Intervention de Pasteur : Ibid., p
3. M. Devergie [Ibid., p. 258-266 > venait de parler des phénomènes qu'il a observés dans la putréfaction putride, gazeuse, savonneuse et la momification, et de formuler des doutes relativement à l’application de la doctrine de Pasteur à ces phénomènes. [Notes de l’Édition.
maladies virulentes. 2
ments très vifs, cherchant vers les bords du liquide l’air dont ils ont besoin. Ce fait est si vrai, que si, comme cela arrive quelquefois, une bulle d’air s’introduit au centre du liquide, on voit les vibrions se précipiter vers elle et leurs mouvements persister jusqu’au moment où l’oxygène de la bulle d’air disparaît.
Prenons maintenant le cas d’organismes n’ayant pas besoin d’air pour vivre. Portez sous le microscope une goutte du liquide qui les produit et vous verrez au bout de quelques secondes les mouvements des vibrions cesser à la périphérie, vers les bords, qui se couvrent de cadavres, tandis qu’au centre où il n’y a pas d’oxygène les vibrions peuvent conserver leurs mouvements pendant un temps relativement très long, une, deux, trois heures et plus, jusqu’au moment où l’air, pénétrant peu à peu le liquide de la lamelle, finit par arriver au centre.
Supposons maintenant un liquide en putréfaction et renfermant ces deux variétés de vibrions; on trouvera à la surface les bactéries qui ont besoin d’air pour vivre, et au-dessous, plus profondément, celles qui ne peuvent vivre dans l’oxygène.
La présence ou l’absence de l’air dans les tissus ou à leur surface sont donc deux conditions qui viendront modifier les phénomènes de la putréfaction.
hn voici une autre : je mets dans un vase de la glycérine avec des substances purement minérales, des sels d’ammoniaque, de potasse, du phosphate de magnésie. Au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures, une fermentation des plus actives s’établit, et l’on trouve au microscope des vibrions animés de mouvements rapides; quelques jours après, si on les examine de nouveau, on ne trouve plus que leurs cadavres. Que s’est-il donc passé? La décomposition de la glycérine a donné naissance a des produits antiseptiques qui ont tué les vibrions et arrêté la fermentation.
La iormation de produits antiseptiques est donc encore une cause qui, à un moment donné, vient influencer les phénomènes de la putréfaction.
Je prends maintenant de la fibrine que je fais putréfier en présence du carbonate de chaux : elle dégage rapidement une odeur tellement fétide qu il faut prendre des précautions, même pour en examiner une goutte au microscope. Je mélange cette fibrine avec de la glycérine et je laisse putréfier. La fibrine, dans ces conditions, ne subit aucune altération et l’on trouve des vibrions formés aux dépens de la glycérine. Pourquoi cela? C’est que la fermentation de la glycérine est plus facile que celle de la fibrine, ou mieux que la glycérine est pour les vibrions un aliment carboné plus assimilable que la fibrine, de telle
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sorte que c’est à la glycérine seule et non à la fibrine que ces ferments empruntent les éléments de leur nutrition.
"N oilà donc un fait étrange : c’est que lorsque deux substances putrescibles sont en présence, l’une d’elles peut entrer en putréfaction sans que l’autre éprouve la moindre modification.
Je vous citerai un fait plus étrange encore : dans la première moitié de ma carrière scientifique, je me suis occupé de cristallographie et j’ai signalé à l’attention du monde savant deux corps cristallisés absolument identiques comme composition, mais non semblables, car ils ne sont pas superposables et l’un dévie la lumière a droite, l’autre à gauche : je veux parler des acides tartriques droit et gauche Quand on met ces deux corps en présence, ils se combinent immédiatement pour former de l’acide racémique ou paratartrique. Eh bien, si je mets un des sels de ce dernier acide, le paratartrate d’ammoniaque, par exemple, dans les conditions ordinaires de la fermentation, l’acide tartrique droit fermente seul, l’autre reste dans la liqueur; je dirai même en passant que c’est le meilleur moyen de préparer l’acide tartrique gauche. Pourquoi l’acide tartrique droit entre-t-il seul en fermentation? Parce que les ferments de cette fermentation se nourrissent plus facilement des molécules droites que des molécules gauches. En voici une autre preuve : je prends du paratartrate d’ammoniaque et je dépose à sa surface une moisissure ; celle-ci se nourrit aux dépens de l’acide tartrique droit et laisse le gauche, qu’on retrouve au-dessous de la moisissure.
