I.IV NOTICE BIOGRAPHIQUE
chez un poète, même décore du titre d'avocat. H y paraft assez fort sur le grimoire des procureurs et des notaires. M. Paul Lacroix a publie *■ un contrat qu'il déclare avoir étë écrit tout entier de la main de la Fontaine, et par conséquent, pense-t-il, rédigé par lui-même. C'est un accord sous seing privé, en date du lo mars 1659, entre Jacques Jannart, dont il était le fondé de pouvoir, et un vigneron demeurant au village de Chierry'. Nul besoin même d'aller chercher là les preuves de son incontestable sapience. Jusque dans son épître de i66a Au duc de Bouillon^ il a très-doctement mêlé la langue du greffe à celle du Parnasse. Il ne péchait donc point par ignorance des affaires, bien plus insouciant qu'inhabile, et en sachant assez pour se ruiner en fort bon style de praticien. Fréron dit que, voulant faire servir à quelque chose ses voyages annuels à Château-Thierry, « il vendait à chaque voyage quelque portion de son bien, qui se trouva entièrement dissipé ; » il ajoute : « il ne passa jamais de bail de maison, et il ne renouvela jamab celui d'une ferme ' » : ce qui est assurément inexact. Mais il est certain qu'il vit de bonne heure sa petite fortune fondre, fragments par fragments, dans ses mains. Il serait peut-être malaisé, même aux experts dans le débrouillement des comptes et contrats, de reconstituer complètement l'histoire de cette ruine progressive, à l'aide des lettres de la Fontaine à Jannart et des pièces, nombreuses aujourd'hui encore, qui sont conservées dans les études de Château-Thierry, Nous en avons vu quelques-unes, plus ou moins respectées par le temps et difficiles à déchiffrer. Si nous étions hors d'état d'en tirer grand parti, il nous en est du moins resté l'impression que la Fontaine a été forcé de donner bien du temps à des règlements d'intérêts, grands ou petits, et que ki prose signée par lui chez les notaires, si Ton pouvait la retrouver toute, formerait sans doute un plus gros volume que celui de ses poésies, sans avoir le même agrément. Ce que, dans tout
I . Nouvelles mwrts inédites de Jean de la Fontaine (Paris, Lemerre, 1869, in-8*), p. 9a et 98.
9. Dans rarrondissement et le canton de Château-Thierry, à deux kilomètres de cette TÎUe.