CONVERSATION
mille individus ayant en eux, sans le savoir, tout ce qui failles Alexandre. —Etcroyez-vous, dis-je, qu'il n’y aitpas inillegeosignorés qui possèdent toutes les qualités propres à faire un grand peintre?— Sans doute il y en a, dit-il, mais beaucoup moins que de ceuxlà dont on ferait de grands généraux. — Et à quoi le voyez-vous? — Parbleu, cela est clair. La moitié des gens qui se battent sont vainqueurs et grands guerriers. De deux généraux opposés, l'un battra l’autre, et sera grand; c’est l’affaire d’une heure. Combien peu , de tant de gens qui s’appliquent aux arts, parviennent en toute leur vie à la médiocrité! L’étude donne les talents , le hasard les commandements; mais vingt ans d’étude ne font pas toujours un bon peintre , chaque jour de bataille fait un grand général ! — Sur ce pied-là, dit la comtesse, nous en devons avoir bon nombre ; que d’exagération ! — Vraiment , reprit-il , j’ai tort; non-seulement la moitié, mais tous sont d'étoffe à faire des héros, et la fortune manque à plusieurs, le mérite à aucun. — J'entends: selon vous, on s’élève toujours par la fortune, jamais parle mérite. —Franchement, dit-il, le mérite a fort peu de part à tout cela. Un homme naît grand, ou on le fait grand, sans que le mérite s’en mêle. David n’est pas né peintre, et personne ne l’a fait peintre; il s’est fait lui-méme ce qu’ü est : à cela il y peut avoir du mérite. En un mot, on est général sitôt’ qu’on a une armée; on a une armée dès qu’on est fils de Philippe, ou gendre de Pompée, ou ami de Sylla, et on gagne des batailles. Est-on peintre dès qu’on a une toile et des couleurs, et peut-on faire un tableau? N’y va-t-il que d’être parent de David ou de Canova , pour tenir un rang dans les arts? — Mais aussi , dit-elle, est-ce tout d’avoir une armée? — Si ce n’est pas tout , c’est beaucoup ; car après cela il n’y a plus qu'une bataille à gagner, et la fortune se charge encore de cette partie-là; mais pour qu’un homme soit peintre, il y faut plus de façon : cela ne se donne par en dot ni ne se lègue par succession. Jamais le pinceau du Titien ne fut un héritage ; Raphaël ne dut rien au bon plaLsir de Michel-Ange; il eût servi de peu à Lysippe d’épouser la sœur de Scopas ou la fille de Praxitèle. Pour parvenir au comble de la gloire de son art, ni alliance, ni parenté, ni naissance, ni faveur ne le pouvaient dispenser d’un seul des. degrés nécessaires de ce pénible apprentissage ; et.
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pâlissant sur le modèle, encore eût-il perdu ses veilles comme tant d'autres, si le ciel ne l'eût doué d’une âme capable de sentir les beautés naturelles; car il faut tout cela : une exquise sensibilité et un travail opiniâtre , un enthousiame de génie et une patience à l’épreuve des difficultés, une conception vive et prompte et une lente méditation, tout ce que peut joindre, l’étude à une heureuse nature, assemblage plus rare que la fortune et les commandements ; et voilà pourquoi si peu d’hommes excellent dans les arts , tandis qu’il y a un grand général partout où l’on se bat. — C’est là que vous en revenez toujours dit la comtesse. — Et notez bien, poursuivit-il, remarquez encore ceci, de grâce. Ce générai n’a qu’un adversaire; celui-là , vaincu par adresse , par ruse , par force ou par hasard, lui livre le prix. Tous ses compagnons sont ses instruments, agissent par lui et pour lui, confondent leur gloire dans la sienne. Mais, pour un artiste, autant de camarades, autant de rivaux qu’il doit combattre tous ensembleet séparément, à armes égales, sans fraude, sans supercherie, et s’il sort vainqueur de cette lutte, il n’a encore rien fait ; on lui oppose les anciens , toujours présents et vivants dans leurs ouvrages, pour lui disputer la palme avec