‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 154 sur 374 · Vab. : c qae sans antre enquête i. (1668, 1669 et · texte numérisé non relu

Vab. : c qae sans antre enquête i. (1668, 1669 et

Quant à la lettre da roi d'Egypte, il n'en fit que rire, et manda qu'il envoiroit* an printemps les architectes et le répondant à toutes sortes de questions. Lycérus remit Ésope en possession d^ tous ses biens, et lui fit livrer Ennus pour en faire ce qu'il voudroit. Esope le reçut comme son enfant; et pour toute punition, lui reeom* manda d'honorer les Dieux et son prince; se rendre terrible à ses ennemis, facile et commode aux autres; bien traiter sa femme, sans pourtant lui confier son secret ; parler peu, et chasser de chez soi les babillards; ne se point laisser abattre aux malheurs' ; avoir soin du lendemain, car il vaut mieux enrichir ses ennemis par sa mort que d'être importun à ses amis pendant son vivant; surtout n'être point envieux du bonheur ni de la vertu d'autrui, d'autant que c'est se faire du mal à soi-même. Ennus, touché de ces avertissements et de la bonté d'Esope, conmie d'un trait qui lui auroit pénétré le cœur, mourut peu de temps après.

Pour revenir au défi de Necténabo, Esope choisit des aiglons, et les fit instruire (chose difficile à croire), il les fit, dis-je, instruire à porter en l'air chacun un panier, dans lequel étoit un jeune enfiint. Le printemps venu. Il s'en alla en Egypte avec tout cet équipage; non sans tenir en grande admiration et en attente de son dessein les peuples chez qui il passoit. Necténabo, qui sur le bruit de sa mort avoit envoyé l'énigme, (ut extrêmement surpris de son arrivée. U ne s'y attendoit pas, et ne se fût jamais engagé dans un tel défi contre Lycérus, s'il eût cru Esope vivant. Il lui demanda s'il avoit amené les

I. Telle est la leçon det ancienoet éditiont, même encore de la réimpression de 1729. U y a awoyroU dans celle de 1678 A.

a. Les éditions modernes, y compris Walckenaer et Grapelet, écrÎTent : • au malhenr. s Lm éditions anciennes donnent tontes t « aux malheurs. >

architectes et le répondant. Ëaope dit que le répondant étoit lui-même, et qu^il feroit voir les architectes quand il seroit sur le lieu. On sortit en pleine campagne, où les aigles enlevèrent les paniers avec les petits enfants, qui crioient qu*on leur donnât du mortier, des pierres, et du bois. « Vous voyez, dit Ésope à Necténabo, je vous ai trouvé les ouvriers ^ ; fournissez-leur des matériaux. » Necténabo avoua que Lycérus étoit le vainqueur*. Il proposa toutefois ceci à Ésope : « J*ai des cavales en Egypte qui conçoivent au bannissement' des chevaux qui sont devers Babylone. Qu*avez-vous à répondre là-dessus? » Le Phrygien remit sa réponse au lendemain, et retourné qu'il fut au logis, il commanda à des enfants de prendre un chat, et de le mener fouettant par les rues. Les Égyptiens, qui adorent cet animal, se trouvèrent extrêmement scandalisés du traitement que Ton lui faisoit. Ils Tarrachèrent des mains des enfants, et allèrent se plaindi*e au Roi. On fit venir en sa présence le Phrygien. « Ne savez-vous pas, lui dit le Roi, que cet animal est un de nos dieux ? Pourquoi donc le faites-vous traiter de la sorte ? — C'est pour Toffense qu'il a commise envers Lycérus, reprit Ésope ; car, la nuit dernière, il lui a étranglé un coq extrêmement courageux, et qui chantoit à toutes les heures. — Vous êtes un menteur, repartit le Roi : comment seroit-il possible que ce chat eût fait en si peu de temps un si long Voyage ? — Et comment est-il possible,

I. L^édidon de Barbou, celle de Renouard, in-is, iSii, donnent : c deB oayrters ». Le Trai texte est : « les ouvriers ».

9. Vab. : que Lycërus Temportoit. (1668, in-4***) Notre leçon se trouve dans Tëditionin-ia de i6(>8 et dans toutes les suivantes.

