‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 112 sur 299 · Toussaint. Loc. cit., p. 340 du présent volume, note · texte numérisé non relu

Toussaint. Loc. cit., p. 340 du présent volume, note

2. Chauveau. Comptes rendus de l'Académie des sciences, XCIV, 1882, p. 1604-1698. (Notes de l’ Édition.)

* Buchner. Ueber die experimentelle Erzeugung des Milzbraudcontagiums aus den Heupilzen. München, 1880, in-8*. ( Note de l’Édition.)

MALADIES V I II U L E N T E S

Le 10 décembre 1830, je fus convié par M. le docteur Lannelongue, chirurgien de l’hôpital Sainte-Eugénie, à visiter un pauvre enfant de cinq ans, atteint d’hydrophobie (1). Il avait été mordu au visage un mois auparavant par un chien enragé. Quatre heures après sa mort, qui arriva le 11 décembre, nous avons inoculé deux lapins avec des mucosités du palais, délayées dans l’eau. Les lapins périrent en moins de trente-six heures. Dans leur sang, nous reconnûmes un microbe spécial, cultivable à l’état de pureté et dont les cultures successives donnaient la mort aux lapins, toujours avec présence du même microbe dans le sang.

Les lésions cadavériques consistent dans une dilatation partielle du système veineux, dans un gonflement et une rougeur lie de vin des ganglions de l’aine, des aisselles, de la trachée. Celle-ci est toujours hémorrhagique. Un peu de salive mouille les lèvres et s’écoule de leurs commissures. Les poumons, généralement œdémateux, sont quelquefois hépatisés. Au point d’inoculation, faite sous la peau de l’abdomen, dans le tissu cellulaire, celui-ci est légèrement œdémateux et emphysémateux.

Dans une expérience où on a cherché l’instant de l’apparition de l'organisme virulent dans le sang, on a vu que, neuf heures après l’inoculation, le sang ensemencé cultivait le microbe de la maladie, sans que celui-ci fût encore apparent au microscope; que, douze heures après l’inoculation, on le rencontrait à l’aide de cet instrument. La fièvre a apparu en même temps que le microbe s’est montré. La mort arriva après trente-cinq heures d’inoculation. La température ne descendit au-dessous de 40° que deux heures avant la mort. L’animal pesait 1 kil. 920 au moment de l’inoculation; 1 kil. 730 au moment de la mort. Diminution de 190 grammes en trente-cinq heures.

La salive des lapins morts transmet invariablement la maladie à de nouveaux lapins.

Les cobayes adultes supportent parfaitement l’inoculation de ce microbe ; mais il tue en deux ou trois jours les cobayes de quelques jours d’âge. En poursuivant les inoculations de cobayes à cobayes jeunes, la virulence s’exalte et on arrive facilement à tuer des cobayes de un, deux, trois, quatre mois... Chez les premiers cobayes, le tissu cellulaire autour du point d’inoculation offre un œdème baigné de sérosité sanguinolente et souvent épaisse et gélatiniforme ; les muscles sous-jacents sont lardacés, purulents, épaissis. Il est remarquable

1. Voir, p. 559-566 du présent volume : Sur une maladie nouvelle provoquée par la salive d'un enfant mort de la rage. (Note de l’Édition.)

qu’à mesure que s’élève le numéro d’ordre de l’animal inoculé dans îles inoculations successives, les lésions changent de caractère. La dégénérescence gélatineuse des tissus cellulaires, la purulence des muscles sous-jacents, disparaissent pour être remplacées par une forte rougeur de ces muscles. Dans ces conditions spéciales d’exaltation de la virulence, on croirait voir un cobaye mort de septicémie aiguë. L’organisme microscopique se trouve abondamment dans les muscles, assez rarement au contraire dans le sang et souvent en si petite quantité qu’il n’y est pas toujours visible au microscope. Il y a comme un changement d’habitat du microbe par suite de l’augmentation de la virulence (J). Ici se présente une circonstance fort digne d’intérêt : lorsque le microbe a été accru de virulence par passages à travers des cobayes, il se montre au contraire moins efficace si on vient à le reporter sur des lapins. Ce n’est pas le seul microbe qui se comporte ainsi.

Nous avons fait connaître l’existence de ce microbe à l’Académie de médecine de Paris, le 18 janvier 1881 (2).

On vit bien alors tous les services que la microbie peut rendre à la médecine étiologique. En même temps que nous faisions l’étude de ce microbe pathogène, M. le docteur Maurice Raynaud, de très regrettée mémoire, se livrait également de son côté, avec M. le docteur Lannelongue (3), à des expériences de contagion aux lapins de la salive de l’enfant hydrophobe de Sainte-Eugénie. Comme nous, il obtenait la mort des sujets inoculés; mais, tout entier à l’observation clinique, laissant de côté l’action possible des microbes qui auraient pu s’introduire dans le corps des lapins en même temps que le virus rabique, il concluait que c’était la rage qu’il communiquait aux lapins. « Jusqu’à preuve du contraire, disait-il, nous croyons que c’est bien de la rage que sont morts nos lapins. »

1. LeD'' Koch et ses élèves (Recueil des travaux de l'Office sanitaire allemand [Mîttheilungen aus dem kaiserl. Gesundheitsamte ], Berlin, 1881), sur la foi d’expériences mal dirigées, méconnaissent le fait de virulence progressive (‘), indiqué d’abord par MM. Coze et h eltz ( ) et mis plus tard en pleine lumière par le Dr Davaine (***) dans un cas particulier. Par nombre de nos expériences sur les conditions de l’atténuation et du retour à la virulence, on sait aujourd’hui, non seulement que MM. Coze, Feltz et Davaine ont vu juste, mais que le cas particulier qu’ils ont étudié est loin d’être isolé. (Note de Pasteur).

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