‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 113 sur 299 · Voir p. 557-558 du présent volume · texte numérisé non relu

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3. Raynaud et Lannelongue. Recherches expérimentales sur la transmission du virus rabique de l’homme au lapin. Bulletin de l’Académie de médecine , 2» sér.,X, 1881, p. 61-71. ( Notes de l'Édition).

Gtaffky. Experimentell erzeugte Septicâmie mit Riicksicht auf progressive Virulenz und aceomodative Ziichtung. Ibid., I, 1881, p. 80-133.

Coze et Feltz. Recherches expérimentales sur la présence des infusoires et l’état du sang dans les maladies infectieuses (4 Mémoires). Strasbourg, 1866-1869, in-8°.

*** Davaine. Recherches sur quelques questions relatives à la septicémie. Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 17 septembre 1872, 2» sér., I, p. 907-920. (Notes de l’Édition).

MALADIES VIRULENTES

M. Galtier a annoncé qu’il avait transmis la rage du chien au lapin et a donné dix-huit jours comme moyenne de la durée d’incubation ( 1 ). Les lapins de M. Maurice Raynaud mouraient beaucoup plus vite : la moyenne de la durée entre l’instant de l’inoculation et la mort n’était que de quarante-cinq heures. Cette différence n’était pas faite pour arrêter la conclusion de M. Maurice Raynaud. Comme dans ses expériences il s’agissait de la transmission de la rage, non du chien, mais de l’homme, au lapin, il attribuait la différence des durées d’incubation à cette circonstance. Déjà antérieurement, le 27 octobre 1879, M. Maurice Raynaud annonçait avoir, par des inoculations de salive, transmis la rage de l’homme aux lapins (2). Cette première conclusion n’était pas plus exacte que celle que je viens de rappeler. Ce n’est pas qu’il ne soit très facile de communiquer la rage de l’homme, soit au chien, soit au lapin — nous l’avons fait souvent — mais, déjà à cette époque, M. Maurice Raynaud n’avait eu entre les mains, à son insu, que des lapins morts du nouveau microbe.

Toutefois, si la mort rapide des lapins, dans ces diverses expériences, était due à un microbe tout nouveau, on pouvait se demander si le microbe n’avait pas quelque relation cachée avec le véritable microbe de la rage. N’était-ce pas une circonstance étrange que cette salivation chez nos lapins et la facile provocation de la maladie et de la mort par leur salive inoculée à de nouveaux lapins ?

En outre, n’était-il pas très intéressant de rechercher si l’on retrouverait cette même virulence de la salive de l’enfant mort hydrophobe à Sainte-Eugénie chez d’autres salives d’enragés ? L’occasion se présenta bientôt de lever ces doutes.

Le 23 février 1881, M. Percheron, vétérinaire, me signala une enfant de six ans, présentant tous les symptômes de la rage. Elle avait été, elle aussi, mordue un mois auparavant au visage par un chien enragé. Sa mort arriva ce même jour, 23 février, à quatre heures du soir. Le lendemain, 24 février, on recueillit un peu de mucus salivaire et on en inocula deux lapins, l’un sous l'abdomen, parla seringue Pravaz ; l’autre à la face, par la lancette. Ce dernier n’éprouva rien. Le premier mourut après trois jours. Son sang offrait en abondance notre nouveau microbe, avec sa virulence habituelle.

Au même moment, un ouvrier forgeron, âgé de quarante-neuf ans,

1. Galtier. Sur la transmissibilité de la rage du chien au lapin. Bulletin de l Academie de médecine , 2e sér., X, 1881, p. 90-94.

