A ROM
Livourne, le 12 septembre 1808.
Madame , pour m’empêcher de vous aller voir, il est venu
LETTRES INÉDITES
exprès, je crois, un général inspecteur de l’artillerie. Ces ins« pecteurs sont des gens que l’on envoie examiner si nous faisons notre devoir. Le leur est de nous ennuyer, et celui-ci «’en acquitte parfaitement à mon égard. Quand il ne serait pas de sa personne un insupportable mortel, ce que vous nommez en votre langue un soldat accio , sa visite, tombant au travers de mes plus agréables projets, ne pouvait que m’assommer. Les malédictions ne remédient à rien; mais , madame, ces jours destinésà vous voir, les passeravec l’animal le plus.... Madonna mia, donnez-moi patience! Nous avons attendu deux mois son arrivée, et je ne sais combien encore nous attendrons son départ, douce espérance dont il nous flatte chaque jour. Je compte pourtant en être délivré cette semaine , et déjà mes pensées reprennent leur direction naturelle vers Rome. Mais avant de faire les démarches nécessaires pour pouvoir m’y rendre , il faut savoir si vous y êtes. N’est-ce pas dans cette saison que vous allez ordinairement à Ferentino ? Venir de si loin et ne vous pas trouver, ce serait pis que l’inspecteur. Je pars maintenant pour Florence; maintenant, c’est-à-dire, aussitôt que l’animal aura les talons tournés. J’en serai de retour dans quinze jours; faites, madame, que je trouve ici une lettre de vous qui m’apprenne où vous êtes, et je ferai en sorte , moi , qu’alors rien ne m’empêche de me rendre à Rome , si je suis assuré de vous y trouver.
Votre académie de Saint-Luc a donc enfin fait son devoir*. Je l’en félicite. Elle ne fera pas souvent de pareilles acquisitions. Mademoiselle Henriette, dans son Arcadie, avait quelque chose d’un peu païen; mais vous, madame, sous la bannière de saint Luc, vous sanctifierez toute la famille par votre foi et par vos œuvres.
En vous écrivant ceci , madame, d’une écriture qui n’a point de pareille au monde, j’ai le plaisir de penser que vous vous unirez tous pour tâcher de me lire , et qu’ainsi je vous occuperai tous au moins pendant quelques minutes. 11 me semble vous voir les uns après les autres aguzzar le ciglia* sur ce griffonnage, sans en pouvoir rien déchiffrer. Croyez-moi, laissez cela. Aussi bien qu’y trouveriez-vous ? des assurances très-sincères
' Cette académie avait reçu madame Dionigi parmi ses membres.
* Dante.
ÉCRITES DE FB4NCE ET d’iTALIE. 498
de mes sentiments, qui vous sont connus, et dont je me flatte que vous ne douterez jamais.