tout l’avantage que donne une gloire établie. Car enfin, une bataille ne se rapproche point d’une bataille. Les victoires passées ne font nul tort à celles d’aujourd’hui; au contraire, la dernière efface toujours toutes les autres : Pharsale fait oublier Arbelles, et au jour de Cerisoles on ne se souvient plus de ISIarignan. Mais, que Canova envoie une figure à Paris, elle y trouve l’Apollon, le Laocoon , le Gladiateur. Sa besogne est mise à côté de celle d’Agathias, mort il y a deux mille ans; et chacun peut, d’un coup d’œil, juger qui des deux mieux a fait. Non-seulement ses contemporains , mais tous les siècles passés lui disputent le triomphe. — En vérité, dit la comtesse, je ne sais pas s’il impose; mais il parle sur la chose comme s’il avait raison. Qu’en pensez-vous? me dit-elle. — Moi? Madame, je vois que le •Monde est bien sot d’honorer tous ces gens qui gagnent des batailles et soumettent des provinces , et de ne pas voir que la §loire, l'estime, l’admiration publique appartiennent de droitaux peintres et aux poètes. Voilà de beaux héros , vraiment, que ces ^aretees Alexandre, pour être ainsi célébrés et divinisés ;
CONVEBSATIOM
parlez'tnoi d'un homme qui fait des tableaux de chevalet ou des rimes redoublées. Quel tort on vous fait là, messieurs! Cela crie vengeance! Ne vous fâchez pas, me dit-il ; tout va mieux que vous ne pensez, et les artistes ni les poètes n’ont pas tant à se plaindre de l’injustice des hommes; car, travaillant pour la gloire, ils en ont de reste, et sont mieux partagés à cet égard que les conquérants. — Comment? m’écriai-je, surpris d’une pareille assertion, — Oui, vous et bien d’autres, dit-il, vous prenez le bruit pour de la gloire. — Oh! nous savons faire cette distinetiou. — Mon Dieu, non , vous ne la faites point. Vous croyez (quand je dis vous, c’est la plupart des gens) qu’un homme dont on parle beaucoup a beaucoup de gloire. — Selon, dis-je, comme on en parle. — Et ce fut là , continua-il , la dispute de Boileau et du prince de Conti. Vous savez ce trait? — Non, je pense. — Boileau était dans le carrosse du prince de Conti , et on parlait de cela justement, de la gloire des lettres et des arts, que le prince rabaissait fort, faisant cas seulement de celle qui s’acquiert par les armes. Chacun , comme vous croyez bien, fut de l’avis de Son Altesse. 'Boileau seul, peu courtisan, soutint et par vives raisons prétendit prouver que la gloire d’Homère égalait celle d’Alexandre. Là-dessus un homme passant, le prince l’appelle , et lui demande : Mon ami , ditesmoi qui était Alexandre? — Un grand capitaine. Monseigneur.
— Et Homère , qui était-il?— Ma foi, Monseigneur, je ne sais.
— On se moqua du pauvre Boileau. Vous voyez que le prince prenait pour de la gloire le bruit des conquêtes d’Alexandre, et triomphait de ce que cet homme en avait ouï quelque chose, n’ayant de sa vie entendu le nom du poète. —Mais, Monseigneur, demandez-lui qui est le bourreau de Paris , il vous le nommera sur-le-champ ; et qui est le premier prédicateur de la cour , il ne saura que vous répondre. Est-ce que le bourreau a plus de gloire, et préféreriez-vous sa renommée à celle du révérend père Bourdaloue? Voilà ce que put dire Boileau. Il avait trop de sens pourjuger autrement de ces choses-là. Il se connaissait en gloire, non pas seulement en poésie , et il faisait , lui , peu de cas de celle d’Alexandre. Il le traitait de fou , d’enragé : vous rappelez-vous ces vers? Qui, trainani après soi les horreurs de la guerre, —oui, oui , de sa vaste folie... — C’est cela remplit
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toute la terre. Mais s’il parle de Racine : Eh qui , voyant un
jour .-comment est-ce qu’il dit.^ ne bénira cF abord le siècle
fortuné Ah ! il était poète.— D’accord. — Eous êtes orfèvre,