2. Raynaud (M.). Sur la transmissibilité de la rage de l’homme au lapin. Comptes rendus de l’Académie des sciences, 27 octobre 1879, LXXX1X, p. 714-716, et Bulletin de l Académie de médecine, 4 novembre 1879, 2e sér., VIII, p. 1114-1115. (Notes de l Edition.)

mordu par un chien enragé, quatre mois et demi auparavant, mourut le 22 février, à la Pitié, dans le service de M. Brouardel. Une heure et demie après sa mort, on inocula plusieurs lapins avec la salive de la bouche et le mucus du palais. D’autres lapins avaient été déjà inoculés par la salive, mais prise avant la mort, la veille et quelques heures auparavant, par MM. Brouardel et Dujardin-Beaumetz. Grâce à l’obligeance de ces savants médecins, je pus m’assurer que, non seulement les lapins que j'avais inoculés, mais quelques-uns de ceux qui leur avaient servi étaient morts par le même microbe qui nous occupe.

Une étude attentive et prolongée des eiïets de l’inoculation de la salive rabique humaine à des lapins permet de constater trois genres de mort :

La mort par le nouveau microbe ;

La mort par des désordres purulents très abondants, avec décollements de la peau ; accidents d’ordre septique ;

Enfin la mort par la vraie rage propre au lapin. Celle-ci a toujours une incubation assez longue et s’accuse invariablement par des paralysies des membres qui durent vingt-quatre, quarante-huit, soixantedouze heures avant la mort. L’aptitude à mordre n’existe jamais, pour ainsi dire, dans la rage du lapin. J’en ai vu cependant un exemple, mais un seul, sur des centaines de cas.

La mort par les désordres purulents peut arriver en quelques jours, comme en plusieurs semaines. Dans ce cas, il est rare qu’il y ait paralysie.

La mort par le nouveau microbe est toujours rapide, à moins qu’il n’y ait des complications purulentes, auquel cas la mort peut être retardée de plusieurs jours.

En résumé, la salive de personnes enragées contient, outre le virus rabique non caractérisé encore par un microbe cultivable, un virus formé par un microbe spécial, qu’on peut cultiver facilement, et des microbes divers capables d’amener, la mort par des productions exagérées de pus, des désordres locaux excessifs et quelquefois l’introduction dans le sang de microbes communs.

Dans la salive des enfants morts de la rage, le nouveau microbe paraît assez fréquent et abondant pour amener la mort des lapins avec plus de rapidité que ne le feraient le virus rabique ou les microbes auteurs des désordres purulents et putrides (*).

1. Voir, p. 559-566 du présent volume : Sur une maladie nouvelle provoquée par la salive d’un enfant mort de la rage. Confites rendus de V Académie des sciences, séance du 24 janvier 1881, XC1I, p. 159-165. (Note de l'Édition.)

MALADIES VIRULENTES

Le nouveau microbe découvert dans les salives des personnes atteintes d’hydrophobie n’existe-il que dans cette sorte de salive? Cette question s’offrait naturellement à l’esprit. C’était même la première à résoudre si l’on voulait s’assurer d’une relation cachée entre ce microbe et celui de la rage. Au cas où le nouveau microbe existerait dans des salives quelconques, il est évident qu’il serait indépendant du virus rabique.

Des observations auxquelles nous nous sommes livrés, il est résulté que la salive des personnes adultes, mortes de maladies diverses, ne contenait pas le nouveau microbe, ou plutôt qu’il a été masqué dans nos expériences par l'abondance des microbes propres à faire du pus; qu’au contraire, la salive d’enfants morts de maladies diverses a amené la mort des lapins par le microbe dont il s’agit, qu’enfin on l’a retrouvé encore dans des salives de personnes en pleine santé (*).

Le microbe de la salive dont je viens de vous entretenir est le troisième microbe virulent dont nous avons essayé l’atténuation par l’action de l’oxygène de l’air. Je désire vous la présenter : elle est encore inédite et fort intéressante par divers détails de son histoire. Vous savez déjà ce qui arrive aux cultures du microbe du choléra des poules quand on passe d’une culture à celle qui la suit, sans mettre entre ces cultures un long intervalle. La virulence de la deuxième culture reproduit la virulence de la première sans changement appréciable, et il en est ainsi des cultures successives. Ce n’est que quand on laisse s’écouler un temps plus ou moins long entre deux cultures consécutives qu’on observe une diminution dans la virulence- En d’autres termes, il semble que l’oxygène de l’air n’a d’influence pour atténuer une culture que si celle-ci est achevée. Tant que l’oxygène est employé à la vie, aux actes de la nutrition du microbe, son influence atténuante ne s'exerce pas d’une manière sensible. Elle n’est pas tout à fait nulle, mais elle échappe à des observations ordinaires.

