P. I,. COURIER
LES PASTOBilLES DE LOSGÜS.
côtfs la demandera Dryas. Aucuns lui portaient des présents , et tous lui faisaient de grandes promesses v tellement queNapé, mue d’avarice, lui conseillait de la marier, et ne tenir point plus longtemps une Hile si grande en sa maison; que si on ne se liûtait de lui donner mari, elle pourrait à l’aventure bientôt , en gardant ses bêtes par les champs , perdre son pucelage , et se marier pour des poymies ou des roses avec quelque berger; et ce , disait Napé , valait mieux , pour le bien d’elle et d’eux aussi , la faire maîtresse de la maison de quelque bon laboureur, et prendre ce qu’on leur offrirait, qu’ils garderaient à leur propre fils. Car , non guère auparavant , leur était né un petit garçon. Et Dryas lui-même quebjuefois se laissait aller à ces raisons ; aussi que chacun lui faisait des offres bien au delà de ce que méritait une simple bergère : mais considérant puis après que la lille n’était pas née pour s’allier en paysannerie , et que s’il arrivait qu’un jour elle retrouvât sa famille, elle les ferait tous heureux , il différait toujours d’en rendre certaine réponse, et les remettait d’une saison à l’autre, dont lui venait à lui cependant tout plein de présents qu’on lui faisait.
Ce que Chloé entendant en était fort déplaisante, et toutefois fut longtemps sans vouloir dire à Dapimis la cause de son ennui. Mais voyant qu’il l’en pressait et importunait souvent, et s’ennuyait plus de n’en rien savoir qu’il n’aurait pu faire après l’avoir su, elle lui conta tout : combien ils ét^iient de poursuivants qui la demandaient; combien riclies; les paroles que disait Napé à celle fin de la faire accorder , et comment Dryas n’y avait point contredit , mais remettait le tout aux prochaines vendanges. Daphnis, oyant telles nouvelles, à peine qu’il ne perdît sens et entendement , et se séant à terre, se prit à pleurer, disant qu’il mourrait si Cliloé cessait de venir aux champs garder les bêtes avec lui, et que non lui seulement, mais que les brebis et moutons en mourraient de déplaisir, s’ils perdaient une telle bergère. Puis, y ayant un peu pensé, il reprit courage, et se mit en tête qu’il la pourrait avoir lui-même, s'il la demandait à son père, espérant facilement l’emporter sur tous les autres, et leur être préféré. Une chose pourtant le troublait; f.amon n’était pas riche ; ce seul point lui affaiblissait fort son espérance. Toutefois il se résolut , quoi qu’il en pût arriver de la demander à femme ;