‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 119 sur 141 · A M. RENOUARD · texte numérisé non relu

A M. RENOUARD

i PÀBIS.

Florence, le 3 mars 4840.

J’ai reçu , monsieur, vos deux lettres relatives à la tache d’encre. Je ne vois plus M. Fauchet * ; mais je doute fort qu’il voulût entrer pour rien dans cette affaire. Vous comprenez que chacun évite de se compromettre avec la canaille : c’est le seul nom qu’on puisse donner à l’espèce de gens qui aboient contre nous. Pour moi , je ne m’en aperçois même pas. Les gazettes d’Italie sont fort obscures , et ne peuvent vous faire grand bien

• Le préfet.

âSO LETTRES INEDITES,

ni grand mal. Au reste, je ne souffrirai pas qu’on vous pende pour moi , et je suis toujours prêt à crier : Me , me , adsum qui feci. je déclarerai, quand vous voudrez, que moi tout seul j’ai fait la fatale tache , et que je n’ai point eu de complices.

Je vous envoie par la poste la traduction complète imprimée ici*. Cela ne se pouvait autrement. Notre première idée était folle. Le morceau déterré devait paraître à sa place, et je crois que vous en conviendrez.

On ne peut mettre assurément moins de génie dans un ouvrage qu’il n’y en a dans cette version. Voulez-vous avoir une idée de ma finesse comme traducteur? Vous savez les vers de Guarini : Sentirsi morir, se sentir mourir , e non poter dir, et ne pouvoir dire : Morir mi sento. Je me sens mourir. Voilà comme j’ai fait tout du long du Longus. Si cette innocence ne désarme pas la critique, il n’y a plus de quartier à espérer pour personne. Au reste, ceci n’est pas public : c’est une pièce de société qu’il n’est pas permis de siffler. Si cependant quelqu’un s’en moque , je dirai comme d’Aubigné : Attendez ce loyer de la fidélité.

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