AUX AMES DEVOTES
maintenant moins vils, moins ladies , moins dévoués, moins fidèles au trésor que ne furent leurs devanciers.
Et pour conclusion , que les princes nés princes sont les seuls bons , aimables, avec qui l’on puisse vivre. Que les autre.s, connus sous les noms de héros ou princes d’aventure, ne valent rien du tout. Que nous en avons vu » montrer une insolence à nulle autre pareille; et que ceux qui les flattaient valaient encore moins , apôtres aujourd’hui de la légitimité , prêts a verser pour elle leur sang, etc.
Lesquelles propositions scandaleuses, impies et révolutionnaires, auraient été par lui recueillies, mises en lumière dans un pamphlet intitulé Simple Discours, espèce de factum pour les princes contre les courtisans, saisi parla police comme contraire aux pensions , gratifications et dilapidations de la fortune publique; poursuivi par M. le procureur du roi, comme j>ropre a éclairer lesdits princes et rois sur leurs vrais intérêts.
Tels sont les principaux griefs articulés contre Paul-Louis par les syndics du corps de la flagornerie , Simeon , Jacquinot de Pampelune et autn^s, poursuivant en leur nom, et comme fondés de pouvoir de la corporation.
Et ajoutent lesdits syndics , aux charges ci-dessus énoncées , qu’en outre Paul-Louis , voulant porter atteinte à la bonne renommée dont jouissent dans le monde lesdites gens de cour, aurait mal à propos , sans en être prié, conté à tout venant les histoires oubliées de leurs pères et grands-pères, rappelé les aventures de leurs chastes grand’mères , en donnant à entendre que tous chiens chassent de race, et autres discours pleins de malice et d’imposture.
Et que, par maints propos plus coupables encore , subversifs de tout ordre et de toute morale , comme de toute religion , il aurait essayé de troubler aucunement lesdites gens de cour dans l’antique, légitime et juste possession où ils sont, de tous temps, de partager entre eux les revenus publics, le produit des impôts, dont l’objet principal, ainsi que chacun le sait, est d’entretenir la paresse et d’encourager la bassesse de tous les fainéants du royaume.
• Pag. Ml.
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A raison de quoi ils ont cité et personnellement ajourné ledit Paul-Louisà comparoir devant les assises de Paris, comme ayant offensé la morale publique , en racontant tout haut ce qui se passe chez eux, et ki personne du Roi ‘ dans celle des courtisans: le tout conformément à l’article connu du titre... de la loi... du code des gens de cour, commençant par ces mots : Qui n’aime pas Cottin n’estime point son roi, etc.
Et doit en conséquence ledit Paul, ei-devaut canonnier à ' cheval , aujourd’hui vigneron, laboureur , bûcheron, etc., etc., comparoir en personne aux assises de Paris, le 27 du présent mois, pour s’ouïr condamner à faire aux courtisans, fainéants, intrigants, réparation publi(jue et amende honorable, déclarant qu’il les tient pour vaiets aussi bons, aussi bas , aussi vils, aussi rampants que furent oncques leurs pères et prédécesseurs; qu’à tort et méchamment il a dit le contraire ; et en même temps coniesser, la hartau cou , la torche au poing, que le passé seul est bon, que le présent ne vaut rien, n’a jamais rien valu, ne vaudra Jamais rien ; qu’autrefois il y eut d'honnêtes gens et des nr.œurs; mais qu’au jourd’hui les femmes sont toutes débauchées, tes enfants tous lils de, coquettes , garnements tous nos Jeunes gens, et nous marauds à pendre tous, si Bellarl faisait son devoir.
Après quoi ledit ,Paul sera détenu et conduit ès prisons de Paris, pour y apprendre à vivre et faire pénitence, sous la garde d’un geôlier gentilhomme de nom et d’armes, qui répondra de sa personne aussi longtemps qu’il conviendra pour l’entière satisfaction desditscourtisans, gens de cour, flatteurs, flagorneurs, flagornant par tout le royaume, etc., etc.