Quoi de plus remarquable que de voir la dissymétrie moléculaire intervenir dans les phénomènes de fermentation?
Je rappellerai encore un fait qui m’a vivement frappé et qui n’a pas été cité dans la discussion; je veux parler des expériences que \I. Boulev a communiquées à l’Académie, l’année dernière, au nom de M. Chauveau, expériences vraiment saisissantes et admirables - .
M. Chauveau prend deux béliers : sur l’un d’eux il détermine la mort d’un testicule, par une opération particulière qu’on appelle le bistournage; le testicule subit la dégénérescence graisseuse. Sur l’autre bélier, il pratique, avant le bistournage, une inoculation avec un liquide provenant d’un abcès et contenant des vibrions ou des
1. Voir, à ce sujet, notamment, p. 83-120, tome Ier des Œuvres de Pasteur : Recherches sur les propriétés spécifiques des deux acides qui composent l’acide racémique.
2. Chauveau (A.). Nécrobiose et gangrène. Étude expérimentale sur les phénomènes de mortification et de putréfaction qui se passent dans l’organisme animal vivant, et note complémentaire. Bulletin de V Académie de médecine , 2* sér., II, 1873, p. 520-526. (Notes de l’Édition.)
bactéries. Le testicule, qui a reçu par ses vaisseaux quelques-uns de ces germes, ne subit plus la dégénérescence graisseuse comme dans le cas précédent, mais éprouve une véritable putréfaction, quelquefois même assez violente pour tuer l’animal.
Je dirai de nouveau, en terminant, que dans l’état actuel de la science, il n est pas possible de porter un jugement définitif sur les laits si nombreux et si compliqués dont a parlé M. Devergie. Il faudra bien des années et des recherches faites dans le sens que j’indique pour arriver à une solution, et c’est le cas de répéter avec Buffon : Rassemblons des faits pour avoir des idées; et qu’il me soit permis d ajouter que tous ceux des faits acquis jusqu’à ce jour, qui ont été bien observés, confirment la doctrine que je soutiens.
DISCUSSIONS SUR LA FERMENTATION
COMMUNICATION (*) [A PROPOS DE « LA PRÉSENCE ET LA FORMATION DES VIBRIONS DANS LE PUS DES ABCÈS >,]
M. Gosselin a communiqué hier à l’ Académie des sciences un travail très original de M. Albert Bergeron (2), travail qui me paraît devoir attirer immédiatement l’attention de l’Académie de médecine. Aussi demanderai-je que dans la prochaine séance une Commission soit nommée pour examiner le Mémoire en question.
Voici de quoi il s’agit : M. Bergeron a ouvert dix-huit abcès chauds ou froids, et a constaté dans un certain nombre d’entre eux la présence
1. Bulletin de l'Académie de médecine , séance du 10 février 1875, 2° sér., IV, p 192-197
Cette Communication est le point de départ de discussions sur la fermentation et les
générations dites spontanées qui se sont poursuivies, devant l’Académie de médecine dans les séances du 23 février, des 2, 9, 23 et 30 mars 1875.
2. Bergeron (A.). Note sur la présence et la formation des vibrions dans le pus des abcès
Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 15 février 1875, LXXX p 430-432 (Notes de l’Édition .) ’ ’
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d’organismes microscopiques, sans qu’il y ait eu aucune communication avec l’air extérieur. D’autres abcès, placés absolument dans les mêmes conditions, ne présentaient pas la moindre trace de vibrions. Or, en comparant l’âge des malades chez lesquels il avait observé ces deux ordres de faits, M. Bergeron a reconnu que les abcès de l’enfance et de la jeunesse jusqu’à vingt-deux ans, je crois, ne contenaient aucun organisme, tandis que ceux qui s’étaient développés plus tard, de vingt-deux à soixante ans, en renfermaient au contraire.
C’est là une découverte capitale, qui contient peut-être la solution de la génération spontanée. Elle démontre au moins ce fait étrange que les vibrions, les organismes inférieurs, peuvent se développer dans l’économie à un certain âge et pas à d’autres par une transformation des matériaux des abcès, des matières albuminoïdes, sans doute, car l’auteur parait écarter toute possibilité d’arrivée des germes des êtres dont il a observé la présence, soit par l’extérieur, soit par l’intérieur, par le sang, les lymphatiques... Je crois qu’il y aurait lieu de nommer une Commission spéciale pour examiner et vérifier ces faits.
