‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 111 sur 374 · Ibidem^ p · texte numérisé non relu

Ibidem^ p

SUR LA FONTAINE. clxxyix

quoique d*autre façon, de ses poésies légères, et pour avoir été le familier des mêmes épicuriens. Nulle comparaison d'ail* leurs, cela va sans dire. C'est l'originalité de la Fontaine que, s'il se rattache au seizième siècle et finit par mettre le pied dans le dix-huitième qui va venir, il reste, en même temps, par les nobles traits de son génie, un homme du dix-septième.

Les Vendôme se sont déjà montrés dans cette histoire, en i685, attirant la Fontaine sous les ombrages d'Anet, devenu «c le sacré vallon. » Quatre ans s'écoulent, et nous voyons le poète établi décidément dans la faveur des neveux de la duchesse de Bouillon et dans leur intime familiarité. Il est devenu un de leurs compagnons de plaisirs et de pantagruéliques bombances ; il a fait connaissance avec leur cassette. Celui qui en tenait les clefs était cet abbé de Chaulieu avec qui la Fontaine avait eu occasion de se lier, depuis longtemps, chez Mme de la Sablière et à l'hAtel de Bouillon. Ce poète gentilhomme, dont le père s'était entremis dans les négociations de l'échange de Sedan contre plusieurs duchés et comtés, parmi lesquels se trouvait le comté d'Évreux, s'était lui-même i*endu agréable au duc et à la duchesse de Bouillon en leur cédant un fief et une maison qu'ils avaient désirés pour agrandir leur beau parc de Navarre. Il devint le confident et le complaisant sans scrupules de la duchesse de Bouillon; il la servait dans ses amours, comme on peut le voir dans ses lettres, aussi étranges par leurs révélations que par leur ton; il l'y appelait « la reine de Cythère » et « la terrible mère des Amours^. » Ayant si bien mérité toute sa confiance, il obtint bientôt celle de MM. de Vendôme, qui le chargèrent de l'administration de leur maison. S'il y trouva l'occasion de voler le duc de Vendôme, de complicité avec le Grand Prieur, comme le dit Saint-Simon*, ce n'est point ici notre afiaire. Ce que nous avons à dire, c'est que la Fontaine devait s'adresser à lui, comme au trésorier de l'Altesse, dont il ne put manquer de le trouver bien disposé à ne pas lui marchander les libérali* tés. Outre tant de liaisons qui, depuis longtemps, leur étaient communes, 1 y avait entre eux confraternité de poètes. Nous

I. Mater smva CupURmum (Horace, OJe six du livre r', vert i). . 9. Mémoires^ tome XVII, p. 8y.

La FosTAonu s &

CLXXViii NOTICE BIOGRAPHIQUE

n'ayons garde de mettre Chanlien en un rang qui le rapproche de la Fontaine : la distance est infinie ; et cependant| par sa facilité aimable et sa verve brillante, il était fait pour lui plaire. Il a mérité que Voltaire, dans le Temple du goût^ l'ait nommé le premier des poètes négligés.

La lettre en ven que la Fontaine, en septembre 1689, écri* vait au duc de Vendôme, nous en apprend plus que nous ne voudrions savoir sur les appels qu'il adressait à la bonne vo* lonté du dispensateur de ses largesses et sur l'emploi qu'il se vantait de faire de celles-ci :

. • . . D'un soin obligeant L'abbé m*a promis quelque argent, Amen, et le ciel le conserve I

Il veut accroître ma cherance.

Sur cet espoir, j*ai, par avance^ Quelques louis au vent jetës, Dont je rends grâce à vos bontés.

Le reste ira, ne vous déplaise,

En vins, en joie, et cetera.

Ce mot-ci s*interprétera

Des Jeannetons ; car les Clymènes

Aux vieilles gens sont inhumaines.

Non que j'assemble tous les jours Barbe fleurie et les Amours.

Il ne faut peut-être pas prendre trop au sérieux la plaisanterie; car il est permis de croire qu'il ne faisait là que chercher celle qui flattait le goût de son Mécène ; mais, comme sous la plaisanterie il y avait bien quelque vérité, nous com* prenons le blâme sévère, pourvu que ce ne soit pas celui de Voltaire, élevé lui-même dans la société du Temple^ et qui avait su y profiter des bonnes leçons. Il a fait choix des expressions les plus crues pour en accabler impitoyablement la Fontaine, qui demande « quelques pistoles au duc de Vendôme et au paillard Chaulieu, pour attendrir en sa faveur des héroïnes du Pont-Neuf; » et il s'est étonné que d'Olivet ait pu imprimer des « pièces de la Fontaine écrites de ce misé-

SUR LA FONTAINE. gx.»ix

rable style, par lesquelles il demande l'aumône pour avoir des filles ^ » Il dit ne plus y reconnaître celui qui a dit :

J*ai quelquefois aimé. Je n'aurois pas alors.... etc.*.

G>mment le souvenir de ces vers, qui lui a fourni sa frappante antithèse, ne lui a-t-il pas inspire un peu d'indulgence pour un poète qui, au milieu de ses faiblesses sensuelles, trouvait des accents si vrais de sensibilité? Il eût été juste de faire remarquer qu'il 7 eut en lui deux hommes, dont Tun n'appartenait pas à ce monde auquel il se trouva malheureusement mèlë. Ne nions pas cependant que dans cette demande d'argent, si étrangement motivée, il n'y ait, même en y admettant beaucoup de mauvais badinage, quelque chose de misérable ; mais dans le style, non pas, quoi qu'en dise Voltaire.

La même lettre de la Fontaine contient d'autres confessions qui, malgré le mérite de la franchise, ne sont pas beaucoup plus à sa gloire. Nous les citerons parce qu'elles offrent un tableau de ces orgies du Temple, honorées quelquefois de la présence de Mme de Bouillon et de son frère, le duc de Nevers, égayées aussi par la Fare, qui y avait reçu le surnom significatif de la Cochonnière^ et parce qu'elles nous montrent la part qu'y prenait la Fontaine, sans y faire d'ailleurs figure de parasite, de flatteur, demandant, comme on a dit, l*aumdne :

Pour nouvelles de par deçà Noos faisons au Temple merTcilles, L'autre jour on but vingt bouteilles.

Renier * en fut rarchitriclin.

La nuit étant sur son déclin,

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