‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 254 sur 374 · I . Voyes plus bas la note du vers ao · texte numérisé non relu

I . Voyes plus bas la note du vers ao

F. TV] LIVRE III. a45

ne fob tenté de croire que la Nature a rérélé ton aTentore an sn* blime la Fontaine, en même temps qu'elle lui inipiroit ces YCtt. Si •es Cables n'étoient pas Thistoire des hommes, elles seroient encore pour moi un supplément à celle des animaux, s

Autrefois Progné Thirondelle

De sa demeure s'écarta,

Et loin des villes s^emporta Dans un bois où chantoit la pauvre Philomèle* « Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez-vous? 5 Voici tantôt mille ans que Ton ne vous a vue : Je ne me souviens point que vous soyez venue, Depuis le temps de Thrace ', habiter parmi nous.

Dites-moi, que pensez-vous faire?

Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire? x •

*— Ah ! reprit Philoméle, en est-il de plus doux? » Progné lui repartit : « Eh quoi? cette musique,

Pour ne chanter qu'aux animaux ,

Tout au plus à quelque rustique * ?

Le désert est-il fait pour des talents si beaux ^ ? 1 5

>• t Idi Fontaine a rendu arec autant de bonheur que de fidélité une expression grecque ((uri Bp^v, Bahriuê^ pers 8 au mamuerit, pars 6 dans NeptUt^ «'^O» ^^ Tynrhitt (im dês éditeurs des /Wyments de Gahrias ou Bahrias^ Londres, '77^)» ^'^^^ Tersé qu*il était dans cette langue, a mal comprise, et que les interprètes latins ont rendue d'une manière inintelligible^ tant il est Trai que le génie est une espèce de divination bien supérieure à Térudition. » (Tbubot, Mercure de France^ avril, i8ii, p. iS, note, dans un article sur VÈsope de Gomy.)

3. Nous avons déjà vu rustique employé ainsi substantivement au livre I, lable ix, vers ai.

4. f La fable de PhUomèU et Progné, dit Thurot i Tendroit cité, est imitée et presque traduite littéralement de Babrias ; c'est la même grâce, la même naÎTCté touchante dans le dialogue, et le peu que la Fontaine y a ajouté lui donne un nouveau charme; entre autres ce vers qui n'est pas dans le poète original :

Le désert est-il fait pour des talents si beaux? i

%i6 FABLES. [t.

Venez faire aux cités* échter leurs merveilles.

Aussi bien, en voyant les bois^ Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,

Parmi des demeures pareilles, Exerça sa fureur sur vos divins appas * . « o

— Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas :

En voyant les hommes, hélas !

n m'en souvient bien davantage ''• »

5. Dans la fable de Babrias, telle qne la Fontaine Ta connue, ce n'est pas dans les eitéêf mais, pins délicatement peut-être, an fillage, <]oe Progné inTilB sa sonr à Tenir dcmenrer : c Où ta chanteras, loi dit-elle, anx laboureurs et non aux bètes sauvages, a

Ce joli Tcrs grec n*est point dans le manuscrit du mont Athos, qui, en allongeant la fable, Ta bien plutôt gâtée qu*embellie, et à la Ter^ •ion duquel s^applique beaucoup moins bien qa*à l'ancienne forme en treiie vers le jugement de Thnrot que nous ayons rapporté dans la note précédente.

6. Térée, roi de Thrace, après aToir outragé Philomtie dans un bois écarté, lui coupa la langue et renferma. Progné ou Procné, scBur de Philomèle et femme de Térée, délivra sa sœur, et la vengea en tuant son propre fils, Itys, qu'elle fit manger à son père. Elle lut métamorphosée en hirondelle, Philomèle en rossignol, et Térée en huppe (selon d'autres en épenrier). Voyez les Métamorphoses é*Oyiàe, livre VI, yers 4t>-676*

7. Dans la fable grecque (vers sa et aS au manuscrit, vers la et i3 des anciennes éditions), Philomèle dit de même ;

Mv^(Ai)v fuîKaUâi ouft^opÔv dvofafvei.

