‹ Œuvres de P.L. Courier précédées de sa vieChapitre 85 sur 141 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les chèvres mêmes paissaient là auprès, comme si elles eussent été participantes de la bonne chère des noces , ce qui ne plaisait pas à ceux venus de la ville; et Daphnis, en appelant aucunes parleurs propres noms, leur donnait de la feuillée verte à brouter, et les prenant par les’cornes, les baisait. Et non pas lors seulement, mais en tout le reste de leur vie, passèrent le plus du temps et la meilleure partie de leurs jours en état de pasteurs ; car ils acquirent force troupeaux de chèvres et de brebis , eurent toujours en singulière révérence les Nymphes et le dieu Pan , et ne trouvèrent point à leur goût de meilleure viande , ni plus savoureuse nourriture que du fruit et du lait; et qui est plus, Orent teter à leur premier enfant , qui fut un fils , une chèvre; et au second, qui fut une fille, firent prendre le pis d’une brebis, et le nommèrent Philopœmen , et la fille Agélée; et ainsi vécurent aux champs longues années en grands soûlas. Ils eurent soin aussi de faire honorablement accoutrer la caverne des Nymphes, y dédièrent de belles images, et y édifièrent un autel d’ Amour pastoral ; et à Pan , au lieu qu’il était à découvert sous le pin, firent faire un temple qu’ils appelèrent le temple de Pan le Guerroyeur.

Tout cela fut longtemps après; mais pour lors , quand la nuit fut venue, tout le monde les convoya jusqu’en leur chambre nuptiale, les uns jouant de la flûte , les autres du flageolet, et aucuns portant des fallots et flambeaux allumés devant eux; puis, quand ilsfurentà l'huis de la chambre, commencèrent à chanter Hyménée d’une voix rude et âpre, comme si avec une marre ou un pic ils eussent voulu fendre la terre.

Cependant Daphnis et Chloé se couchèrent nus dans le lit , là où ils s’entre-baisèrentet s’entre-embrassèrent sans clore l’œil de toute la nuit, non plus que chats-huants; et fit alors Daphnis ce que Lycenion lui avait appris : à quoi Chloé connut bien que ce qu’ils faisaient paravant dedans les bois et emmi les champs n’étaient que jeux de petits enfants.

LETTRES INÉDITES

LETTRES INÉDITES

A SA MÈRE

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