Voyea ci-dettus, p. iSa, note
6. Horace (livre I, épùrt ni, vert i8«io) applique la fable, comme ici la Fontaine, aux plagiairet :
A«, si forte suas repttitum Mmmi oUm Grex mpûim plumas^ moveat Cormcuia ruum Furtwit nuaaia coiorihus,,..
Lnâen de même, dant ton Apologie pour ks toUuiis {Àpoiagim pr» Mt0wdê eonJuetit)^ chapitre it, et dant ton Psetidologistm^ chapitre ▼• — Tertnllien, dant ton Uttc Comire Ut raiemiiniêns (édition Rifanlt, Parit, 1634, in-f^, p. agS), fait autti allution, dant un tcnt analogue, au KoXoibç d*Étope {Graeuium JEâopt), — • Dant la première det fobles étopiquet donnéet par Coray, la moralité ett plut gênéimle : t L'ambition, le détir d*aToir plut on mieux, nout enlère tonvent , même ce qui ett à nout : ■ 'H icXiovi({a êfaipcfîcat «al x& «pooéna noXXéaw, " PlaMe, rempla^nt Geai et Paont par Ane et
w. a] LIVRE I?. 3ot
Je m*en tais, et ne veux leur canaer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires.
BcBofr» dirige trèt-plaÎMHuiieDt l'allégorie oontre les onéMllIiiieM {Julmûirê, acte II, toène u, Tcn 49*58) :
Fenlt hoc mi, Megadortf in menttm^ têd êue hmmium di^kmmt
FaetUuum; me Uem essê hominem paupenam pûuptrrimwm.
NMme si fUiam ioeassim meam r«M, in menton Pênii
Te ho9€m uiû^ €t mê tuMam g M têenm tonjunetut êimn^
Uii anus nequêom fart portier , jaeeam ego atinmi in luto;
7Vi me hot magis haud rtspieiaa, gnatut quasi nunquam sUm;
Et te utor iniquiore^ et meut me ordo mndeot;
NeutmBi hoèeam stohiie stoMum, si ftàd diporti fuott
jismi me morJieièns sondant ^ èopes incursent eomihus.
Hoc magnum *st perkukan, me ob asinis ad bowes transscendere»
«»- Le Noble tire de la iaUe nue toat autre leçon, qu'il adieiie aux financiert, aux traitants :
Gros douaniers, rièhet sangsues.
Quand après un destin dont Téolat est si beau , On TOUS reroit pieds plats tombés du baut des nues,
Voilà juste Totre tableau.
— Benserade, qui consacre à oe sujet un seoond quatrmm (le ouxm*)» le tennine par cette épigramme contre la beauà d'emprunt :
N'en est-il pas ainsi de la plupart- des belles, Lorsque tous leur àtez tout oe qui n'est pas d'elles ?
— M. Saint-Bfaro Girardin, dans sa xn" leçon (tome II, p. 71), eîte oette fid>le parmi ces satires de la Tanité qui abondent obei nom poSte.
3m fables. [r.
LB CHÀMBAU BT LB8 bItOICS FLOTTAHTS.
Éfope, fab. iio, *OBouc^poi (Goray, p. 6x); ùh. né, Ki|Jti]XDc (Conjp p. 6Sf p. 3s4)* ~~ Handent, i"* partie, &b. 91, 1^ Sermâniz de vigne et des Viateurt; fab. loo, d'un Chameau. — Gorroiety &b. 54» du Lyon et du Renard»
Mftholagia mopiea Neveleti, p. 74» p. 178, p. i83.