Notre microbe de la salive se comporte comme le microbe du choléra des poules. Si on fait se succéder ses cultures de douze en douze heures, on retrouve dans toutes les cultures la même virulence, c’est-àdire que, si nous prenons le lapin pour critérium de la virulence, ces

1. Le nouveau microbe n’a donc aucune relation avec le virus rabique. Par les détails dans lesquels je suis entré, on voit assez que ce n’était pas chose facile de se mouvoir sans faillir dans tous les faits que le texte ci-dessus élucide. J’oserais dire que jamais, dans mes recherches antérieures, je n’avais poussé plus loin le respect des principes de la méthode expérimentale.

Chose étrange néanmoins, on m’a fait dire, notamment le recueil allemand déjà cité, que le microbe delà rage n’était autre que notre microbe de la salive. C’est là une assertion toute gratuite : c’est le contraire que nous avons établi.

animaux meurent aussi facilement, aussi promptement par les dernières cultures que parties premières.

M. 1 huillier a eu la patience de faire clans ces conditions deux séries de quatre-vingts cultures, et la quatre-vingtième tuait les lapins aussi vite que les premières (*). Pour accuser les différences, il eût fallu sacrifier des nombres considérables de lapins ou opérer sur des animaux plus réfractaires au virus.

Si nous comparons maintenant des cultures successives en les laissant séjourner plus ou moins de temps au contact de l’air, avant de passer de l’une à l’autre, par ensemencement, les choses, à certains égards, sont tout autres que pour le choléra des poules. Les cultures périssent très vite. On est tout surpris de voir cju’en essayant d’ensemencer une culture dans un nouveau bouillon, le plus souvent, déjà après deux ou trois jours de la culture mère, il y a stérilité complète, et la mort d’une culture arrive d’autant plus rapidement qu’elle a un numéro d’ordre plus élevé. Une culture ensemencée directement par 1(3 sang virulent vit de six à douze ou quinze jours. Si avec cette culture on ensemence une seconde culture, avec- celle-ci une troisième et ainsi de suite, on constate une prompte diminution de la durée de la vie et de la virulence des cultures. La huitième vivra trois à quatre jours quand la douzième vivra trente heures, la. vingt-cinquième vingt-six heures, la quarante-huitième et les suivantes de vingt à vingt-deux heures environ.

Ces cultures inoculées aux lapins, lorsqu’elles sont à la fin de leur \ ie, ne les tuent pas toujours, et il est facile alors de constater que parmi les lapins inoculés dans ces conditions beaucoup résistent ensuite à des inoculations virulentes. La maladie ne récidive donc pas, du moins pendant longtemps. Cependant la rapidité avec laquelle meurent les cultures rend très difficile de saisir le moment précis où l’ensemencement de la culture donnera un vaccin convenable. Il faudrait pouvoir allonger beaucoup la durée de la vie des cultures. On y Parvient aisément en composant le milieu de culture avec du bouillon et du sang de lapin. Le bouillon qui convient à la culture du microbe est celui de veau. Les bouillons de poule, de lapin, de bœuf, de mouton y sont impropres. Deux parties de bouillon de veau et une partie de sang pur de lapin donnent, par ensemencement de sang virulent ou d’une culture en bouillon, même d’ordre élevé, des cultures qui ont

U Une des séries a été faite dans le vide. Ce microbe aérobie est-il également anaérobie? Da culture dans le vide ne se fait-elle pas par l’oxygène de l’air tixé sur certaines matières

oxydables du bouillon? G’est à voir. Ce qui est certain, c’est que le bouillon de culture se décoloré en partie.

