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LETTBBS INÉDITES,
ami Viltoison sur Longiis, de celles d’Orville sur Chariton, d’Abresch sur Aristénète , etc. ? Le baron de Locella lui-même, quoique homme iu monde, et qui devait avoir un peu plus de goût que ses collègues, n’a-t-il pas fait un gros volume in-4® de ce petit roman de Xénophon d’Éphëse, sans vous parler de mille autres commentateurs encore plus lourds que ceux que je viens de nommer? Ce qu’il y a de plus plaisant, c’est que les motifs qui vous font prononcer contre le bon Coray sont précisément ceux qui me donnent envie de lire ses notes. Ses étymologies de la langue moderne, ses explications de grec en grec, etc., me font vivement désirer de posséder cet ouvrage, et je vous prie, mon aimable commandant, de vous informer s’il se vend à Livourne, et à quel prix.
Si vous aviez lu la première partie des prolégomènes de Coray , vous n’auriez aucune crainte que la langue vulgaire dont il se sert ne soit pas entendue de ses compatriotes, puisque lui même désapprouve liautement la manière de quelques écrivains de sa nation , de mêler l’ancien grec avec l’idiome usuel, manière qu’il appelle fort bien macaronique. Quant à une autre réprimande que vous lui faites , d’avoir écrit sa préface dans une langue et les notes dans une autre , voici ma réponse ; La préface est pour les Grecs de toutes les classes, les notes uniquement pour ceux qui savent lire Isocrate dans sa propre langue. Enfin le dernier et le plus fort des reproches que vous lui faites , c’est de n’avoir pas examiné par hii-même les manuscrits de Paris. Voilà un péché bien grave, selon tous; quant à moi, je ne le regarde que comme une peccadille. On perd un temps bien précieux avec ces maudits manuscrits, qui le plus souvent ne vous donnent pas une leçon nouvelle qui soit bonne; et je regrette bien deux ‘ou trois mois que j’ai i>assés dans la bibliothèque Laurentiana à confronter Orphée, et quelques autres vétilles grecques. Le manuscrit de Pausanias n’a fourni que deux ou trois variantes assez bonnes; encore avaient-elles été devinées d’avance par les éditeurs. Que cela ne vous décourage cependant pas de venir ici collationner le beau manuscrit de Sophocle, qui vous donnera, je l’espère, ou du moins je le souhaite, une ample moisson de variantes.
Le comité dont nous devions être membres , vous et moi , n’a jusqu’à présent rien trouvé de fort intéressant dans les couvents supprimés, qu’un recueil de lettres inédites de Machiavelli , de Guicciardino, et d’autres hommes célèbres. On n’a pas encore visité la bibliotlièque délia Badia. ni celle de San Marco. Si je suis encore ici lorsque cette visite se fera , je me mettrai à la queue des commissaires, pour voir à mon aise ces deux bibliothèques, qui étaient autrefois presque inaccessibles. 11 doit s'y trouver une ample collection de manuscrits, si les moines ne les ont pas soustraits.
ÉCaiTES »E FBANCE ET c’iTÂLIE. 499
Furia et le gros abbé travaillent toujours à l’édition d’Ésope , qui les occupe depuis trois ans. Votre serviteur a fait la sottise de lire tout d’une haleine les erotiques grecs, ce qui a manqué le brouiller avec cette littérature qui, depuis un an, faisait ses délices, tant il a trouvé mauvais ces romanciers. C’est bien cela que vous appelez robaccia. Quel écrivain, dites-vous, que cet Isocrate! Quels écrivailleurs, dis-je, moi, que ce Xénoplion d'Éphèse, cet Achille Tatius , etc.! Je veux me remettre à lire Thucydide ou üémosthène, pour oublier ces platitudes-là.
On dit qu’on ne veut pas de vous en Espagne , mais qu’il pourrait vous arriver d’aller à Vérone : je voudrais qu’on vous envoyât ici ou à Rome, pour jouir de votre aimable et savante société ; et c’est avec ces vœux que j’aime à finir ma longue lettre.
• A M. DE SAINTE-CROIX
À Fiais.
Livourne, le 27 novembre 1808.
Monsieur, suivant vos instructions, j’ai remis moi-méme à M. Degérando mon Xénophon», qui se recommande fort à vos bontés. Vous me faites grand plaisir de ne pas dédaigner un hommage aussi obscur que le mien. Si j’ai quelque mérite, c’est d’avoir pu vous plaire; et c'est par là que je suis sûr de prévenir au moins le public en ma faveur.
