BOXE
Tivoli, le 16 mai 1810.
■ Madame , ne sachant si j’aurai le plaisir de vous voir avant votre départ, je vous supplie de vouloir bien emporter à Vienne un petit volume qui vous sera remis avec ma lettre. Cest une vieille traduction d’un vieil auteur en vieux français , que j’ai complétée de quelques pages et réimprimée, non pour le public, mais pour mes amis amateurs de ces éruditions , et sans balancer j’en ai destiné le premier exemplaire à M. de Humboldt. J’ai cacheté le paquet , cet ouvrage n’étant pas de nature à être lu de tout le monde. Il n’y a rien contre l’État , pas le moindre mot que l’Église puisse taxer d’hérésie; mais une mère pourrait n’être pas bien aise que ce livre tombât dans les mains de sa liile , quoique l’auteur grec, dans sa préface , déclare avoir eu le dessein d’instruire les jeunes demoiselles, apparemment pour épargner celte peine aux maris.
Ne remarquez-vous point, madame, comme je vous poursuis sans pouvoir vous atteindre? Je pensais vous trouver à Rome; mais , en y arrivant , j’apprends que vous êtes partie pour Naples , et quand je vais a Naples vous revenez à Rome , d'où vous repartirez sans doute la veille de mon retour.
Ce guignon-là , j’espère , ne me durera pas toujours; et si vous me fuyez ici , Je vous joindrai peut-être quelque jour à Berlin ;
ECRITES DE FRANCE ET d’iTALIE. 537
car dans mes rêves de voyages je veux aller partout , mais là surtout où je puis espérer de vous voir, madame, et de voir une famille comme la vôtre.