‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 280 sur 374 · TRIBUT ENVOYÉ PAR LES ANIMAUX A^ALEXANDRE · texte numérisé non relu

TRIBUT ENVOYÉ PAR LES ANIMAUX A^ALEXANDRE

Gilbert! Gognati Narraiîonum sjrlva, p. 98, Je Jovu j4mmonis ora~ eulo. — Nous donnons à V Appendice le conte de Cousin (c'est le nom traduit en latin par le mot Cognatus), Ce conte est probablement la source où notre poète a pris cette îaSbXt, Nous avons d'autres preu- Tes qu'il a connu ce compilateur du seizième siècle. — Voltaire, dans aon'Dictionnaire philosophique (tome XXIX des Œuvres, p« Soi), juge sévèrement le sujet de cet apologue : c Le tribut des animaax euToyé au roi Alexandre est, (dit-il, une fable qui, pour être ancienne, n'en est pas meilleure. Les animaux n'envoient point d'argent à nn roi, et un lion ne s'avise pas de voler de l'argent. » Voyez ci-après, note a, une autre critique de Chamfort.

Dans VAlexandreis^ poërae latin de la fin du douzième siècle, de Philippe Gautier de Châtillon, tous les peuples de l'occident, TE»pagne, la Gaule, les Teutons, etc. , envoient des ambassadeurs à Ba* bylone, pour rendre hommage à Alexandre avant sa mort :

Ut tamen ante diem extremum quem fata parabant Omnia rex regum sibi subdita régna videret, Pecit eum famm ionut et fortuna monareham.,,, Obiatis igitur cursum flexura tyranni MuneribuSf toio peregrina cucurrit ab orbe Ad mare descendens plenis legaiio velis, ete,

(Livre X, vers a 16 et suivants.)

— Dans ii Romans d^Alixandre par Lambert U tors et Alexandre de JBernaj, publié par M. Michelant (Stuttgart, 1846), et qui est aussi soit du douzième siècle, soit peut-être plutôt du treizième, les animaux parUgent la terreur que l'invincible conquérant inspira anx humains. Ainsi nous voyons, dès sa naissance (p. a, vers i) :

Et les bestes tranler [trembler) et les homes|frrniir;

et un |)eu plu* loin (p. 3, vers 4), il est dit encore que c les bestes frémirent. 1 — Un fait assez curieux qui établit une certaine connexion entre les anciens recueils d'apologues et l'histoire fabuleuse

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d'Alexandre , c*est a^i^Msopus est un des noms donnés à Tauteur de cette histoire, mise plus ordinairement sous celui de Callisthène. Ainsi, dans le manuscrit trouTé par Angeio Mai dans la bibliothèque Ambrostenne, le texte de Julius Valerius est intitulé : Res gesim Alexandri Macedonis transîat» ex JEsopo ^rwco. En outre, le roman d'Alexandre se trouve joint, dans plusieurs manuscrits , aux fables d^Ésope. Voyez à ce sujet Berger de Hrrrey, dans les Notices et extraits des manuscrits^ p. i88 et suivantes. — Une invention presque aussi étrange que celle du tribut des animaux, c^est l'ambassade que, dans une de ces narrations de fontaisie mentionnées par Bei|[er de Xiyrey {iiuUm, p. i8o), Alexandre reçoit des chevaliers de Rhodes, c qui luy apportèrent les clefs et tributz de leurs prouinceS| et receut d'eux les foys et homages, et furent bons amys. 9

Une fable avoit cours parmi Tantiquité*,

Et la raison ne m'en est pas connue*.

Que le lecteur en tire une moralité ; Voici la fable toute nue :

La Renommée ayant dit en cent lieux S

Qu^un fils de Jupiter, un certain Alexandre, Ne voulant rien laisser de libre sous les cicux, Commandoit que, sans plus attendre,

I. On ne trouve, que je sache, aucune trace de cette fable dans Tantiquité, et c'est & tort que M. Souillé nous dit (p. 87) qu'elle est dans Quinte-Curce. Cela ressemble bien plutôt à un conte du moyen Age. Au reste, comme le compilateur Cousin (voyez la notice) n'invente guère, et que généralement ses sujets sont d'emprunt, la Fontaine a bien pu croire que cet apologue, comme tant d'autres qu'il trouvait dans le même recueil, était imité de quelque auteur ancien. Ce qui est encore plus probable, c'est que par ces premiers mots il aura voulu simplement donner un air d'autorité à son récit.

a. c Ni à moi non plus, dit Cbamfort, attendu que cette fable n*est pas bonne. Alexandre qui demande un tribut aux quadrupèdes, aux vermisseaux, ce lion porteur de cet argent, et qui veut le garder pour lui : tout cela pèche contre la sorte de vraisemblance qui convient à Tapologuc. Au reste, la moralité de cette mauvaise fable, si on peut rappeler ainsi, retombe dans celle du Loup et de l'Agneau. »

3i6 FABLES. [r. xii

Et malgré le héros de Jupiter issu,

Faisant chère et vivant sur la bourse publique.

Ils arrivèrent dans un pré ^ ^ S o

Tout bordé de ruisseaux, de fleurs tout diapré.

Où maint mouton cherchoit sa vie :

Séjour du frais, véritable patrie Des Zéphirs. Le Lion n^ fot pas, qu'à ces gens

11 se plaignit d'être malade. i 5

« Continuez votre ambassade, - Dit-il; je sens un feu qui me brûle au dedans, Et veux chercher ici quelque herbe salutaire.

Pour vous, ne perdez point de temps :

Rendez-moi mon argent; j'en puis avoir affaire. » 60 On déballe; et d*abord le Lion s'écria,

D'un ton qui témoignoit sa joie :

« Que de filles, 6 Dieux, mes pièces de monnoie Ont produites^* ! Voyez : la plujpart sont déjà

Aussi grandes que leurs mères. 6 S

Le crott^' m'en appartient. » U prit tout là-dessus; Ou bien s'il ne prit tout, il n'en demeura guères.

Le Singe et les Sommiers^* confiis.

Sans oser répliquer, en chemin se remirent. Au fils de Jupiter on dit qu'ils se plaignirent, 70

Et n'en eurent point de raison.

Qu' eût-il fait? C'eût été lion contre lion;

1 1 . Chez Cousin, c'est à deux jours de chemin de Memphii qu'on a rencontré le Lion, et c'est en arrivant dans les grasses eampagnet de TAsie qu*il s'arrête et reprend son aident.

la. Ce trait se trouve, mais très-légèrement indiqué, dans le conte latin ; Drachmm^ inquit, mem muhat admodum draehmas peperert. Le Lion s'empare de toutes les drachmes marquées de la même empreinte que les siennes.

x3. L'augmentation. Ce mot continue la métaphore; c'est un terme d'agriculture qui s'applique particulièrement au produit des bestiaux.

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