monsieur J ossel—tildis les âges suivants ont trop bien confirmé ce jugement de Boileau pour que l’on en puisse appeler; et sa prédiction s’accomplitchaque jour surnos théâtres, où tout Paris applaudit les pièces de Racine. Chaque jour on bénit le siècle qui vit naître ces pompeuses merveilles. Le siècle qui vit les carnages d’Arbelles et d’issus, s’avisa-t-on jamais d’en bénir la mémoire.^ Et regrette-t-on qu’ Alexandre n’ait pas vécu plus longtemps pour donner d'autres batailles , comme on pleure que Racine ait refusé à la scène de nouveaux chefs-d’œuvre après Athalie? Eu un mot , qu’est-ce que la gloire? — La gloire? dis-je : pour en trouver la juste définition , il y faudrait penser un peu. — Oh ! dit la comtesse, la voici toute trouvée , la définition ; et elle prit un livre près d’elle, et tournant quelques feuillets : c’est du Montaigne , nous dit-elle; et elle lut : La gloire est l'approbation que le monde fait des actions que nous mettons en évidence. Et Fabre là-dessus : — Eh bien! est-ce cela? Vous parait-elle exacte cette définition? Et comme je fis signe que je m’en contentais : Voyons donc à présent, dit-il, qu’approuve davantage le monde, la guerre ou la poésie? — On approuve l’une et l’autre en son temps — Mais, répliqua-t-il , en tout temps on approuve les 'ers, pourvu qu’ils soient bien faits, comme ceux de Racine ou de Boileau ; qu’en dites-vous?— Sans doute. — Et les peintures comme celles de Raphaël, les statues telles que l’Apollon, ne sont-ce pas là des choses qu’on approuve toujours? — Belle demande. — Et partout? — J’en demeurai d’accord. - La guerre, poursuivit-il , bien faite, comme la faisaient Alexandre et César, l’approuve-t-on toujours?— Je ne répondis pas d’abord.— Que vous en semble? — E;h,mais! lui dis-je, c’est selon. — Selon quoi? Selon qu’elle est ou juste ou injuste, et encore selon l’intérét que chacun y peut avoir. — Vous dites bien , me répon dit il; car, par exemple, ceux qu’elle ruine, et le nombre en est infini, ne l’approuvent nullement. Les orphelins, les veuvet , les parents à qui elle arrache un fils eu âge de payer les soins paternels; enfin les pères, les mères, les femmes, les enfants, voilà, comme vous voyez, une bonne partie du monde, sans CüUniCK. • 28
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parler des marchands, laboureurs, artisans, qui n’approuvent point la guerre , quelque bien qu’on la fasse. Aussi, à dire vrai, les connaisseurs sont rares. Tandis qu'il y aura peut-être quelques tacticiens qui s’écrieront, à la lecture d’une relation : Oh! la belle bataille! le beau siège ! tout le reste du genre humain, noyé dans les pleurs , chargera d’exécration l'auteur de la bataille ou du siège. Voilà l’approbation qu’on donne à la plus belle guerre.
« Avec tout cela, dis-je, il y a des guerres justes; vous ne le nierez pas. — Quoi! dit-il, elles le sont toutes. Il n’y en a point qui ne soit juste d’un côté et injuste de l’autre. — Eh bien î la guerre juste, on l’approuve. — Vous ne m’entendez pas, ditil. Nous parlons de la gloire des guerriers. La gloire , en ce genre , c’est de tuer beaucoup. C’est cela qui lait le héros , à tort ou à droit, il n’importe; et celui qui perd la bataille n’est jamais qu’un misérable, eût-il toute la raison du monde. Le vainqueur seul est le grand homme, et le plus grand homme est celui qui tue davantage : car ce ne serait rien d’avoir tué quinze ou vingt mille hommes, par e.xemple. Avec cela on est à peine nommé dans l’histoire. Pour y faire quelque ligure, il faut massacrer par millions. Or, ces boucheries-là, quelque belles, quelque athnirables qu’elles soient, au dire de ceux qui s’y connaissent , le monde , pour user des termes de Montaigne , les approuve peu , généralement.