Voilà, mes chers amis, eu (|uelle extrémité se trouve réduit le bonhomme Paul , que nous avons vu faire tant et de si bons fagots dans son bois de Larçai, tant de beau sainfoin dans son champ de la Chavonnière; sage s’il n’eût fait autre chose ! On l’avait maintes fois averti que sa langue lui attirerait quelque méchante affaire; mais il n’en a tenu compte, Dieu sans doute le voulant châtier, afin d’instruire ses pareils, qui ne .se peuvent empêclier de crier quand on les écorche. Le voilà mis eu Juge-
* Voyez le rtîtîuisitoire signé Jacquinot-Painpclnne, pag. 57,
PROCES
f IR
ment et condamné, ou autant vaut. Car vous savez tous comme il est chanceux en procès. Cliaque fois qu’on le volait ici, c’était lui qui payait l’amende. Et de fait, se peut-il autrement? 11 ne va pas même voir les juges! Prions Dieu pour lui, mes amis , ei que son exemple nous apprenne à ne jamais dire ce que nous pensons des gens qui vivent à nos dépens.
PROCÈS DE PAUL-LOUIS COURIER-
Assez de gens connaissent la brochure intitulée Siviple ni$cours. Lorsqu elle parut, on la lut; et déjà on n’y pensait plus, quano le gouvernement s’avisa de réveiller l’attention publique sur cette bagatelle oubliée , en persécutant son auteur qui vivait aux champs , loin de Paris. Le pauvre homme, étant à labourer un jour, reçut un long papier, signé Jacqubiot^Pampelune, dans lequel on l’accusait d’avoir offensé la morale publique, en disant eue la coui autrefois ne vivait pas exemplairement; d’avoir en même temps offensé la personne du roi, et, de ce non content, provoque à offenser ladite personne. A raison de quoi .lacquinol proposait oe le mettre en prison, et l’y retenir douze années , savoir : deux ans pour la morale , cinq ans pour la personne du roi, et cinq pour la provocation Si jamais homme tomba de.s nues, ce fut Paul-Louis, à la lecture de ce papier timbré. 11 quitte ses bœufs .sa charrue et s’en vient courant à Paris, ou •I trouve tous ses amis non moins surpris de la colère de ce monsieur de Pampeluce, et en grand émoi la plupart. Il n’alla point voir Jacquinot. comme lui conseillaient quelques-uns, ni le substitut de Jacquinol, qu’on lui recommandait de voir aussi, ni le président, ni les juges, ni leurs suppléants, ni leurs clercs, non qu’il ne les crût honnêtes gens et de fort bonne compagnie: mais c’est qu’il n’avait point envie de nouvelles connaissances. Il se tint coi ; il attendit, et bientôt il sut que Jacquinot , ayant dû premièrement faire approuver son accusa-
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tien par ud tribunal , ne sais quel , les juges lui avaient rayé l'of* fense à la personne du roi, et la provocation d’offense. C’était le meilleur et le plus beau de son papier réquisitoire : cliose fâcheuse pour Pampelune; bonne affaire pour Paul-Louis, qui en eut la joie qu’on peut croire , se voyant acquitté par là de dix ans de prison sur douze, et néanmoins, encore inquiet de ces deux qui restaient, se fût accommodé à un an avec Jacquinot, pour n’en entendre jîlus parler, s’il nedt trouvé M* Berville, jeune avocat déjà célèbre, qui lui défendit de transiger, se faisant fort de le tirer de là. Votre cause, lui disait-il, est imperdable de tout point ; il n’y en eut jamais de pareille , et je délie M. Régley de faire un jury qui vous condamne. Où M. Régley trouvera-t-il douze individus qui déclarent que vous offensez la morale en copiant les prédicateurs? que vous corrompez les mœurs publiques en blâmant les mœurs corrompues et la dépravation des cours ? Régley n’aura jamais douze hommes qui fassent cette déclaration, qui se chargent de cet opprobre. Allez, bonhomme, iaissez-moi faire; et si l’on vous condamne, je me mets en prison pour vous.
Paul-Louis toutefois doutait un peu. Maître Berville , se disait-il , est dans l’âge où l’on s’imagine que le bon sens et l’équité ont quel((ue part aux affaires du monde; où l’on ne saurait croire encore