MALADIES VIRULENTES

jusqu’à quarante ou cinquante jours de durée. Dans les dix derniers jours les cultures de bouillon ensemencées avec ce mélange sanguin forment une série de cultures de virulences graduées, toutes vaccinales à divers degrés.

C’est encore l’action de l’oxygène de l’air qui modifie la culture et en atténue progressivement la virulence. La preuve est facile à donner par le moyen qui nous a déjà servi, c’est-à-dire, par la comparaison des cultures faites et conservées au contact de l'air avec celles en tubes fermés ou dans le vide. Tandis qu’une culture faite et conservée à l’air périt en quelques jours en bouillon de veau, la même culture faite et conservée en tube fermé ou dans le vide est encore virulente après trois et quatre mois, peut-être davantage. D’ailleurs, lorsqu’il y a mort en tubes fermés, la virulence se conserve jusqu’au moment de la mort.

Nous voilà donc en possession de trois microbes aérobies qu’on peut atténuer par une même méthode qui se prête en outre à la préparation facile de leurs vaccins : le microbe du choléra des oiseaux de basse-cour ; le microbe du charbon ; le microbe de la salive, particulièrement de la salive des hydrophobes. Si j’en ajoute un quatrième dans cette Communication, je pense que ce nouvel exemple suffira à vous convaincre, comme je le suis moi-même, qu’une méthode générale rationnelle, nullement empirique, d’atténuation et de préparation de beaucoup de vaccins est trouvée.

Il s’agit encore d’un virus nouveau rencontré pour la première fois dans les conditions suivantes :

L’année 1881 fut marquée à Paris par une épizootie très sérieuse de ce genre d’affection qui est connue sous le nom de fièvre typhoïde des chevaux. La seule compagnie des omnibus de Paris a perdu plus de 1.500 chevaux. Nous avons commencé quelques recherches sur cette maladie qui, malheureusement pour nos expériences, n’a pas reparu en 1882.

En inoculant à des lapins la matière écumeuse sortant par les naseaux au moment de la mort d’un cheval atteint de l'affection dont il s’agit, les lapins périrent et leur sang présenta un microbe nouveau, encore en forme de 8, avec un étranglement allongé. Ce microbe communique aux lapins une véritable fièvre typhoïde qui les lue en moins de vingt-quatre heures. Les poumons sont généralement hépatisés avec pleurésie. Les plaques de Peyer sont tuméfiées et quelquefois framboisées et hémorrhagiques. La plaque de la valvule iléocæcale est toujours très tuméfiée et plus souvent hémorrhagique que celles de l’intestin. Les reins quelquefois hémorrhagiques. Le foie souvent un peu pâle. L’animal est très rapidement dans un état coma-

MALADIES VIRULENTES

leux prononcé. Déjà après quatre heures d’inoculation, la fièvre s'accuse par une élévation de la température de plus de 1°, même quand la mort n’arrive qu’ après trente-six heures. Les péritonites sont assez fréquentes (4).

L’atténuation de ce microbe a lieu quand on expose ses cultures dans du bouillon au contact de l’air; mais elle est très difficile à saisir, parce que la période pendant laquelle elle se montre est suivie presque immédiatement par la mort du microbe. En d’autres termes, si l’on fait une culture de ce microbe et qu’on l’abandonne à elle-même au contact de l’air, en essayant chaque jour sa virulence, celle-ci se montre toujours mortelle pour les lapins jusqu’à ce que, tout à coup en quelque sorte, on trouve la culture morte, c’est-à-dire ne pouvant plus se cultiver et sans action aucune sur les animaux. Dans les cultures au contact de l’air, le microbe passe de la virulence à la mort en quinze à trente jours, si on le laisse à 35°. Au contraire, développé à 35° et laissé à la température ambiante, les cultures se conservent vivantes six à huit mois et plus. Dans le vide, les cultures se conservent virulentes au moins un an, soit à l’étuve, soit à la température ordinaire.