A ce propos, je demanderai à l’Académie la permission de lui soumettre quelques réflexions sur la façon dont on procède depuis plusieurs années dans l’étude des infiniment petits. Il est vraiment surprenant de voir avec quelle facilité, je dirai presque avec quelle légèreté, on traite en France une question aussi grave, aussi aride et aussi difficile que celle de la génération spontanée.
Je citerai comme preuve quelques exemples :
En 1872, MM. Legros et Onimus présentent à l’Académie des sciences un travail de deux ou trois pages sur la génération spontanée de la levûre de bière (4). Leur expérience consiste à prendre un œuf qu’on dépouille de son enveloppe calcaire, en ayant soin de ne pas léser la membrane sous-jacente. L’œuf ainsi préparé est plongé dans un vase contenant de l’eau sucrée et de la levûre de bière. Quelques jours après, on examine l’intérieur de l’œuf et on y trouve de la levûre. Ces auteurs en concluent que cette levûre s’est développée là spontanément.
Je ferai remarquer d’abord que c’est expérimenter d’une étrange façon que de placer la substance, oû doivent naître spontanément les éléments de la levûre, dans un milieu qui contient lui-même de la levûre de bière. J’ai prié M. Gayon, mon préparateur, de répéter cette expérience, qui a été faite sous mes yeux avec un très grand soin, et
1. Legros et Onimus. Expériences sur la génération spontanée. Comptes rendus de I Aca demie des sciences, LXX1V, 1872, p. 887-889. {Note de l'Édition .)
Tl
je dois dire que le fait est absolument faux: nous n’avons pas trouvé trace de lovûre, excepté dans les cas où la membrane était visiblement lésée; s’il n’y a pas passage des éléments de la levûre de bière à travers la membrane d’enveloppe, on peut affirmer que, contrairement aux assortions de MM. Legros et Oniinus, l’expérience ne réussit jamais quand elle est bien faite.
L’année dernière, M. Onirnus est revenu sur cette question de la génération spontanée dans l’œuf (*). Il avait obtenu, disait-il, des bactéries et des vibrions par la transformation de la matière albuminoïde de l’œuf. M. (layon, qui depuis trois ans travaille à ce sujet, a répété ces expériences: le fait est encore erroné.
Dans ces dernières années, M. Béchamp a publié un grand nombre de faits pour démontrer la théorie peu nouvelle des microzymas. Turpin avait autrefois inventé la théorie des globulins punctiformes (2 , qui expliquait la fermentation et la génération spontanée d’une façon bien simple : la matière albumineuse translucide, dans le principe, donne plus tard naissance à des points qui se vésieulisent et deviennent définitivement de la levûre de bière. D’autres fois, ces points se tubulisent, s’allongent, etc., et deviennent ainsi les éléments de telle ou telle moisissure. Cette théorie fort simple, reléguée depuis longtemps au rang des chimères et que Bufîon avait déjà inaugurée par l’hypothèse des molécules organiques (1 2 3), a été reprise par M. Béchamp, qui a substitué les microzymas aux globulins punctiformes ; si un œuf se putréfie, c’est qu’il contient des microzymas (4). Ainsi se trouvaient expliquées des observations antérieures de M. Donné (5 6), qui n’avait pas trouvé d’organismes dans les œufs putréfiés.
M. Gayon (fi) a refait les expériences de M. Béchamp, et il est arrivé à un résultat diamétralement opposé. 11 a démontré que la putréfaction de 1 œul tenait à la présence dans certains œufs d’organismes microscopiques provenant du cloaque ou de l’oviducte ; et la preuve, c’est qu’on peut augmenter le nombre des œufs susceptibles de se
1. Onimus. Expériences sur la génération de prolo-organismes dans des milieux mis à l'abri des germes de l’air. Comptes rendus de V Académie des sciences, LXXIX, 1871 , p I7;t-17r,
2. Turpin. Mémoire sur la cause et les effets de- la fermentation alcoolique et acéteuse. Mémoires de l'Académie des sciences, XVII, 1840, p. 93-153.
8. Buvfon. Histoire naturelle de l’homme. Supplément, t. IV. Paris, 1777. in-4» ; p 341. — Voir aussi : tome II des Œuvres de Pasteur, p. 287-289.
