plus courtes : le tout paraîtra sous vos auspices, si vous en agréez l’hommage. Votre amitié me fait trop d’honneur pour que je résiste à l’envie de m’en parer aux yeux du publie, et m*on nom a besoin du vôtre pour obtenir quelque attention. Je me flatte, Monsieur , que vous verrez avec bonté un essai dont le premier objet fut de vous plaire , et que je n’eusse pas même conduit au point où il est, sans les encouragements que vous m’avez donnés.

' A MADAME MORIANA DIONIGI,

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