Il m’importe, comme vous dites fort bien , que mon travail paraisse le plus tôt possible, non-seulement à cause de M. Gail, mais encore par d’autres raisons. Je vous prie donc de le livrer à quelque libraire , aux conditions qile vous jugerez convenables , ou même sans condition. Je voudrais bien être assez riche pour faire les frais de l’impression, et pouvoir ainsi disposer de tous les exemplaires ; ce serait une espèce de demi-publicité qui me conviendrait fort; mais je n’ai jamais un sou ; et puis , ne se moquerait-on pas avec quelque raison d’un officier qui emploierait sa solde à se faire imprimer ? Il faut donc trouver un libraire qui se charge de tout. Vanité d’auteur à part, je ne puis croire qu’il y perde. Si le grec ne se vend guère ( car, entre nous , les lecteurs sont cinq ou six en Europe ) , il se vend cher ; il y a toujours un certain nombre d’amateurs sur lesquels on peut compter; et la traduction , qui se peut séparer dutexte, aura plus de dé-
' Les deux livres sur la cavalerie , traduits à Naplea.
âOO LETTRES INÉDITES,
bit, ne fût-ce que comme ouvrage militaire. Au reste, monsieur, en cela comme en tout le reste, vous savez beaucoup mieux que moi ce qui se peut faire et ce qui convient : et puisque mon Xénophon a le bonheur de vous intéresser, je ne suis pas inquiet de son entrée dans le monde.
Pour le grec, l’édition devrait être soignée par quelqu’un qui l’entendît, et qui voulût prendre la peine d’y ajouter les accents. J’ai l’habitude très-condamnable de les omettre en écrivant. M. Boissonade, avec qui J’ai eu quelques liaisons, pourrait se charger de cet ennui, s’il voulait m’obliger aussi sensiblement que Grec puisse obliger un Grec. J’hésite d’autant moins à l’en prier, que Je puis lui rendre la pareille, étant tout à son service pour quelque collation ou notice de manuscrits qu’il lui faille de Rome ou d’ici , Je veux dire de Florence. Qu’il considère un peu de quelle conséquence il est pour les destinées futures de Xénophon que cette édition soit correcte , puisque , étant la quintessence de tous les manuscrits , sans addition ni suppression , changement ni correction aucune, fidélité rare et peut-être unique , elle servira de base à toutes celles qu’on fera Jamais de ce texte. Ce n’est donc pas pour moi , mais pour Xénophon, que Je lui demande cette grâce-, en un mot, pour Camour du grec.
Je n’ai point vu l’édition publiée en Allemagne il y a quatre on cinq ans , et Je ne la connais que par les lettres de feu M. de Villoison, qui m’en parlait fort avantageusement. Si l’éditeur, jM. Weiske, a donné quelques soins au texte de ces deux traités,
1 se peut que nos conjecttires se rencontrent souvent. Je ne sais même ( car J’ai appris que J’étais nommé dans sa préface) s’il n’a point publié quelques-unes de mes notes, que M. Villoison a pu lui communiquer.
Je crois sans peine, monsieur, tout ce que vous me marquez de M. Larcher, quelque admirable que cela soit. Sa vie est, comme ses ouvrages, fort au-dessus des forces communes. Je pense lui être plus redevable que personne, car tout mon grec me vient de lui. Si J’en sais peu, sans lui Je n’en saurais point du tout. Ce fut son Hérodote qui m’ouvrit le chemin à ces études , auxquelles je dois les meilleurs moments de ma vie. Cela vous explique pourquoi Je ne cite que lui dans mes notes. Malheureusement j’ai cité quelquefois Hérodote sans pouvoir consulter sa traduc-
ÉCRITES DE FRANCE ET d’iTALIE.
tion, seulement d’après mes extraits. Je travaillais en courant la poste , et le plus souvent sans livres. Dieu veuille qu’il n’y paraisse pas trop ! Mais quoi? je faisais en soldat la besogne d’un soldat ; car il y fallait un homme du métier, et qui n’eût connu que les livres n’aurait pu entendre ceux-là. Je reviens à M. Larcher, pour vous prier de lui présenter mon respect. En vérité, je ne sais par où je puis être digne de l’amitié de deux hommes comme vous et lui , si ce n’est par mon inviolable attachement.
Je comprends la perte que vous venez de faire >, monsieur, et j’ose à peine vous en parler. Je suis bien peu propre à vous consoler, moi qui, depuis dix ans atteint d’une douleur pareille*, la sens comme le premier jour. Je crois pourtant qu’il ne faut pas se plaire à son chagrin, ni se nourrir d’une amertume qui affligerait , si elles nous voyaient , les personnes mêmes que nous regrettons.