Pour arriver à saisir et à fixer l’atténuation, on a eu recours à l’artifice suivant, qui rappelle celui que nous avons employé tout à l’heure pour démontrer que c’est bien à l’oxygène de l’air qu’est due l’atténuation du microbe du charbon à 43°. On fait une culture à l’aide du sang virulent d’un lapin mort et on l’abandonne à elle-même. Chaque jour on 1 ensemence dans un nouveau flacon de bouillon, de façon à avoir autant de cultures que de jours de repos de la première culture

1. L étude de ce quatrième microbe présente un nouvel exemple de changement de virulence pour une race d’animaux après qu’il y a eu acclimatation, si l’on peut ainsi dire, dans une autre race.

En juillet 1881, alors que 1 organisme microscopique avait passé par un petit nombre de lapins qu il ne tuait qu en deux ou trois jours, les inoculations amenaient la mort des cobayes en cinq ou huit jours. Le point d inoculation était œdémateux avec un peu de pus au centre; les ganglions tuméfiés et hémorrhagiques; les poumons hépatisés avec pleurésie ; les intestins souvent couverts de fausses membranes; quelquefois, péricardite; rate arrondie sur les bords et friable; plaques de Peyer ayant l’aspect de barbe rasée depuis deux jours; le microbe dans le sang.

En juillet 1882, après passage du microbe par beaucoup de lapins, l’inoculation aux cobayes namene plus qu un abcès local, s ouvrant spontanément et dont le pus, rempli du microbe, amene la mort du lapin en moins de vingt heures. En résumé, par passages nombreux a travers le lapin, le microbe a acquis une virulence plus grande vis-à-vis du lapin, en la perdant vis-à-vis du cobaye. — En juillet 1882, les lapins meurent même par 1/500 de goutte de sang virulent. Ils meurent aussi très facilement par des repas infectieux ou si on les place dans des cages où sont morts d’autres lapins par ce microbe.

Le lecteur remarquera que, dans le texte ci-dessus, je ne décide en rien la question de savoir si le microbe dont je parle,- malgré son origine, a une part quelconque à la production de l’affection dite fièvre typhoïde des chevaux.

MALADIES V I R U L E N T E S

mère. Il arrive un moment où la semence prise clans cette culture mère se montre stérile. Arrivé à ce point, on reprend, comme culture mère d’une nouvelle série de cultures quotidiennes, la culture faite la veille de la mort de la première culture mère. La seconde culture mère meurt à son tour; on refait alors une nouvelle série de cultures quotidiennes, en prenant pour culture mère la culture féconde de la veille de la mort de la deuxième culture mère, et ainsi de suite.

Par cette méthode, on finit par avoir des cultures qui n’entraînent plus la mort des lapins et se bornent à provoquer des abcès guérissables, dont le développement est quelquefois énorme. A ce moment, il est facile de constater qu’on a affaire à des cultures vaccinales, c’està-dire que les lapins guéris supportent sans accidents les cultures les plus virulentes de l’organisme microscopique de la fièvre typhoïde des lapins. Les cultures vaccinales faites à courts intervalles conservent la virulence vaccinale. La preuve de l’influence de l’oxygène de l’air dans l’atténuation est encore donnée par les cultures dans le vide ou à l’abri de l’air. Elles conservent leur virulence et ne meurent qu’après un temps très long, en manifestant leur virulence jusqu’au moment de la mort des cultures.

En résumé, on ne peut douter que nous possédons une méthode générale d’atténuation, dont l’application doit seulement être modifiée selon les exigences des propriétés physiologiques des divers microbes. Les principes généraux sont trouvés et on ne saurait se refuser à croire que l’avenir, dans cet ordre de recherches, est riche des plus grandes espérances.

Mais, si éclatante que soit la vérité démontrée, elle n’a pas toujours le privilège d’être facilement acceptée. J’ai rencontré en France et à l’étranger des contradicteurs obstinés.

