Dans Fédition de 1678 A : c jusques à
4* Tout entière f dans les diverses éditions modernes, conformément à Torthographe actuelle. Toutes les éditions anciennes donnent : toute entière.
VIE D'ÉSOPE, 4i
gageure qa'îl avoit faite. Voilà le philosophe bien alarmé : il pria Ésope de lai enseigner une défaite. Ésope s^avisa de celle-ci.
Quand le jour que Ton avoit pris pour Texécntion de la gageure (ut arrivé, tout le peuple de Samos accourut au rivage de la mer pour être témoin de la honte du phi~ losophe. Celui de ses disciples qui avoit gagé contre lui triomphoit déjà. Xantus dit à rassemblée : « Messieurs, j'ai gagé véritablement que je boirois toute la mer, mais non pas les fleuves qui entrent dedans ; c^est pourquoi, que celui qui a gagé contre moi détourne leurs cours % et puis je ferai ce que je me suis vanté de faire. » Chacun admira Texpédient que Xantus avoit trouvé pour sortir à son honneur d'un si mauvais pas. Le disciple confessa qu'il étoit vaincu, et demanda pardon à son mattre. Xantus fut reconduit jusqu'en * son logis avec acclamations.
Pour récompense, Esope lui demanda la liberté. Xantus la lui refîisa, et dit que le temps de l'affiranchir n'étoit pas encore venu; si toutefois les Dieux Tordonnoient ainsi, il y consentoit : partant, qu'il piit garde au premier présage qu'il auroit étant sorti du logis; s'il étoit heureux, et que, par exemple, deux corneilles se présentassent à sa vue, la liberté lui seroit donnée; s'il n'en voyoit qu'une , qu'il ne se lassât point d'être esclave. Ésope sortit aussitôt. Son maître étoit logé à l'écart, et apparemment vers un lieu couvert de grands arbres. A peine notre Phrygien fut hors', qu'il aperçut deux corneilles qui s'abattirent sur le plus haut. Il en alla avertir son maître, qui voulut voir lui-même s'il disoit vrai. Tan-
I. Dans l'impression de 1669, daDs edle deLondres, 170B, et dans le texte de Grapelet : t leur cooxs, • an singulier, a. c Jnsqnes en, • dans Tédition de 1678 A. 3. Dans l'édition de 1678 A : « fut dehors. >
miers de la république. D demanda temps ^, et eut recours à son oracle ordinaire : c'étoit Ésope. Celui-ci lui conseilla de le produire en pubUc, parce que, s'il renoontroit bien^ Thonneur en seroit toujours à son mattre ; sinon , il n' j auroit que Tesclave de blâmé. Xantus approuva la chose, et le fit monter à la tribune aux harangues. Dès qu'on le vit, chacun s'éclata de rire : personne ne s'imagina qu'il pût rien partir de raisonnable d'un homme fait de cette manière. Ésope leur dit qu'il ne falloit pas considérer la forme du vase, mais la liqueur qui y étoit enfermée. Les Samiens lui crièrent qu'il dît donc sans crainte ce qu'il jugeoit * de ce prodige. Ésope s'en excusa sur ce qu'il n'o* soit le faire. « La Fortune, disoit-il, avoit mis un débat de gloire entre le mattre et l'esclave : si l'esclave disoit mal, il seroit battu; s'il disoit mieux que le maître', il seroit battu encore. » Aussitôt on pressa Xantus de l'affranchir. Le philosophe résista longtemps. A la fin le prévôt de ville le menaça de le faire de son office, et en vertu do pouvoir qu'il en avoit comme magistrat : de façon que le philosophe fut obligé de donner les mains * . Cela fait, Ésope dit que les Samiens étoient menacés de servitude par ce prodige ; et que l'aigle enlevant leur sceau ne signifioit autre chose qu'un roi puissant qui vouloit les assujettir.
Peu de temps apr^, Crésus, roi des Lydiens, fit dénoncer à ceux de Samos qu'ils eussent à se rendre ses tributaires : sinon, qu'il les y forceroit par les armes. La
I. Walckenaer écrit : « Il demanda do tempt, • leçon qui ne se trouTe que dans llmpretsion de 1678 A.
9. JugeroU^ dans les deux éditions de 1668 et dans la réimpression de 1669.
3. t Que son mattre, > dans Tédition de 1799, qui, trois lignes plus loin, donne : « de la ville, s pour t de Tille, s
4. Suivant une autre tradition, ce ne fut pas Xantus, mais Jadmon de Samos, qui rendît la liberté k Ésope. Voyez FaBrîciut^ Bibiioiheea grwea, tome I, p. 61 8.
plapart étoient d'avis qu'on lui obétt. Ésope leur dit que la Fortune présentoit deux chemins aux hommes : Fun, de liberté, rude et épineux au commencement, mais dans la suite très-agréable ; Tautre, d'esclavage, dont les commencements étoient plus aisés, mais la suite laborieuse. C'étoit conseiller assez intelligiblement aux Samiens de défendre leur liberté. Us renvoyèrent l'ambassadeur de Crésus avec peu de satisfaction.
Crésus se mit en état de les attaquer. L'ambassadeur lui dit que, tant qu'ils auroient Esope avec eux, il auroit peine * à les réduire a ses volontés, vu la confiance qu'ils avoient au bon sens du personnage. Crésus le leur envoya demander, avec la promesse de leur laisser la liberté s^ils le lui livroient. Les principaux de la ville trouvèrent ces conditions avantageuses, et ne crurent pas que leur repos leur coûtât trop cher quand ils l'acbèteroient aux dépens d*£sope. Le Phrygien leur fit changer de sentiment en leur contant que les loups et les brebis ayant fait un traité de paix, ceUes-ci donnèrent leurs chiens pour otages. Quand elles n'eurent plus de défenseurs, les loups les étranglèrent avec moins de peine qu'ils ne faisoient. Cet apologue fit son effet : les Samiens prirent une délibération toute contraire à celle qu'ils avoient prise. Ésope voulut toutefois aller vers Crésus, et dit qu'il les serviroit plus utilement étant près du Roi, que s'il demeuroit à Samos.
Quand Crésus le vit, il s'étonna qu^une si chétive créature lui eût été un si grand obstacle. « Quoi? voilà celui Ei faiit qu'on s'oppose à mes volontés! » s'écria-t-il. ope se prosterna à ses pieds. « Un homme prenoit des sauterelles, dit-il; une cigale lui tomba aussi sous la main. Il s'en alloit la tuer comme il avoit fait les saute-