Année 18749 p. a4 et a
SUR LA FONTAINE. xv
barrette dans la basse-oonr du couvent, après l'aToir attachée à one ficelle, et faisait ainsi la chasse aux volatiles. » Le voilà peint très-plaisamment ; mais c'est probablement une légende. Le tableau et le lieu même de la scène auront été imaginés d'après ce que l'on connaît plus certainement des dix-huit mois passés chez les oratoriens de la rue Saint-Honoré et du séminaire de Saint-fiiagloire. La note écrite par ceux-ci est suffisante pour que nous nous représentions l'inconstant novice s'abandonnant aux distractions de la poésie.
Nous savons donc que, dès l'âge de vingt ans, le confrère Jean de la Fontaine n'aimait rien tant que les poètes, et laissait là pour eux la dévotion et la théologie. Il ne peut être tout à fait exact de dire, comme l'a fait d'Olivet ^, qu'à vingtdeux ans « il ne se portoit encore à rien, lorsqu'un officier, qui étmt à Château-Thierry en quartier d'hiver, lut devant lui, par occasion, » l'Ode de Malherbe sur la mort de Henri IV. On ne refusera pas de croire, avec d'Olivet, que cette lecture le transporta d'admiration, qu'il voulut étudier l'excellent poète, tt et s'y attacha de telle sorte qu'après avoir passé les nuits à l'af^prendre par cœur, il alloit de jour le déclamer dans les bois, » enfin qu'il fit alors quelques essab dans le goût de Malherbe^. Biais il ne fallait pas donner à entendre que ces essais forent les premiers de son jeune talent. Les vers harmonieux et nobles de la fameuse ode purent être pour lui la révélation d'une grande poésie qu'il n'avait pas jusque-là soupçonnée, et faire, pour k premià*e fois, vibrer une corde de la lyre intérieure qui n'avait pas encore été touchée. Quelque autre cependant, beaucoup moins grave sans doute, n'avait pas attendu d'être éveillée par Malherbe. Lcnn qu'il soit vrai que la Fontaine ne se portât encore à rien, il avait goûté, dans sa cellule de l'Oratoire, d'autres poètes, ses plus anciens initiateurs ; il avait même, dès ce temps peut-être, certainement avant d'avoir entendu la récitation de l'officier, commencé bien jeune, comme Maucroix, dont l'exemple dut être contagieux, à écrire de petits vers légers.
Si l'on voulait, la chronologie en main, suivre chez la Fon*