‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 55 sur 374 · Lettre en vers du »6 arril i66|i · texte numérisé non relu

Lettre en vers du »6 arril i66|i

3« Histoire de la vie»»,, de la Fomiaiae^tome I, p. 137.

4* l6ideM^p» II 6.

SUR LA FONTAINE. lxzxi

plaire k la duchesse de Bouillon « inspira, dit-on. » Cest laisser moins de prise aux objections. Gomme cependant, d'autre part, il donne vingt-deux ans à la duchesse, quand la Fontaine lui fut présenté, il semble permettre à qui voudra de croire que les contes dont elle fut l'inspiratrice peuvent être les premiers. Or on ne peut admettre les vingt-deux ans de la duchesse de Bouillon, qui, fallût-il la croire née en 1646, nous mèneraient jusqu'en 1668. U y avait longtemps que la Fontaine lui avait été présenté, longtemps aussi que Joconde et un autre conte, celui du liari trompé, battu et content j avaient été publiés. Us furent composés bien peu après le retour de Limoges, sinon avant; car si le petit in-douze' qui contient les deux nouvelles, avec la traduction de la Matrone d*Êphèse^ par Saint-Évremond, porte le millésime de i665, l'achevé d'imprimer est du 10 décembre 1664; et le privilège fut donné beaucoup plus tôt, le 14 janvier de la même année. La publication suivit de près l'achevé d'imprimer; en effet, dès le a6 janvier i665, le Journal des Sapants en rendit compte' et put faire l'histoire de la querelle qu'un des deux contes, celui de Joconde^ avait soulevée sur le Parnasse.

Cette querelle est célèbre. M. de BouiUon, secrétaire du cabinet de feu M. le duc d'Orléans (Gaston), avait, avant la Fontaine, imité en vers la nouvelle de l'Arioste dont Joconde est le héros. Son imitation fut imprimée en i663, Tannée qui suivit sa mort. Brossette dit que ce fut parce que la Fontaine trouva le conte « fort mal bâti » qu'il le mit en vers à sa fan* taisie et à sa manière *• Serait-ce donc ainsi, et comme par hasard, qu'il aurait pris goût aux Contes? Lorsqu'il fit paraître celui-ci, on se disputa beaucoup sur la préférence à donner à la plus ancienne ou à la plus récente des deux imitations du conteur italien, et il se fit des gageures considé-* râbles. On a nommé le chevalier de Saint-Gilles comme ayant

I. Nouvelles en wers tirées de Boeeaee et Je VAriotte^ par M. D, L, F,^ Paris, Claude Barbin, i665.

a. Pages 39-41.

3. Ménuûres de Brossette sur Boileau^ à la suite de la Correspond douce do BoUeau Despréaus et Brossette^ publiée par A. Laverdet, p. SaS.

La FoMTAim. i f

Lxxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE

parie pour Bonilioo, l'abbë le Vayer* pour U Fontaine. Mo- Uèrei choisi pour être un des juges, se r^usa, dit-on, malgré son amitië pour notre poète t il voulait ménager Saint-Gilles, dont il était aussi l'ami*. Ce même Saint-Gilles serait pourtant, suiyant Brossette'y le Timante du Misanthrope^ Fhomme « tout mystère. » Il faudrait donc croire que Molière se fit moins de scrupuk de s'amuser à ses dépens, sans, il est vrai, le nommer, que de lui faire perdre les cinquante pistoles dont parle Brossette*. Une autre explication a été donnée de sa neutralité dans la querelle des deux Jocondes, c'est qu'il aurait craint de condamner un auteur qui avait appartenu à la maison du protecteur de sa troupe *.

Ce qui est plus intéressant que ces traditions incertaines, c'est que Boileau plaida la cause de la Fontaine, non-seulement en ami, mais en homme dont le jugement était déjà sûr. Prendre la défense du bon goût n'était pas, en cette occasion, un soin superflu. Non-4eulement Bouillon avait ses partisans; mais, parmi ceux mdmes qui n'étaient pas de ce nombre, il y en

I. Brossette, en tête de la Ditsertaticn de Boileau sur Joeonde^ a mis : ji M, F abbé le frayer; mais dans le texte de 1669 il y a : « A MomsUmr i7... ». Saint-Marc croit qu'il s'agit plutdt de François le Vaycr de Boatigny, cousin de Tabbé.

a. Mémoires de Brossette sur Boilemu^ p. 5a3. Voyez aussi le Nott^ veau DUtiounaire historique et critique de Chaufepié (1750}, tome II, à Tarticle FonrAiint (Jbab de la), p. 67, note D.

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