I. Lettre Je M, Je la rUclèJe^ p. a68 et
a. Les Deux Pigeons^ rers 70 et suivants.
3. Chanlieu lui donne le même rôle dans sa lettre a M. Sonning :
J>0 Baeehuf joyeux eorypbfo* Reaier aoK vint présidera ; Et ee digne élève d*Orphée Avec les Grâces chantera.
€ Renier, dit une note de l'édition de tjSo des OEuvres Je Chau» Seu, tome I, p. 18, avoit été ëlevé par LuUi. Il chantoit et s'aceompagnoit du luth avec tout le godt possible ; il joîgnoit & cet
Chxxx NOTICE BIOGRAPHIQUE
Lorsque j*eits TÎdë mainte coupe, Langeamet^, aussi de la troupe.
Me ramena dans mon manoir.
Jusqu^au point du jour on chantai On but, on rit, on disputa.
On raisonna sur les nourelles; Chacun en dit, et des plus belles.
Le Grand Prieur eut plus d'espri Qu'aucun de nous sans contredit.
J^admirai son sens : il fit rage.
Mais, malgré tout son beau langage, Qu^on étoit ravi d^ëcouter, Nul ne s'abstint de contester.
Je dois tout respect aux Vendôme Mais j*irois en d'autres royaumes S*il leur falloit en ce moment •û Céder un ciron seulement.
Voltaire pouvait reprocher à d'Olivet d'avoir donne pkce k cette lettre dans son édition de 1729, mais non de l'avoir fait connaître. L'indiscrète a été Mme Ulrich, qui l'a publiée dans les Œuvres posthumes. Au reste, pour nous apprendre sur quel ton la Fontaine écrivait au duc de Vendôme et sollicitait ses bienfaits, il nous aurait sufiB de deux épîtres, les seules qui, avec la lettre de septembre 1689, nous restent de toute la prose et de tous les vers qu'il lui adressait.
L'une a pour sujet les inquiétudes qu'avait inspirées une grande maladie (Dieu sait laquelle) de Vendôme.
n n*est pèlerinage où nous n'ayons songé,
dit le bon pèlerin la Fontaine. S'il n'avait ëtë rassuré par de meilleares nouvelles, il s'en allait peut-être, dans son chagrin,
talents tous ceux d*un conviTC aimable. U mourut, en 1735, ches M. de Vendôme, grand prieur de France, qui lui donnoit un logement, sa table, un carrosse entretenu et mille francs de pension. » WaldLcnaer a cru que la Fontaine arait parlé de Régnier Detmarais. C^était tout à fait invraisemblable. Son erreur a déjà été relevée par M. Desnoiresterres, dans iet Court galantes^ tome I, p. 207. I. Sur ce Breton Langeamet ou Lanjamet, voyes les Mémoires de Smmê^imûM^ tome VI, p. 8 et 9.
SUR LA FONTAINE. olzxxx
snirre Tezemple de ceux qui, renonçant à tontes les joies de oe monde, se font ermites :
Cet exemple est fort bon à suivre.
J*en sais un meilleur, c'est de vivre ; Car est-ce vivre, à votre avis, Que de fuir toutes compagnies, Plaisants repas, menus devis.
Bon TÎn, chansonnettes jolies, En wi mot n'avoir goût à rien ?
Dites que non, vous direz bien.
Je veux de plus qu'on se comporte Sans faire mal à son prochain.
Qu'on quitte aussi tout mauvais train; Je ne l'entends que de la sorte.
Voilà sans donte une morale trop facile; mais celle des antres poètes dn Temple ëtait pire. Le Bonhomme ëtait encore le plus disent et le meilleur de la compagnie. Cest dans l'autre de ces deux ëpttres qu'il parle de nouveau des libéralités dont il a grand besoin et que Chaulieu lui fait espérer :
. . . ... Je suis et serai
De Votre Altesse humble servant et poëte ', Qui tous honneurs et tous biens vous souhaite. Ce mot de biens, ce n'est pas un trésor ; Car chacun sait que vous méprisez l'or. Ten fais grand cas....
• Grande stérilité
Sur le Parnasse en a toujours été.
Qu'7 feroit-on. Seigneur? je me console. Si vers Noël l'abbé me tient parole.
