‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 314 sur 374 · VI] LIVRE V. i · texte numérisé non relu

VI] LIVRE V. i

Comme elles Tavoient dit, la béte fut grippée *° : x o Le réyeiUe-matin^' eut la gorge coupée.

Ce meurtre n'amenda nullement leur marché^* : Notre couple, au contraire, à peine étoit couché, Que la Vieille, craignant de laisser passer Theure, Couroit comme un lutin par toute sa demeure. a 5

C'est ainsi que le plus souvent, Quand on pense sortir d'une mauvaise affaire,

On s'enfonce encor plus avant :

Témoin ce couple et son salaire.

La Vieille, au lieu du Coq, les fit tomber par là 3o

Qui le» excitoit du sommeil.

Dont le Coq chantoit la mjt heure.

Dirent ensemble : c il fanlt qu'il meure. >

Lors selon leur conclusion

Du Coq feirent occision;

Mais leur malice en vain labeure.

— M. Taine (p. s4^ ^ >47)* comparant le joli morceau qui s'étend du Ters lo au vers 19, à la froide peinture d^Ésope, voit dans celleci, non pat un tableau, maia le sujet d'un tableau, et ajoute : c La Fontaine l'a fait (ee tableau) avec des couleurs aussi vraies, aussi familières, aussi franches, que Van Ostade et Téniers. > Puis il dit encore très-justement en note : c Le poète remplace ici les couleurs du peintre par des mots passionnés qui font plaindre Us pauvres Servantes. Il montre l'âme au lieu du corps; c'est la difTérenoe de la poésie et de la peinture. »

10. Saisie (avec la griffe, ou comme avec la griffe, dit M. Littré). ■ Quand la Fontaine vous dit que le Coq fut grippé^ involontaire^ ment vous écartez les doigts et vous en faites des crochets comme pour saisir. » C'est encore une remarque de M. Taine (p. 997) ; le spirituel critique a donné, on le voit, une attention toute particulière à cette fable.

11. Dans le second vers du Voretum^ poëme attribué, fort anciennement déjà, à Virgile, le coq e>t nommé, par une autre figure, c l'oiseau sentinelle, s excuhitor aies. Voyez le Lexique,

la. N'améliora nullement leur condition. Marché dans le sensgé« néral d'affaire, de rapports avec autrui, de la position que nous font CCS rapports.

i84 FABLBS. [f. «i

De Chaiybde en Scylla '^

i3. La Fontaine parail ayoïr entpninté l'applieatioo qall fiut iô de ee prorerbe à Corrozet. On lit au bai de la gnrnre qui aceompagne la fMit de eelm-ci (de U rieilie et de ses Ckmmhnens) : • Qn veolt fayr et eoiter le gouffre de Caribdia, qoand il Wcnt pfc» de la, •oaoeiit il tombe an gooffie de Silla» anqnd pins grand danger et •ooffie. a — Walckenaer met iei en noie :

c tmcidit ia SejUmm enpietu ptiare CkarjrhdUm.

c Ce Tcriy n sonirent cité eomme tent d*nn ancien, crt de Ganthicr de Châtillon, poète dn donzième siède. i — c Ccat, dit M. Ëdoond Fooniier {TEq^rii des autret^ 4« édition, p. 34), le 3oi« dn lirre V de VJUxandréêde, » Noos avons en ooeasion de parier de œ pocaM dans la notice de la fabU xu dn livre IV, ci-detsns, p. 3ia. -^ L'adage, dont la sooroe première est le vers a35 dn livre Ali de XOdjtêêe^ est cité en grec dans les Proverbes de Micbad i^MMtoiias (centurie zvi, n» 49) : Tjjv X^EpuSdiv isfoyàiv, tij £xâ>^ xcpiixraov. On pent voir dans le commentaire de M. de Lentsch (Paraaiû)fv«fhi gTÊui^ Gœttingne, i85i, tome II, p. 67s et 673) divers paMagcs d*antenrs grecs et latins où sont prises an figuré soit Charybde et Scylla, eonmie dans notre &ble, soit Qiarybde et les Syrtes.

Page 1