3. Vab. : qui conçoivent sur le seul bannissement. (1668, in-4«, et 1739.) — La Fontaine ëcrit toujours honnir ^ hannissemeni^ bien que, dès son temps, ces mots prissent d*ordinaire un e : vojrez les Diction^ noires de rAcâdimîe (1694) et de Furetière (1690). Ricbeiet (1680) écrit luutir,

J. DB LA FoifTAlAB. I 4*

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reprit Ésope, que vos juments entendent de si loin nos chevaux bannir, et conçoivent pour les entendre ? »

En suite de cela, le Roi fit venir d'Héliopolis certains personnages d^esprit subtil, et savants en questions énigmatiques. Il leur fit un grand régal, où le Pbrygien fut invité. Pendant le repas, ils proposèrent à Ésope diverses choses, celle-ci entre autres : « Il y a un grand temple qui est appuyé sur une colonne entourée de douze villes, chacune desquelles a trente arcboutants^; et autour de ces arcboutants se promènent. Tune après lautre, deux femmes. Tune blanche, Tautre noire. — Il faut renvoyer, dit Ésope, cette question aux petits enfants de notre pays. Le temple est le monde ; la colonne, Tan; les villes, ce sont les mois; et les arcboutants, les jours, autour desquels se promènent alternativement le jour et la nuit. »

Le lendemain, Necténabo assembla tous ses amis. « Sou£Prire2-vous« leur dii-il, qu'une moitié d'homme, qu'un avorton soit la cause que Lycérus remporte le prix, et que j'aie la confusion pour mon partage ?» Un d'eux s'avisa de demander à Ésope qu'il leur fît des questions de choses dont ils n'eussentjamais entendu parler. Ésope écrivit une cédule par laquelle Necténabo confessoit devoir* deux mille talents à Lycérus. La cédule fut mise entre les mains de Necténabo toute cachetée. Avant qu'on l'ouvrit, les amis du Prince soutinrent que la chose contenue dans cet écrit étoit de leur connoissance. Quand on l'eut ouverte, Necténabo s'écria : « Voilà la plus grande fausseté du monde ; je vous en prends à témoin' tous tant que vous êtes. — Il est vrai, repartirent-ils, que nous n'en avonsjamais entendu parler. — J'ai donc satisfait à

I. Cest ainsi que ce mot est écrit dans tontes les éditions publiées du Tirant de la Fontaine, a. Dans Tédition de la Haye, 1688 : e confessoit de devoir a. 3. a A témoins a, au pluriel, dans le texte de Walckenaer.

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▼otre demande, » reprit Ésope. Necténabo le renvoya comble de présents, tant ponr lui que pour son maître.

Le séjour qu*il fit en Egypte est peut-être cause que quelques-uns ont ^crit qu*il fut esclave avec Rhodopé, celle-là qui, des libéralités de ses amants S fit élever une des trois pyramides qui subsistent encore, et qu*on voit avec admiration : c'est la plus petite, mais celle qui est bâtie avec le plus d^art*.

Ésope, à son retour dans Babylone, fut reçu de Lycéms avec de grandes démonstrations de joie et de bienveillance : ce roi lui fit ériger une statue. L'envie devoir et d'apprendre le fit renoncer à tous ces honneurs. Il quitta la cour de Lycérus, où il avoit tous les avantages qu'on peut souhaiter, et prit congé de ce prince pour voir la Grèce encore une fois. Lycérus ne le laissa point partir sans embrassements et sans larmes, et sans le faire promettre sur les autels qu'il reviendroit achever ses jours auprès de lui.

Entre les villes où il s'arrêta, Delphes fut une desprin* cipales. Les Delphiens Técoutèrent fort volontiers ; mais ils ne lui rendirent point d'honneurs. Ésope, piqué de ce mépris, les compara aux bâtons qui flottent sur l'onde : on s'imagine de loin que c'est quelque chose de considérable; de près, on trouve que ce n'est rien. La compa-

1. Dans la réimpreMÎon de 1739 : a celle-là qui, de ce que lui donnoient ses amants 9.

9. Méxiriac (^ie ttÉsopé^ p. 986) adopte la tradition qui fait Esope esclaye du philosophe Idmon ou Jadmon, de Samos, et le compagnon d*esclaTage de a la fameuse courtisane Rhodopis, qui, amenée en Egypte, se fit aimer de Charaxus, frère de la poCtesse Sappho, qui, pour la racheter, employa tous ses moyens et se réduisit à la plus extrême paurretë. » Voyez Hérodote, Uttc II, chapitres cxxxrr et cxxxr. Méziriac ajoute : «r Ce fut aussi Rhodopis qui, du fruit de son commerce, fit bâtir une des pyramides, etc. » Mais Hérodote, à Fendroit cité, soutient que ce dernier fait est faux.

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raison lui coûta cher. Les Delphiens en conçurent une telle haine et un si violent désir de vengeance (outre qu^ils craignoient d*être décriés par lui), qu'ils résolurent de Tôter du monde. Pour j parvenir, Ms cachèrent parmi ses bardes un de leurs vases sacrés, prétendant que par ce moyen ils convaincroient Ésope de vol et de sacrilège, et qu'ils le condamneroient à la mort.