« Nous lui témoignâmes quelque doute que cela fût vrai. Car on admire, disions-nous , beaucoup plus les conquérants que les rois bienfaisants ; et la comtesse ajouta qu’il n’y avait point d’homme qui n’aimât mieux être Alexandre que Titus. — Il se peut, et je le crois comme vous , répondit Fabre; peut-être aussi admire-t-on plus un fameux brigand qu’un sage magistrat. Cependant on approuve le juge qui fait pendre le brigand. Enlin vous et ;noi , me dit-il , nous approuvons plus Raphaël d’avoir bien peint la Madone et l’enfant Jésus , que César d’avoir égorgé trois millions d’hommes en sa vie; et le monde est, ce me semble, assez de notre avis. Il se fait tous les jours des massacres qui valent bien ceux de César ; mais le monde y prend peu de plaisir, et divinise des ouvrages bien au-dessous de ceux lie Raphaël. Si les vœux de la terre y faisaient quelque chose ,
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OU verrait moins de Césars et plus de Raphaëls. En doutezvous? c'est qu’on approuve la besogne de ceux-ci , non de ceuxlà ; et pour en venir aux exemples, continua-t-il , Alexandre, dont nous pariions, c’est le coryphée des destructeurs de l’espèce humaine ; nul ne l’a surpassé dans cet art. Les guerres d’Alexandre en son temps, pensez-vous qu’on les approuvât? — Tout le monde, non. — Comment, tout le monde? Et de qui croyez-vous qu’elles fussent approuvées? Des Perses qu’il exterminait ? il n’y a pas d’apparence. Des Grecs qu’il massacrait à Thèbes ? Des IMacédoniens à qui sa gloire coûtait leur sang, leurs enfants et le produit le plus net de leurs héritages? Mais non; de ses compagnons peut-être, des chefs de son armée qui périssaient victimes de ses extravagances ou punis de les avoir blâmées? A celui qui lui conseillait de faire enlin la paix, vous savez ce qu’il répondit : Oui, si fêtais Parménion, c’est-à-dire, si j’étais un homme; mais je suis un héros, il me faut du carnage ; tout autre passe-temps est indigne de moi, et je veux m’y divertir tant que je trouverai des villes à saccager, des champs à ravager, des gens à égorger. Pensez, je vous prie, comme cette rage plut au général Parménion , qui eût bien voulu jouir un peu de sa nouvelle fortune à Pella , et comme il goûta le projet de s'en aller subjuguer l’Inde et la Libye. Ce que Boileau appelle folie dans Alexandre, alors on le nommait autrement, et personne, croyez-moi , n’approuvait ses fureurs , non pas même ceux qui en profitaient.
« Voyant qu’il s’arrêtait et nous regardait pour connaître ce que nous pensions : Il y peut avoir, dis-je , à cela quelque chose de vrai. — Or, dites-moi , reprit-il, les poèmes de Racine, les tableaux du Poussin, ou du temps d’Alexandre les peintures d’Apelle, les sculptures de Lysippe, furent approuvées des Grecs, des Macédoniens, des Perses également. Étrangers, citoyens, alliés ou ennemis, tous d’un commun accord louèrent ces ouvrages et leurs auteurs. Si cela n’est écrit , il est probable au moins. Eh ? — Je n’en fais nul doute. — L’approbation du moude, ou la gloire, selon Montaigne, était donc pour ceux-ci et non pour Alexandre. Que vous en semble? — Mais vraiment.... — Et eux, des millions de bras ne s’armèrent point pour les aider à se faire un nom. Point de gens à cheval , point
CONVEaSAllON
de phalanges à leur commandement : seuls , sans bouleverser l’Europe et l’Asie, sans piques ni epées, ils ont forcé le monde à les admirer. Encore , ajouta-t-il , ceux-là dont la renommée coûte si cher au genre humain , que laissent-ils après eux ? un bruit, un souvenir mélé avec celui de désastres fameux; mais rien qui soit proprement d’eux; nul monument, nulle œuvre de leur intelligence qui les représente aux hommes. Par les arts seuls qu’ils ignorent ils vivent dans la mémoire, et leur gloire, toujours indépendante du labeur d'autrui, périt, si quelqu’un ne prend soin de la conserver.