4. Béchamp. Sur la fermentation alcoolique et acétique spontanée des œufs. Comptes rendus de l’Académie des sciences, LXVII, 1808, p. 525-528.
5. Donné (A.). Voir p. 852 et p. 856 du tome II des Œuvres de Pasteur.
6. Gayon (U.). Recherches sur les altérations spontanées des œufs. (Thèse pour le doctorat ès sciences physiques). Paris, 1875, 102 p. in-4* (1 pl.). — Voir aussi p. 487-489, tome H des Œuvres de Pasteur. (Notes de l'Édition.)
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putréfier, en injectant dans l’oviducte des éléments de putréfaction.
Dernièrement M. Duval (de Versailles) publia un Mémoire (4) qui démontre, suivant lui, la transformation des organismes les uns dans les autres; par exemple, la transformation de la levûre alcoolique en levure lactique. Voici comment il le prouve : on prend du petit-lait, et on y ajoute de la glycose et de la levûre de bière, avec la condition que le milieu ait été porté à l’ébullition et que la levûre soit bien pure. L’auteur affirme sans preuve qu’il a employé de la levûre bien pure. Là est son erreur. Sa levûre n’était pas pure; car si elle l’est, jamais on n’obtient qu’une fermentation alcoolique, contrairement aux assertions de M. Duval.
M. Trécul (1 2) de son côté transforme le pénicillium glauciun en levûre de bière, et d’une façon bien simple : on prend sur un citron moisi des spores de pénicillium , qu’on délaye dans un peu d’eau ; l’examen microscopique fait à ce moment n’indique aucune trace de levûre, comme si une pareille observation avait la moindre valeur! On fait tomber la goutte avec ses spores dans un peu de moût de bière, el quelques jours après on a de la levûre : donc le pénicillium s’est transformé en levûre de bière. J’ai répété cette expérience au moins cent fois, et je n’ai jamais constaté la moindre fermentation ; seulement j’avais pris la précaution d’expérimenter avec des spores absolument pures.
M. Fremy obtient la génération spontanée cl e la levûre de bière par la transformation des matériaux du jus de raisin. Ici la chose est plus simple, il n’y a pas d’expérience. C’est une simple affirmation que rien ne justifie. Quant à moi, j’ai vérifié expérimentalement cette assertion. J’ai extrait du jus de raisin avec les précautions voulues et je l’ai mis dans un liquide sucré fermentescible : jamais ce jus mis à l’abri des poussières de l’air n’a donné naissance à la fermentation alcoolique ou à de la levûre de bière (3 4).
Voici maintenant une autre expérience trop grossière pour que j’aie pris la peine de la reproduire : M. Servel (de Montpellier) coupe la tête d’un cobaye et la plonge dans l’acide chromique (4). Quelques jours
1. Duval (J.-E.). Mémoire sur la mutabilité des germes microscopiques et la question des fermentations. Journal de l'anatomie et de la physiologie, IX, 1873, p. 400-402.
2. Voir, à ce sujet, p. 411-415, tome II des Œüvkes de Pasteur : Réponse à une Note de M. Trécul.
3. Voir, à ce sujet, p. 367-417, tome II des Œuvres de Pasteur: Discussion avec MM. Fremy et Trécul sur l'origine et la nature des ferments.
4. Servel (A.). Sur la naissance et l’évolution des bactéries dans les tissus organiques mis à l’abri du contact de l’air. Comptes rendus de V Académie des sciences, LAXIX, 1874, p. 1270-1272. ( Notes de l’Édition.)
après on trouve clans le crâne des bactéries, donc ces bactéries proviennent de la matière albuminoïde du cerveau, dit l’auteur !
Tous ces faits, ces expériences si facilement acceptés et plus facilement réfutables montrent combien il faut être prudent et circonspect dans l’étude de questions aussi délicates. Dans cet ordre de laits on est vite porté à croire qu’on a découvert quelque chose de nouveau ; mais il ne faut pas se contenter de faire une ou deux expériences, quelques observations, il faut les répéter maintes et maintes fois, en prenant les précautions les plus minutieuses. Ce n’est qu’à cette condition qu’on arrive à des lois dégagées de toute cause d’erreur ou d’incertitude. 11 est pénible de se donner en exemple. Mais peut-être en ai-je acquis le droit ou l’excuse, moi qui depuis dix-huit ans étudie ces mêmes questions. Or, en mettant en pratique les préceptes dont je parle, il ne m’est pas arrivé une seule fois d’être contredit sérieusement, quoique je l’aie été, pour ainsi dire, sans cesse.
