‹ Œuvres de P.L. TchebychefChapitre 87 sur 374 · Louis Racine et d^Alembert ont dit à tort le 3 juillet · texte numérisé non relu

Louis Racine et d^Alembert ont dit à tort le 3 juillet

4* Registre manuscrit des Procès-verbaux de l'Aeadémie (i* juiW let 1684). Voyex aussi, dans V Amateur d^auiograpket du 16 avril 1867, p. 19$, une lettre de Claude Perrault, datée du 9 juillet, qui rend compte de la réception de Boileau, et parle de la nou- Telle lable lue par la Fontaine. Nous savons quelle elle était par ce passage du Mercure galant (juillet 1684, p. 180) : « M. de la Fontaine régala les suditeurs d*ane fable que Ton écouta deux fois avec beaucoup de plaisir. La morale était qu*il y a de la prudence à se défier d*un inconnu. » La fable le Renard^ U Loup ei le Chepul^ la xm* du livre XII, est par là désignée.

«zxTiii NOTICE BIOGRAPHIQUE

prince ne fait rien qui ne soil omë de grâces, aoit qn'il donne, WHt qu*il refuse ; car, outre qu'il ne refuse que quand il le doit, c'est d'une manière qui adoucit le chagrin de n'avoir pas obtenu ce qu'on lui demande. S'il m'est permis de descendre jusqu'à moi..., un simple clin d'oeil m'a renvoyé, je ne dirai pas satisfait, mais plus que comble. »

Citait un peu comme un pënitent, puisqu'il avait dû promettre d'être bien sage, qu'il venait s'asseoir auprès de ses confrères, moins grands pêcheurs, à ce qu'il paratt; du moins il avait l'air de le croire : « Vous savez. Messieurs, également bien, leur dit-il, la langue des Dieux et celle des hommes. J'âèverois au-dessus de toutes choses ces deux talents, sans un troisième qui les surpasse : c'est le langage de la piëtë.... Les deux autres langues ne devroient être que les servantes de celle-ci. Je devrois l'avoir apprise en vos compositions.. •• Vous me l'enseignerez beaucoup mieux lorsque vous joindrez la conversation aux préceptes. » était-ce bien sa pensée? Peut-être, car il était naturellement sincère ; mais il faut dire aussi qu'il était obligé de s'ezprimer en homme bien chaptré. Parmi les saints de l'Académie, dont il attendait de si bonnes leçons, comptait-il Bensserade, qui n'avait pas à se reprocher de contes, mais bon nombre de péchés de poète de cour, aussi peu faciles, ce semble, à excuser ? Au reste, comme tout le monde dans cette séance, le galant rimeur de ballets fut édifiant : il lot une traduction du Miserere^ composée pour les Heures du Roi.

L'abbé de la Chambre, curé de Saint-Barthélémy, qui recevait la Fontaine, n'était pas l'académicien le mieux préparé à faire valoir les titres poétiques du nouveau confrère. Il paraissait à peine les connaître, avouant que sa profession l'avait < sevré de bonne heure des douceurs de la poésie » et qu'il aurait plus dignement loué le récipiendaire, s'il avait été plus versé dans la lecture de ses fables. Il est évident qu'il s'entendait mieux au devoir de le morigéner; il ne manqua pas de lui adresser cette semonce : a Songez que ces mêmes paroles que vous venez de prononcer, et que nous insérerons dans nos registres, plus vous avez pris peine à les polir et à les choisir, plus elles vous condamneroient un jour, û vos actions se trouvoient contraires, si vous ne preniez à tâche de

SUR LA FONTAINE. cxxiz

joindre la paretë des moBars et de la doctrine, la pureté dn oœor et de Tesprit, à la puretë du style et du langage. »

Après toutes les lectures qui furent faites ce jour-là, la Fontaine en fit une d'excellents vers, où, plus explicitement que dans sa harangue, il reconnut et abjura ses erreurs. Ce qui rendit à la fois noble et touchante sa confession, c'est qu'il l'adressa, comme par un doux ëpanchement, à une amie, qui ne loi donnait plus alors que de bons exemples. Les vers qu'il récita furent ceux du beau Discours à Mme de la &ilière. Il n'y oublia aucun des reproches qu'avec justice, il en faisait l'ayeu, on ne lui épargnait pas. Il s'entendait condamner ainsi pour son inconstance et ses contes :

« .... Rien de parfait n*ett sorti de tet maint.