Cette fable est double. Elle réunit les deax apologues grecs men* tiennes ci-dessns et mis Pun et Tantre en français par Bandent. Le premier, iês FojageurMy est, dît-on , parmi les Csbles attribuées à Ésope, une des neuf qn*on peut considérer comme authcntiqaes (voyez M. Sonllié, p. 6a). U fut, si nous en croyons Plannde, la cause première de la mort du fiibuliste : voyes ci-dessus la Vie d^ Ésope ^ p. 5i et Ss. — La fable 18 de Faëme, Léo et Tu^mi, développe la même idée que Tapologae da Chameau, L*abbé Guillon considère comme une antre Tariante la fable 19 du livre UI de Fabbé Âubert, le Chat et le Coq JTun clocher; et M. Saint-liaro Girardin, qui, dans sa xvi* leçon (tome II, p. 71)9 met encore cette fid>le parmi les satires de la vanité , rapprocbe, dans sa xxm* (tome II, p. 973), de la moralité de la Fontaine celle de la îûi» des Échasses de Richer (%• du Uvre II, Paris, 1744) :
Nous admirons ainsi de loin maint grand seigneur, Qui de près n*est <pi*nn nain monté sur des échasses.
€ Le trait est vif, ajonte-t-il , et tout à fait d*nn frondeur. Paime mieux cependant la moralité des Bâtons flottants de la Fontaine :
J*en sais beaucoup, etc.
La Fontaine n'applique sa moralité à personne, mais à tout le monde. H en sait beaucoup à qui elle peut convenir ; il ne fait la part d'aucune classe ou d'aucun ordre. 1
Le premier qui vit un Chameau «
I . Chameau est le terme générique s'appliquant à la fou à Te^pèce
i.z] LIVRE ly. 3o3
S'enfait à cet objel nouveau ; Le second approcha; le troisième* osa faire
Un licou pour le Dromadaire '.
L^accoutum^ance ainsi nous rend tout familier ^ : 5
Ce qui nous paroissoit terrible et singulier
S^apprivoise avec notre vue *
Quand ce vient à la continué *.
Et puisque nous voici tombés sur ce sujet,
On avoit mis des gens au guet, t o
Qui voyant sur les eaux de loin certain objet,
qui a deux bosses et à celle qui n^en a qu'une; le mot Dromadaire , qui est an rers 4f >crt aujourd'hui & désigner cette dernière; mais il ne parait pas qu'il s'employât ainsi an dix-septième siècle. Le Dîc^ tionnaire de Richelet (1680) et celui de l'Académie (1694) disent simplement, sans parler de bosse, que le dromadaire est c une espèce de chameau plus petit et plus vite que les chameaux ordinaires; » et Furetière (1690), contrairement à notre usage, appelle dromadaire le chameau à deux bosses; il ajoute toutefois que Perrault donne ce nom (comme nous faisons maintenant) au chameau à une bosse. Dromadaire est formé d'un mot latin du moyen âge qui Tcnt dire, par son étymologie, c coureur, propre à la course. •
a. c Cette gradation , dit Nodier, rappelle celle que nous aTons remarquée dans la fable rv du liyre III (Ters i8-ao) :
EUe approcha, mais en tremblant ; Une antre la sniTÎt, etc. s
3. Pour un dromadaire^ dans l'édition de 1678, qui corrige eette faute è V Errata, — c Voyant, dit la fable grecque (n* 1x8), la douceur de la bète, Toyant qu'elle n'arait pas de bile, ib lui mirent une bride, et, comme traduit Haudent (fable 100),
L'ont baillé aux enfimtz à duire {coiufuMré).
4. Gemzez cite, au sujet de r accoutumante^ ce passage du Roman dé la Rose (édition Méon, vers 7176 et 7177) :
Mainte chose desplet nouele.
Qui par acoustumance est bêle.
5. Transposition poétique. Le tour ordinaire est de dire : c Notre Tue t'apprivoise avec les objets. >
6. A la longue, à force de faire, de voir, etc., sans intecruption^
3o4 FABLES. [r. x
Ne parent 8*empècher de dire Que c'éloit un puissant nayire.
Quelques moments après, Tobjet devint brûlot^,
Et puis nacelle, et puis ballot, 1 5
Enfin bâtons flottants sur l'onde ^.
la même èhoae. Voyez le Lesiqw, ~ Dans Faëmey fable da Ucm ei U Bernard (yen 8 et 9) :
Qum terrihUia sunt ûh buoUittIa (noiiHioooiitnma&oe)| Ea reddii adsuetudo hlanda et moUia,
— Dans la &ble grecque da Chameau : Ta foSwpèt -cG&v iqpoYfiiiuw ^ euvi{6Eta tfixoTaf pdvi)Ta icouî. — • La fable de Goiroiet citfe dans la notice contient les tcts tuiyantty que la Fontaine a eus très-probablement sous les yeux :
S'appriuoiier est difficile ; Mais quand on a prins oo^otManoe, L'amitié prend pleine croissance, Et le banter en est facile.
L*accoastununoe en plusieurs lieux Auec les grands nous apprinoise, Lesqueb n'osions pour peur de noise Regarder entre les deux yeux.
7. Naiire ebargé de matières combustibles, destiné i mettre le Jeu à d'autres bâtiments, et qui ordinairement est de moyenne ou de petite dimension. Nous n'sTons pas besoin de dire que c'est la dimension seule que le poëte a ici en Tue ; nous ne connaissons pas d'antre exemple du mot ainsi employé. — Dans la &ble ésopique 1 10 : o&xirt vaOv, dÛLXà nkoTw i^xouv pXiicttv.
8. € Cest le contraire de ce qui arrive réellement, dit Grapelet, reproduisant une critique de Ricber {Préface de l'édition de 1719, p. 10), déjà répétée par l'abbé GuiUon et par Nodier. Le plus grand nayire, tu de loin, semble être moins qu'une nacelle^ et il grandit à mesure qu'il approcbe du rtrage. Le sens moral est mÀ, mais le sens propre présente une idée fimase. a Cest la note qui est finusse, ou du moins inexacte. U est très-vrai qu'un gros naTire, tu de loin, paraît petit, quand on sait ou qu'on se figure que c'est un navire, et que I'cbU croit mesurer la dbtanoe où il est placé. Bllais il est paiement Tnd qu'un objet relatiTement petit, dont nous ne eonnaissons pas la nature, dont nous ne mesurons pas la distance, prmd à nos regards des proportions exagérées, quand surtout il se détache sur llioriaon, comme il arrive sur mer, ou au sommet d'une montagne.
F. x] LIVRE IV. 3o5
J'en sais beaucoup de par le inonde A qui ceci conviendroit bien :
De loin, c'est quelque chose; et de près, ce^n'est rien •.
ou dans une vaste plaine. On nous a raconté qu*an jour, en Afrique, le maréchal Bugeaud et tout son état-major prirent pour une armée d'Arabes des chardons qui se balançaient dans la brume.
9. Ce Ters est devenu proverbe. On en a rapproché le mot de Tacite {Annales j livre I, chapitre xltii) : Cui (majestatî) major e Ion* gmquo reperentia. L*abbé Aubert commence ainsi la fable mentionnée ci-dessus dans la notice :
Pour bien juger des grands, il faut les approcher.
— c De bien des gens il n'y a que le nom qui vale quelque chose. Quand vous les voyez de fort près, c^est moins que rien ; de loin, ils imposent, s (La BnuTias, du Mérite personnel, n^ 3, tome I, p. i5i.}
J. DB LA FONTAIAK. I 20
3«6 FABLES. [r.
FABLE XL
LA GRBNOUILLS ET LB AAT.
ÉMpe, ùh. %iS, Muç xa\ Birpaxoç (Cony, p. i6i et i6a, kmis detix formcty dont la féconde est tirée de la ^ie d'Ésope de Plannde : ▼oyez ei-«prè»). — Appendix fabolaram csopiaram, &b. 6, Mims et ana, — Romalof, lirre I, fab. 3, Mus et Rami, — Neckam, Cib. 6, de Mure et Bana, — Marie de France, fab. 3, de U Saris è de la Re^ itoUle. — Haudent, f* partie, ùih. 114, dune GrenoiUe^ datte Souris et duM Rseoufle (Milan). — Corrozet, &b. Z^ du Rat et de la Gre- HoUie. — Le Noble , fab. 98, du Vautour^ du Rat et de la Grenouille» Le procès,
Mjrthologia msopiea Neveleti, p. a 88.
Walokenaer, dam une note écrite de sa main, dit avoir tu un manuscrit autographe de la Grenouille et le Rat,
Dans la Fie d Ésope par Planude (voyez ci-dessus, p. 5i), le fabuliste, condamné à mort par les Delpbiens,' les menace, par le récit de cette fable, de la vengeance d*un plus puissant que lui. — La Batra^ chomjromacfùe commence par un conte semblable. L*origine de la guerre des Rats et des Grenouilles est la mort du Rat Psîcbarpax, qui, 's*étant aventuré dans un étang sur le dos de la Grenouille PAjsignathe, est noyé par elle, parce qu*à la rencontre d'une hydre, elle se hâte de plonger, ne songeant qu*à sa propre sûreté. — Dans les Contes et fables indiennes de Bidpaï et de Lokman (tome UI, p. 87- 89), on lit un apologue qui, sans être identique avec celai d*Ésope, lui ressemble pourtant beaucoup. 11 a été intercalé dans la traduction persane de Calila et Dimna, dont nous avons déjà parlé, et qui est intitulée Anvar^i'SuhaiU : voyez VEssai de Loiseleur Deslong* champs, p. 70 et 71. Dans cette fable orientale, il n*y a point ruse de la Grenouille. Elle a fait amitié avec le Rat, qui, pour avoir la facilité de Pappeler è son gré et d*étre appelé par elle, lui a proposé de s'attacher réciproquement un fil à la patte. Un faucon enlève le Rat, et en même temps la Grenouille, qui a eu Timprudenoe de se lier f avec quelqu'un qui n'étoit pas de son espèce, s Dans la fable ésopique, c'est, comme dans lu fable indienne, uniquement par ami-
F. au] LIVRB IV. 807
tié, et pour ne point m féparer, que les deux aninuHUc • attachent Tiin à l'autre arec un fil. Le récit, tel qu'il est fait dant la FU J^Ètapt (comme Planude la raconte en grec), et pareillement dans Marie de France, rappelle U Rai de pille et le Rai des champs : le Rat traite d^abord la Grenouille, et celle-ci Temmène dans Tétangpourle traiter à son tour. Dans la fable de Haudent,la Grenouille et la Souris sont en guerre, et c'est pendant une bataille qu'elles se lirrent quel'Ea-
coufle(i!e M/a») les enlère toutes les deux.— Eustache Deschamps a
traité ce sujet dans une ballade (édition Crapelet, p. 196-198), qui a pour refrain ce Ters :
Qui legier {légèrement) croit, certes c*est grant folie.
— M. Taine, dans le i*' chapitre de sa 3* partie, intitulée T^r/, compare la fable grecque ayec la française, qu'il apprécie en détail, surtout au point de vue de l'action. — Cette fable était représentée dans le Labjrr'mthe de Versailles ; c'est le m* quairmn de Benserade (le XIX* de l'édition de 1677).
Tel, comme dit Merlin*, cuide* engeigner' autrui|
!• Le Merlin auquel on attribue la maxime est bien, comme on le Terra dans la note 4, l'enchanteur fameux sous le nom duquel on a imprimé des prophéties. L'abbé Guillon roulait que ce fâtie poète maearonique Merlin Coccafe (Théophile Folengo) ,chez qui il a tronré aussi, pour confirmer sa conjecture, l'idée, au fond très-commune, il faut le dire, qu'expriment les deux premiers vers de la fable :
F'uUmus espertl quod qmsquis faUere eereat Deeepttim tandem se cernit tendre quoquo.
(Jiaearonea x, p. aa8, Venise, x6i3.)
a. Pense, s'imagine, ancien yeibe qtd se retrouTe encore dans outreemdant»
3. Tromper, prendre au piège, vieux mot formé à^engim^ imgt^ nîum^ dans le sens d'invention, de ruse*. — Dans la réimpression de 169a, sous la date de 1678, on a mis, ici et au vers suivant, en* seigneTj au lieu à^engeigner; c'est une fiiute d'impression, peut-être une erreur volontaire de l'imprimeur, qui ne connaissait pas cette forme archaïque.
' Le mot emgim w trouve deux fois en ce mus dans la fible de Marie de Fraaee sor le mène iiiîeL
3o8 FABLES. [v. xi
Qui somrent 8*engeigne soi-même^.
J*ai regret que ce mot soit trop vieux aujourd'hui : Il m*a toujours semblé d*une énergie extrême. Mais afin d'en venir au dessein que j'ai pris, 5
Un Rat plein d'embonpoint *, gras, et des mieux nourris. Et qui ne connoissoit l'avent ni le carême*. Sur le bord d'un marais ëgayoît ses esprits^.
4. Voici k pbrate de Merlin : « Âinii adoient-il de plntieurt; car tels cnident engigner nng autre qui t*engignent eulx meamea. » Elle le trempe au feuillet xi.n, ligne i4t d'un petit Tolume in-4* gothique, intitulé : U Premier volume de Merlin (Bibliothèque nationale^ Y*, 107). A la fin du Tolume se lit la mention suiTante : c Qj fine la première partie du linre de Merlin nouuellement imprime à Paru en la grant rue Sainct lacquet, à l'enseigne de la Rose Uanehe courminée. » Ce premier volume ne porte point de date; mais le second, qui a pour titre : S'emtuyt U seeomi wUume de Merlim^ ^i pmrle de tmerueiîleuses ndmemtwret du monde, Kt eu la fin comment Ùmame VeU" fermu en une tour fermée de Fuir ou lediet Merlin est encore de présent enfermé f se termine ainsi : « Et fut lediet liure de Merlin aeheuë d'imprimer le xxnn. iour de décembre mil cinq cens zzTin. a — M. Littré, qui cite aussi ce vieil axiome dans son Dêctionmaite^ ren- Toie à une autre édition, qu'il désigne ainsi: c Le premier volume de Merlin, qui est le premier de la TakU ronde» »
5. Le manuscrit autographe mentionné par Walckenaer, et l'édition in*4* àe 1668 portent : em^èon^poim. Les éditions de 166B in-i a, de 1678 et de 1678 A, de 1679 (Amsterdam) et de 1688 portent ici : enF-èoU'point; pourtant, dans la fable t du liTre I", au rers la, l'édition de 1678, conforme en cela à l'édition in-4* de i6fi8, et au Meeueil de poésies chrétiennes et dieerses^ écrit, en un seul mol, et selon l'orthographe moderne : embonpoint»
6. On lit dans la fidile du Les^ moruBste^ attribuée à Voltaire (tome XIV des QEueres^ p. 3 10 : Toyes oi-dessas, p. an, note 5) :
Mon fils, jeânea plutôt l'agent et le cartee Que de sucer le sang des malheureux moutons.
7. C'est un début analogue à celui de la BûtretdtomfotÊmckit (rers 9-11) :
MSc XQtl («|«Xs6c....
IIXi)o{ov h a((&v||i buùhi iepoalOi|xt ^^tov,
*T^an TCpn6(iLtvoc |iiXci)Sfi; . . • .
c Un jour, un rat altéré trempa dans un marais (il était tout près du
r. xi] LIVHE IV. 3o9
Une Grenouille approche, et lui dit en sa langue :
« Venez me voir chez moi ; je vous ferai festin. » i o
Messire Rat promit soudain :
II n'étoit pas besoin de plus longue harangue*. Elle allégua pourtant les délices du bain*, La curiosité, le plaisir du voyage.
Cent raretés à voir le long du marécage : x 5
Un jour il conteroit à ses petits-enfants Les beautés de ces lieux, les mœuris des habitants. Et le gouvernement de la chose publique
Aquatique.
Un point, sans plus^^, tenoit le galand empêché : ao Il nageoit quelque peu, mais il falloit de Taide. La Grenouille à cela trouve un très-bon remède : Le Rat fut à son pied par la patte attaché ;
Un brin de jonc en fit l'affaire '^ Dans le marais entrés, notre bonne commère a 5
S'efforce de tirer son hôte au fond de Teau, Contre le droit des gens, contre la foi jurée ; Prétend qu'elle en fera gorge-chaude et curée **;
bord) son délicat petit menton, se régalant de Teau, douce pour lui comme du miel. »
8. Voyez ce que M. Taine (p. i4o) dit ^e l'invitation de la Grenouille et de la manière dont le Rat l'accepte*
9. c La Fontaine n^éviterien autant que d*étre sec. Voilà pourquoi il ajoute ces six vers, qui sont charmants, quoiqu'il pût s'en dispenser après avoir dit :
n n'étoit pas besoin de plus longue harangue. >
(Ghamfobt.)
10. Voyez la même locution cî-dessus, livre III, fable xtiii, vers 43.
X I . f La Fontaine montre d*où vient le lien, dit M. Taine (p. 943), et cette petite circonstance ramène notre pensée au bord du marécage, s
xa. Gorge-ehaude est un terme de fauconnerie (voyez Rabelais,
^^o FABLES. [f. xi
C'étoit, .à son avis, un excellent morceau.
Déjà dans son esprit la galande '* le croque. 3o
Il atteste les Dieux; la perfide s'en moque :
n résiste; elle tire*^. En ce combat nouveau,
Un Blilan, qui dans Fair planoit, faisoit la ronde,
Voit d'en haut le pauvret se débattant sur Tonde.
II fond dessus, Tenlève, et par même moyen 35
La Grenouille et le lien:
Tout en fut : tant et si bien.
Que de cette double proie
L'oiseau se donne au cœur joie *',
Ayant de cette façon 40
A souper chair et poisson
it
liTue II, chftpître it, tome I, p. su; et livre IV, chapitre xlti, tome II, p. 116); curée, on terme de Ténerie. Le premier désigne la part qa*on domie aux oiseaux de proie, le feoood celle qa*on donne aux chiens, sm* le gihier qo'ib ont attrapé.
i3. Xa galtuue^ dans Téditioa de 1729.
14. Il y a le même combat dans une des vieilles fables citées par Robert {Yn^t /, 1^ 4 et 5). Nous donnons le passage d'après uie varianie que Robert à mise en note :
Mais sonnent se plunge la Raine, Pour celle noier qn*elle maine.
Celle qui de noier se cndnt Au miex que puet se contretient.
Quant l'une sache *, l'anltre tire.
i5. Chez Marie de France le trompeur est la seule Tictîme ; l*Eschofles ou Milan mange la Grenouille, et la Souris échappe.
16. Les mots c chair et poisson s sont employés de même dans la fable du Renart et du Loup {Ytopei /, P** 54 et 55), donnée par Robert, au tome I, p. 167-970 :
Sire Ysangrin le oonnestable ladis estoit, ce dict la fable, A grant repos en sa maison, Asses auoit char et poisson Et pain et Tin et aultre viande.
* Sacker, dans le TÎeax koigage, est syDODjroe de tirer; c'ait oonune s'il y aTsit : c quaad Vnne tifc, l*aotre tire antti. »
F. xî] LIVRE IV. 3ii
La ruse la mieux ourdie
Peut nuire à son inventeur;
Et souvent la perfidie
Retourne sur son auteur ^ "^ . 45
17. Cest la mArne morale que dans l'ancienne fable du Renart et de la Segogne (JTsopet /, f»" 37 et 38), citée par Robert, tome I,
Mais au trichenr qui sa foy ment
Faire doit on semblablement;
Sus celi qoi ùût tifieherie,
Reniengne barat et l^ordie {fraude et tromperie).
— Lucrèce a dit anssi (livre V, vers ii5i et iiSa):
Circumretit enim vis atque injuria quemquey Atquey unde exorta esty ad eum pterumque repartit,
— La fable grecque se termine par une énergique, mais toute différente, moralité : f Lors même qu*on est mort, on est puissant encore pour la vengeance; > KSv vexpb( f^ tiç, l^^îi icpb< dffwvov.
3ii FABLES. [r.
FABLE XII