Je vous citerai encore, pour terminer, un fait qui montre bien toutes les difficultés qu’on a parfois à surmonter.
Dernièrement un chimiste des plus distingués, M. Schützenberger, à qui la science doit des travaux très remarquables, publie une observation extrêmement curieuse (*) : il prend une plante aquatique, Yelodea canaclensis , et la place dans l’eau sucrée ; vingt-quatre heures après, des gaz se dégagent de la feuille et le liquide devient acide. Cette acidité augmente peu à peu et l’on constate que le liquide contient de l’acide butyrique. 11 s’est fait là une véritable fermentation. M. Schützenberger a cherché dans le liquide les vibrions que j’avais signalés comme les agents actifs de la fermentation butyrique et n’en a pas trouvé. La fermentation s’est donc produite ici sans l’action d’organismes inférieurs et doit être due à la transformation des éléments mêmes de la feuille. A la lecture de cette observation, il m’est venu à l’idée quelques objections que j’ai soumises à M. Schützenberger et qui ont changé complètement ses conclusions. Je l’ai prié de répéter son expérience et nous sommes arrivés à des résultats bien différents de ceux qu’il avait primitivement obtenus. Voici en effet ce qui se passe : l’eau sucrée ne contenant pas les matières azotées ou phosphatées nécessaires à la nutrition des animaux microscopiques, les vibrions se fixent à la surface de la feuille où ils trouvent ce qu’il leur faut pour vivre. Ce sont donc eux et non les cellules de la feuille qui sont les véritables agents de la fermentation. On pourrait répéter
1. Schützenberger. Sur la fermentation butyrique provoquée par les végétaux aquatiques immergés clans l’eau sucrée. Ibid., LXXX, 1875, p. 497-498. (Note de l'Édition.)
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l’expérience avec toutes sortes de feuilles, de bois morts, d’objets divers.
Cette méprise de la part d’un homme dont on ne peut mettre en doute la sagacité et la grande habileté expérimentale ne doit-elle pas montrer à tous, et surtout aux jeunes gens encore mal habitués à la rigueur scientifique, combien ils doivent apporter de réserve dans leurs affirmations? Je suis vraiment surpris de voir tant de personnes aborder des questions qui, comme celle de la génération spontanée, sont grosses comme le monde, avec des connaissances insuffisantes et si peu de préparation. Cette manière de procéder peut attirer quelques éloges auprès de gens prévenus qui ont des idées fixes, des systèmes pour lesquels ils cherchent partout des appuis. Le véritable savant n’a pas à s’inquiéter de ce qui peut être dans telle ou telle hypothèse, son devoir et son but sont de chercher ce qui est. J’ajouterai que la façon de raisonner que je condamne ne fait que réjouir nos ennemis, trop heureux de trouver de nouveaux motifs au reproche de légèreté qu’on adresse volontiers à notre caractère national.
M. Behthelot : M. Pasteur a dit que, dans les faits observés par M. Schiitzenberger, la fermentation tenait à la présence de vibrions à la surface de la feuille. Est-ce une simple hypothèse ou les a-t-il vus au microscope ?
M. Pasteur : Comment aurais-je parlé de cette façon, si je n’étais pas sûr de ce que j’avance? Non, il ne s’agit pas d’hypothèses, mais de faits précis, d’observations rigoureusement faites (*).
1. U Union médicale du 18 février 1875 [p. 241] donna dans son « Bulletin » un compte rendu de cette séance de l’Académie de médecine. « ... M. Pasteur, dit l’auteur de l’article, a ajouté que, « dans l’état actuel de la science, la question de l’hétérogénie ne peut être résolue d’une « manière définitive : qu’on ne peut, dans l’espèce, ni affirmer ni nier positivement une expé- « rience négative, et que le sujet ardu des générations spontanées doit rester encore à l’étude. » En marge de cette dernière phrase, Pasteur a noté au crayon sur un exemplaire de l’Union médicale :
« Qu’on ne peut, dans l’espèce, affirmer qu’il n’v a pas de génération spontanée