L'^ttre à Vendôme malade est incontestablement de 1691 : nne allusion à la retraite de Fieubet aux Camaldules de Gros- Bois, qui est du mois de juillet de cette année, ne permet aucun donte. L'autre épttre a été datée de même, mais non par Mathieu Marais, qui l'a crue écrite en 1698*. La victoire
I. La Fontaine a fait aussi poëte de deux syllabes dans la frble XVI da livre VIII, tHûroscope^ an vers 44* a. Pkge 118.
CLXxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE
de Catinat, dont y parle la Fontaine, est, sekm bi, celle de la Maraaille (4 octobre 1693). Quelques personnes veulent se ranger à son avis, parce que le duc de Vendôme prit une part brillante à cette joumëe, et qu'il n'avait pas fait la campagne de 1691. Mais cette circonstance nous paraît justement prouver l'erreur de Mathieu Marais. Conunent la Fontaine aurait-il pu écrire à Vendôme sur la victoire de la Marsaille sans un mot de fëlicitation, qui lui était bien dû? Il est clair d'ailleurs qu'il lui donne la nouvelle du jour ; soin très-superflu dans la supposition que l'on fait. Gomme ii parait parler plutôt d'un honorable succès que d'une victoire éclatante, peut-être s'agissait-il de la levée du siège de Suse en novembre 1691, annoncée comme « un avantage sérieux » par k Gazette^. Il nous paraît moins probable que la Fontaine ait dit simplement : « arrive un fait » de la victoire de Staffiirde (19 août 1690). S'il en était cependant ainsi, TépUre aurait été écrite en 1690. Quoi qu'il en soit, il 7 a la phis décisive des objections à la date des derniers mois de 1693. La Fontaine, alors converti, n'écrivait jdus de lettres comme celle-ci, oi\ il y a des plaisanteries sur les oraisons.
Dans le temps même où la Fontaine trouvait beaucoup trop d'agréments, mais un médiocre honneur pour sa mémoire, dans la faveur des Vendôme et des Conti, il fut aussi distingué et protégé par un prince, encore enfant, dont le nom fait contraste avec ceux-là, et qui, par ses mœurs et sa piété, devait se montrer un jour si différent du duc de Vendôme, entrer même en lutte avec lui. Le goût que le duc de Bourgogne eut de bonne heure pour l'esprit de la Fontaine lui fut inspiré par Fénelon. Ami des lettres aussi délicat qu'il en fut jamais, Fénelon eut l'indulgente charité de ne connaître dans notre poète, quand il parle de lui, que l'admirable fabuliste. L'abbé Proyart, dans sa Fie du Dauphin^ père de Louis XF*^ a dit inexactement : « La Fontaine, aussi religieux alors et aussi austère dans sa conduite qu'il avoit été licencieux dans une
X. Dam un Extraordinaire du x3 norembre 1691 (p. 647-659), intitulé : La Uvie prédpUie du siège ds Suse par le duc de Savoie et Véleeieyr de Bavière^ avec perte déplus de six cents hommes tués,,»» 9
a. Tome I, p. 94 (Lyon, 1789).
SUR LA FONTAINE. clxxxiii
partie de ses œuvres, avoit accès par Fënelon jusqu'au duc de Boargogat. » On peut craindre que le pieux biographe n'ait obâ à quelque scrupule étroit, lorsqu'il a si fort avance Tëpoque de la conversion de la Fontaine ou reculé celle des bontés que rélève de Fénelon eut pour lui. La fable des Compagnons d^ Ulysse a été publiée^ à la fin de i6^. Elle est dédiée an duc de Bourgogne. Dans celle qui est indtulée le Loup et le Renard*^ la Fontaine dit qu'il en doit au jeune Prince « le sujet, le dialogue et la morale : »
Ce qui m*étonne est qu'à baît ans- Un prince en fable ait mis la choie.
Le petit apologue dont le duc de Bourgogne a été le collaborateur est donc aussi de 1690, au plus tard de 1691; car le fils du Grand Dauphin était né le 6 août i68a. Ce ne fut pas, on le voit, dans un temps où le fabuliste était, comme dit Fabbé Proyart, « uniquement occupé du soin de son salut, » qu'il commença d'être admis près du duc de Bourgogne. « Il lui contoit une de ses fables, et le jeune Prince lui en récitoit une autre qu'il avoit apprise de son précepteur, ou qu'il avoit lui-même composée '• » Sans avoir jamais renoncé aux petits poèmes, qui ont fait sa meilleure gloire, la Fontaine s'en laissait trop distraire. Il fut bon pour lui d'y être rappelé par des protecteurs dont il valait mieux prendre conseil que de ceux du Temple. Il avait présenté au duc de Bourgogne une de$ dernières fables qu'il avait composées. Le Prince lui ordonna de continuer*: ce qu'il fit, selon ses propres expressions', par le « devoir de lui obéir » et par « la passion de /ii/ plaire. » Relevons encore ces paroles, qui suggèrent en même temps une autre remarque : « Il faut que je me contente de travailler sous vos ordres. L'envie dé vous plaire me tiendra lieu d'une imagination que les ans ont affoiblie *. » C*est ainsi qu'il disait dans les vers qui servent de préface aux Compagnons d Ulysse: