‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 315 sur 374 · V. Tii] LIVRE V · texte numérisé non relu

V. Tii] LIVRE V

FABLE VII

LB 8ATYRB BT LB PASSANT.

Ésope, fab. 1169 'AvOpbncoc xa\ £dhupoc (Goray, p. 68, p. Sag). — Arîanas, hb, 99, Satjrnu et Fiator, — Faeme, fab. 58, Satjmu et Homo. — Haudent, i'* partie, fab. aa, if «n Satire et tCun Homme. — Le Noble, fab. 80, du Pitaud et du Bouquin, La langue douhle,

Mjrthoiogia msopiea Neveleti^ p. 189, p. 476.

Cet apologue est raconté dans les Proverbes d'Érasme, soua la mbriqne Ineoiutantim^ Perfidim, Vertutim (édition de Génère , 1606, col. 894), et dans fttpnoîogie ou Explication des proverbes franfoisy par Flenry de Bellingen (la Haye, i656, p. 171 et 179, livre II, cbapitre xpr) ; rafTabniation, qui forme, dans ce dernier ouvrage, le titre da chapitre, est : t II ne se faut point fier à oeax qui soufflent le froid et le cbaud. s — Voltaire, comme nous Tavons déjà tu faire plus d*une foisy semble reprocher à la Fontaine Pinrention même de la &ble, quoique le cadre et les personnages en montrent bien l*antique origine. Sans considérer que ce vieux conte roule tout entier sur ce jeu de mots par antithèse : « Souffler le froid et le chaud , » et que la présence même du Satyre, avec sa rude et primitive ignorance', du Sauvage, comme dit la Fontaine (vers 93), nous avertit de ne point passer la fable an crible d'une rigoureuse et pédante vérité, il la juge d'après les lois de la physique et de l'humaine expérience : « Un Satyre qui reçoit chez lui un passant, dit-il dans le Dictionnaire phi' losophique (tome XXIX des OEuvres^ p. 3oi) , ne doit point le renvoyer sur ce qu'il souffle d'abord dans ses doigts parce qu'il a trop froid, et qu'ensuite, en prenant Péeuelle aux dents ^ il souffle sur son potage qui est trop chaud. L'Homme avait très-grande raison, et le Satyre était un sot. s — Chamfort prend la chose au sérieux comme Voltaire, par le côté exact et logique : a Cette fable, dit-il, est visi-

I. rivoc o^^^ocvîSW ZonSpoiv xaWpj^^ovoepY^v» ^^^ Hésiode (fragment g4f édition Gœttling, p. aaS), t la race des Satyres, sans valeur, sans aptimde aucune. » — Benserade {quatrain ccxx) remplace le Satyre par un Villageois.

J. DS lA FosTAint. I 95

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blemeDt une des plas maaTaises de la Fontaine. On a déjà remarqué qae le Passant fait une chose très-sensëe en se serrant de son baleine pour réchauffer ses doigts, et en soafflant sur sa sonpe afin de la refroidir; que la duplicité d*nn homme qui dit tantôt une choae et tantôt une autre, n*a rien de commun ayec cette condoite, etqa'ainsi il fallait trouver un autre emblème, une antre allégorie ponr exprimer ce que la duplicité a de vil et d'odieux. •

Au fond d'un antre sauvage ' Un Satyre et ses enfants Alloient manger leur potage, Et prendre Técuelle aux dents'.

On les eût vus sur la mousse, 5

Lui, sa femme, et maint petit ^ :

Ils n^avoient tapis ni housse *,

s. Arianus est le seul, avec la Fontaine, qui place ainsi le Satyre dans un antre (vers 5 et 6) :

Hune Fiemorum eustos fertur mueratus in aniro Exeepium Satyrus eontinuisse tuo.

Sa fable et celle de le Noble sont les seules où le manvais temps, comme dans notre strophe 3, force le Passant de chercher un re* fuge. Dans les antres fables, ce n'est pas une rencontre fortuite; elles mettent en scène un Homme et un Satyre qui sont liés d*amitié.

3. « On ne prend point Técuelle aux dents, b dit sévèrement Voltaire A Tendroit cité. Mais cette locution signifie simplement, comme Texplique M. Littré, c se mettre à manger, s On peut ajouter, je crois, à son explication : c en portant Téeuelle à sa bouche, i Dans la fable de le Noble, les choses se passent d'une manièie moins primitive : il n*a garde d'oublier c napes, serviette, plats, cuillère à pot. 9

4. Dans Tapologue de le Noble, k femme du Satyre (c Dame Bouquine, Caprine ») figure également, et joue même un grand r61e. — Quant BXLX petits^ ils nous rappellent les satyres enfinnU, vigoureux, rondeleU, qui sont représenta dans diverses œuvres d*art antiques : voyez le Manuel de t Archéologie de Part de G. O. Mnller, 3« partie, I, B, ^, S 385.

5. Ni tapis couvrant le sol, ni housse couvnmt les meubles, c*està-dire ni sièges couverts de housses.

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