« Toute maison et le commerce des hommes ravive en moi le souvenir de mes antiques malheurs, a Nous citons ranoicnne leçon i l'édition de Boissooade offre une double variante, mab qui ne change point le sens.

T.XYi] LIVRE m. a47

FABLE XVI

LA FBMMB HOYÉB.

Faërne, fab. 4x» ^^^^ submersa et Fir. ^- Marie de France, fab. 96, dou VUems et de sa Famé. — Poggii faeetm ^ de éo fm Uxorem in flumme peremptam qumrebai (BAle, x538» p. éifij)* — Terdizotti, lub* 53 f itun Marito ehe eercava al catUrofno del fiume la Mog&e affogâta.

Dans la fable, on plutôt le fiibUaa, de Blarie de France, dont on peut voir un extrait en prose dans le recueil de le Grand d'Aussy {Fabliaux ou Contet^ tome III, p. 181, 3* édition, 1829), le récit a une première partie, omise par le Poge, ainsi que par la Fontaine , où Teaprit de contradiction de la femme est mis plaisamment en ao* tion. — Voltaire, comme nous Tarons déjà tu faire ailleurs (p. 167, note a), criticpie la Fontaine au sujet de ce conte, comme s'il le rendait responsable de rinyention : c Rien n'est plus insipide, dît-il dans le Dictionnaire philosophique (tome XXIX des OEuvres, p. 3oi), que la Femme nofée, dont on dit qu*il faut cbercber le corps en remontant le cours de la nTière, parce que cette femme aTait été contredisante, a — ff Cette bistoriette, dit plus équitablement Walckenaer, dans sa i** note sur cette fable, se trouye dans Poge, dans nos anciens fabliaux, dans Marie de France, et dans presque tous les recueils de Contes ou joyeux devis des quinzième, seizième et dixseptième siècles ' : elle n*en est pas meilleure pour cela. 1 Pas mitHUure^ j*en conyiens, c'est-i-dire ni bien spirituelle, ni bien délicate, mais, comme dit M. Souillé (p. i3o), la boutade est c piquante par son absurdité et son excès même, 1 et d'ailleurs elle fait partie de ce fonds commun de comique populaire, de franc et gros rire, que la Fontaine aimait et qu'il excelle A mettre en libres et gaies rimes.

Je ne sais pas de ceux qui disent : « Ce n*est rien, C'est une femme qui se noie. »

I. M. Soullié (p. ai3 et 914) cite trois de ces recueils, l'un du seizième et les deux autres du dix-septième siècle.

a4S FABLB& [r.

Je dis que c^est beaucoup; et ce sexe vaut bien

Que nous le regrettions, puisqu'il fait notre joie*.

Ce que j'avance ici n'est point hors de propos, S

Puisqu'il s'agit en cette fiible *,

D'une femme qui dans les flots Avoit fini ses jours par un sort déplorable

Son époux en cberchoit le corps.

Pour lui i*endre, en cette aventure, t o

Les honneurs de la sépulture.

n arriva que sur les bords

Du fleuve auteur de sa disgr&ce ^

Des gens se promenoient ignorants^ l'accident.

Ce mari donc leur demandant i s

S'ils n*avoient de sa femme aperçu nulle trace : « Nulle, reprit Tun d'eux; mais cherchez-la plus bas;

Suivez le fil de la rivière. »

Un autre repartit : « Non, ne le suivez pas;

Rebroussez plutôt en arrière : «0

Quelle que soit la pente et TincUnation

Dont l'eau par sa course l'emporte,

L'esprit de contradiction

L'aura fait flotter d'autre sorte. »

Cet homme se railloit assez hors de saison ' . « 5

1. M. Sftint-Maro Girardîn (xni* leçon, tome II» p. 89 et 90} dit na sujet de cet quatre rers : c Les femnies ont senti que le falmlijte les aimait, et Toilà poorqnoi elles lui ont beancoap pardonné.... Comment se ficher contre le poëte qui a dit :

Je ne sais pas de ceux qui disent : c Ce n*est rien, etc. T»

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