O — Ah ! lui dis-je , celle de César se passe très-bien d’un pareil service, et personne, je crois, n’a mieux su se recommander soi-inéme à la postérité. — Il est vrai, certes, et c’est là ce qui le distingue du vulgaire des conquérants. Aussi , était-il autre chose qu’un donneur de batailles. Mais vous m’avouerez que sa tactique ne brillerait guère maintenant sans sa rhétorique, et que celle-ci fait bien valoir l’autre. Car enfin qu’est-ce qu’une gloire dont aucun titre ne subsiste ? Qu’est-ce qu’un nom tout seul dans la postérité ? Ceux-là vraiment ne meurent point dont la pensée vit après eux. Alexandre fut grand guerrier; on ledit; je le veux croire; mais Homère est grand poète ; je le vois, j’en juge moi-même, et si je l’admire, c’est avec pleine connaissance, non sur la foi des traditions. Raphaël respire encore et parle dans ses tableaux. La Fontaine m’est mieux connu que si, lui vivant, je le voyais sans lire ce qu’il a écrit. On peut dire même que ces hommes-là gagnent à mourir , et que leur âme , qu’ils ont mise tout entière dans leurs ouvrages , y paraît plus noble et plus pure, dégagée de ce qu’ils tenaient de f humanité. Mais vos guerriers, leurs équipages, leur suite, leurs tambours, leurs trompettes font tout leur être , et , perdant cela , qu’ils vivent ou meurent, les voilà néant.
« Sur ce picd-là , dit la comtesse , Trissotin avait rai.son , qui xC aurait pas voulu changer sa renommée contre tous les honneurs d’un général d’armée. — Trissotin, je ne sais, dit Fabre; mais à votre avis. Madame, tous les honneurs que l’on rendait par ordre du roi à messieurs les maréchaux valaient-ils un peu seulement de cette gloire que Corneille ne devait qu'à lui-même? Et Molière, qui parle ainsi, aurait-il cliangé la sienne
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contre celle d’aucun général, quand c’eût été même Tureune ou Condé? aurait-il donné le Misanthrope pour toutes leurs batailles? Son ami Boileau, je crois, ne le lui eût pas conseillé. Il savait trop bien , lui , qu’on ne fait pas des vers comme l’on prend (les villes, et que tout ce que font les héros s’est fait de même avant eux , se fera encore après , et se ferait sans eux. Quelqu’un aurait gagné la bataille de Rocroi , quand même monseigneur ne s’y fût pas trouvé ; mais le Misanthrope , qui l’eût fait sans Molière? Quand a-t-on fait rien de pareil, avant ni depuis? Et je vous prie, duquel se passe-t on mieux, de batailles ou de bonnes comédies?
• •« Comme la comtesse allait lui répondre , un domestique entra, et dit qu’on avait servi, — Ceci vient à propos pour vous , dit-elle à Fabre! car vous voilà , je pense, au bout de vos raisons. — Rien moins, sur mon honneur. Je ne vous en ai pas dit le quart, ni les meilleures. Tenez, Madame, de grâce, que répondriez-vous...? — Kon, non, je vous donne gagné , dit-elle , et je tombe d’accord de tout ce que vous voudrez, pourvu que nous nous mettions à table, Kous nous y mimes, et la comtesse, pendant le dîner , fit la guerre à Fabre sur sa façon d’argumenter, et son panégyrique des arts. A propos des arts , nous parlâmes de madame Hamilton , qui a longtemps habité cette mai- soii-ei, et puis de Nelson , à propos de madame Hamilton. La comtesse l’a connu, et dit qu’il ressemblait à Canova. Après le diner, elle et Fabre montèrent eu voiture,' et je rentrai chez moi où j’écrivis ceci. »
fiole. Ceci était considéré par Courier comme ae/jci;c. L'ayant depuis iongtcm(>s en portercniile , il ie destina en 1821 à être inséré dans un journal périodique intitulé le Lycée, dont M. Vioilet-Lediic, son ami, était rédacteur. Les bornes de ce recueil ne jicrmirent pas de publier un morceau d'une tcllcétenduc, el la conversation demeura inédite. Elle est intitulée Cinquième roni'crsa/ion, parce (|iie , d'autres ayant préparé celle-là , Courier, engagé par U comtesse d'Albany , comptait les écrire toutes ; mais, à l'exception d'une Woversatlon sur Alfieri, dont on n'a point retrouvé trace, quoiqu'elle soit 'onnue deguelipics amis de Courier, le projet s'arrêta là.
830 FRAGMEr^TS d'oIIE TBADÜCIIOS D'HÉRODOTE.