Permettez-moi de choisir parmi eux celui dont le mérite personnel a le plus de droits à notre attention. Je veux parler du docteur Koch, de Berlin. Il y a un an qu’a paru, à Berlin, le Recueil des travaux de l Office sanitaire allemand (1 2 * 4). Mes travaux y sont attaqués avec une étrange vivacité par le docteur Koch et ses élèves (2). On trouve des choses vraiment surprenantes dans certains Mémoires de ce recueil. On y insinue en divers passages que M. Pasteur 11e sait pas cultiver les microbes à l’état de pureté; qu’il ne peut savoir si ses travaux sont exempts de causes d’erreurs, parce qu’il ignore la manière de recon-

1. Mittheilungen aus dem kaiserl. Gesundlieitsamte , I, 1881, in-4°.

2. Koch (R.). Zur Aetiologie des Milzbrandes. Ibid., p. 49-79. — Gaffky (G.). Experimen-

tell erzeugte Septicamie mit Rücksicht auf progressive Virulenz und accomodative Züchtung.

Ibid., p. 80-133. — Lœffler (Fr.). Zur Immunitatsfrage. Ibid., p. 134-187. (Notes de l’Édition.)

naître les micro-organismes; qu'il a entraîné toute une école à publier « des faits incroyables comme cultures... » On y dénonce que la façon usitée par moi pour inoculer consiste à injecter sous la peau une ou plusieurs seringues de liquide; que je n’ai jamais eu entre les mains la septicémie pure, sans complication d’autres maladies; que j’ai mal appliqué le mot de septicémie ; que lui, M. Koch, est bien plus dans la vérité en l’appelant œdème malin ; que M. Pasteur ne sait pas reconnaître le vibrion septique, quoiqu’il l’ait découvert... Dans l’expérience du charbon donné aux poules par le seul fait d’abaisser leur température après inoculation, le docteur Koch, qui ne trouve rien de remarquable dans cette expérience, demande si les poules refroidies qui ont pris le charbon n’étaient pas des poules capables de le prendre naturellement, parce que, dit-il, un auteur allemand, en inoculant le charbon à des poules, a eu 11 fois sur 31 des résultats positifs. C est la une assertion que le docteur Koch aurait pu se donner la peine de contrôler avant de s’en faire une arme contre la vérité d’observations très exactes.

Les élèves du docteur Koch ont encore renchéri sur leur maître. On trouve, par exemple, dans leurs Mémoires, que la seule garantie certaine de la pureté des cultures est le contrôle incessant au moyen du microscope, ce qui est impossible avec les cultures de Pasteur. Voici qui est plus fort encore : il s’agit de l’atténuation des virus. C’est M. Lœffler qui parle (4) : « Quand, dans les expériences de Gaffky, les cultures ont présenté une action incertaine, « une atténuation du virus », il existait toujours une adultération par des organismes très analogues, à croissance rapide, mais non pathogènes. » M. Lœffler est cependant plus indulgent que son maître et que son collègue M. Galfky; il me fait l’honneur de dire qu’il est disposé à croire que mes cultures étaient pures. Mais sait-on, dans la pensée de l auteur, ce qui a pu m’induire en erreur? C’est que l’adultération de mes cultures commençait avec la vaccination. « L’air d’un laboratoire, dit-il, consacré depuis de longues années à des recherches bactériologiques, est rempli d’une masse énorme de germes; un germe n’a-t-il pas pu se déposer sur l’aiguille à vacciner, pénétrer dans le ballon, d autant mieux qu’il fallait essayer fréquemment la virulence des cultures ? » Voila ce qui m’aura fait admettre l’atténuation du virus du choléra des poules. Ce n’est pas tout : quand je crois avoir entre les mains des poules vaccinées, l’auteur s’imagine que j’ai pu prendre, pour de telles poules, des poules qui tout simplement étaient réfractaires au choléra des poules. Enfin,

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