Eh bien I prends, si tu reax, eneor d*autrei chemins...»

Tente tout, au hasard de gftter k matière.

On le souffre, excepté tes contes d'autrefois, a

Et il répondait nalyement :

Tai presque enTÎe, Iris, de suivre cette Toix.

S^n n'était pas bien sûr d'en avoir tout à fait envie, s'il ne cachait même pas que « suivre en tout » les leçons d'Iris était au-dessus de ses forces :

il faut qu*on se propose

Un pUn moins difficile à bien exécuter,

il marquait du moins sa contrition en ces termes :

Des solides plaisirs je n*ai suiri que Tombre ;

J*ai toujours abusé du plus cher de nos biens.

Les pensers amusants, les Tagues entretiens...,

Les romans et le jeu, peste des républiques,...

Cent autres passions, des sages condamnées,

Ont pris, comme à Tenvi, la fleur de mes années»

.... Je n'ai pas vécu : j'ai serri deux tyrans;

Un vain bruit et Tamour ont partagé mes ans.

Qu'est-ce que viTre, Iris? vous pouTez nous rapprendre*.**

C'est jouir des vrais biens a^ec tranquillité,

Faire usage du temps et de ToisÎTeté ;

S'acquitter àtê honneurs dus i l'Être suprême...*

Bannir le fol amour et les vœux impuissants.

Comme hydres dans nos easors sans cesse renaisssnts*

La Fovrinn* i i

ozxx NOTICE BIOGRAPHIQUE

Derrière cette rënpisoence de la Fontaine, où il déplairait de trop apercevoir le mahre qni ouvrait on fermait les portes de FAcadëmic'y on aime mienx reconnaître Taima^Ie figure de cette Iris, persuasive sans commander, et sans avoir d'honneurs littéraires à offrir en payement de l'obéissance.

Nous n'avions jusqu'ici introduit Mme de la Sablière dans l'histoire de la Fontaine, que sous les traits d'une gentille tutrice, qui avait pris sur lui un grand empire, non-«eulement par ses bi^faits, mais par ses agréments mondains. Les vers lus à l'Académie la font deviner bien changée. Elle l'était en effet, non dans son amitié pour notre poète, mais dans les pensées qui étaient devenues la règle de sa vie. Une révolution, que Mme de Sévigné aimait à citer comme un des grands coups de la grftce ^, s'était faite dans son âme. Ce fut en i68o. Le marquis de la Fare avait cessé de l'aimer. On disait que, grand joueur, il lui avait dcmné la bassette' pour ri^e* Qu'il lui eût préféré cette indigne maîtresse, ou toute autre, dont alors on parla aussi dans un langage moins métaphorique, il avait déchiré le cœur de la délaissée, qui se tourna vers Dieu et vers les malheureux à soulager en son nom. Dans le même temps, M. de la Sablière avait fini dans la tri»tesse une vie de plaisirs; et peut-être cette mort, sans affliger autant Mme de la Sablière que son amour trahi, avait-elle fait impression sur eUe et achevé sa conversion. Elle ne quitta pas tout à fait sa maison; elle y revenait quelquefois; mais presque tonte sa vie se passait aux IneuraÙes^ où ses amis venaient la voir'. La Fontaine, qui l'admirait, sans être de force à l'imiter, et conservait pour elle le même attacherait, continua de demeurer chez elle, moins choyé nécessairement et plus abandonné à lui-même. N'est-ce pas alors qu'ayi^t fait maison nette, elle dit (tout au moins on le lui a fait dire) : « Je n'ai gardé avec moi que mes trois animaux, mon chien, mon chat et la Fontaine* »? Si cette parole est bien d'elle,

I. Lettre du ii juin 1680, tome VI, p. 476. ». Isttrê de Mme de Sépignê^ du 14 juillet 1680, tome VI, p. Ssy.

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