Comme il fut sorti de Delphes, et qu'il eut pris le chemin de la Phocide, les Delphiens accoururent comme gens qui étoient en peine. Us Taccusèrent d'avoir dérobé leur vase ; Ésope le nia avec des serments : on chercha dans son équipage, et il fut trouvé. Tout ce qu'Ésope put dire n'empêcha point qu'on ne le traitât comme un criminel infâme. Il fut ramené à Delphes ^ chargé de fers, mis dans les cachots, puis condamna à être précipité. Bien ne lui servit de se défendre avec ses armes ordinaires, et de raconter' des apologues : les Delphiens s'en moquèrent. « La Grenouille, leur dit-il, avoit invité le Rat à la venir voir. Afin de lui faire traverser Tonde, elle l'attacha à son pied. Dès qu'il fut sur l'eau, elle voulut le tirer au fond, dans le dessein de le noyer, et d'en faire ensuite un repas. Le malheureux Rat résista quelque peu de temps. Pendant qu'il se débattoit sur l'eau, un oiseau de proie l'aperçut, fondit sur lui; et l'ayant enlevé avec la Grenouille, qui ne se put détacher, il se reput de l'un et de l'autre. C'est ainsi, Delphiens abominables, qu'un plus puissant que nous me vengera : je périrai; mais vous périrez aussi. »

Comme on le conduisoit au supplice, il trouva moyen de s'échapper, et entra dans une petite chapelle dédiée

I. Nous nouft conformons à la ponctuation des éditions originales. La plupart des éditeurs modernes (Walckenaer, Crapelet, etc.) mettent une virgule après Delphes^ ce qui ciiange le sens.

a. Vab. : rapporter. (1678 A.)

à Apollon, Les Delphlens Fen arrachèrent. « Vous violez cet asile, leur dit-il, parce que ce n*est qu'une petite chapelle, mais un jour viendra que votre méchanceté ne trouvera point de retraite sûre, non pas même dans les temples ^ Il vous arrivera la même chose qu'à TAigle, laquelle, nonobstant les prières de TEscarbot, enleva un Lièvre qui s'étoit réfugié chez lui : la génération de T Aigle en fat punie jusque dans le giron de Jupiter. » Les Delphiens, peu touchés de tous ces exemples, le précipitèrent*.

Peu de temps après sa mort, une peste très-violente exerça sur eux ses ravages. Ils demandèrent à Toracle par quels moyens ils pourroient apaiser le courroux des Dieux. L'oracle leur répondit qu'il n'y en avoit point d\iutre que d'expier leur forfait, et satisfaire aux mânes d'Ésope *. Aussitôt une pyramide fut élevée. Les Dieux

I. Yar. : dedans les temples. (1668, m-4*, et 1739.) — Dons est U leçon de Tin-is de 1668 et des éditions suivuntes.

a. Larcher, dans son Estai Je chronologie tT Hérodote (tome VI de sa traduction, p. 5 36), place la mort d*£sope, d*après Tautorité d'Eusèbe, en Tan 56o avant Jësua-Christ, la quatrième année de la cinquante-quatrième olympiade. Méziriac, nous TavonsTu plus haut (p. 46, note i), la met à la première année de la même olympiade. Nous arons dit ci-dessus (p. 39, note 5) ce que nous pensions de la chronologie relatire à Ésope.

3. Sur la réponse de Toracle, les Delphiens a furent contraints dVuToyer par toutes les fêtes publiques et assemblées g<<nérales des Grecs, faire proclamer à sqn de trompe, s'il y avoit aucun delà parenté d*yEsope qui voulût avoir satisfaction de sa mort, qu'il vint, et qu'il Texigeât d'eux telle comme il voudroit. Mais il ne se trouva personne qui prétendît avoir ce droit, jusqu'à la troisième génération, qu'il se présenta un Samien nommé Jadmon, petit-fils du premier Jadmon qui avoit été maître d'yËsope en l'île de Samos; et les Delphiens, lui ayant fait quelque satisfaction, furent délivrés de leurs calamités, et dit-on que depuis ce temps-là ils transférèrent le supplice des sacrilèges de la roche d'Hyampie à celle de Nauplie. a (SÎiïiBiAC, If^te (C Ésope ^ p. 3o6.)

ne témoi^èrent pss seuls combien ce criiae leur déplaisoît : les bommes vengèrent aussi la uiort de leur sage. La Grèce euYOja des commissaires pour en informer, et en fit une punition rigoureuse*.

I. Les Afhéaîf— âcrèrott ploft tard urne matmt k Ëiope. Cette % qai était rownge da ftf t LjBppe, te phc^*, dit-oa, ca •▼MU de eeUci de» eept «sges, faeiè osffiv iji^p^eleir (^ éée Hmmmde^ Itm IV, 33s).

MiOfi âigemio ttmtmmm pomere Mûâ^ eoUoemnuU mUrmm îm Am,

(PaàiMS, livre II, éfUogmg^ wen 1-4.)

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