Ibid., p. 201-208. ( Notes de l’Édition
des appareils : ce serait d’introduire un fœtus dans un des vases en question, dans un milieu contenant de l’air privé de ses poussières ; eh bien, je suis persuadé que le foetus se conserverait indéfiniment dans un vase qui serait en libre communication avec l’air, à la manière du ballon de tout à l’heure, à bouillon de ménage, conservé depuis dix ans.
J’ajouterai que M. Bouillaud avait raison en disant que cette discussion contenait implicitement la grande question de la génération spontanée.
Supposons, en effet, que M. Colin vienne nous montrer des faits de putréfaction avec présence évidente des vibrions de cette fermentation sans apport de germes venus de l’extérieur, le problème de la génération spontanée sera résolu. M. Colin peut donc en toute confiance continuer ses recherches, car le résultat, s’il y arrive, sera immense. Mais, je puis lui annoncer d’avance qu’il arrivera à la même conclusion que moi. Je ne dirai pas que j’en ai la certitude absolue; on ne peut pas en effet prouver qu’il n’y a pas de génération spontanée, car on ne peut pas dans les sciences d’observation, comme en mathématiques, démontrer la négative.
Seulement c’est un genre de recherches où il faut prendre bien des précautions, y regarder à deux fois et de très près avant d’affirmer une chose, car on est souvent le jouet d’illusions. C’est ce qui est arrivé à quelques expérimentateurs, par exemple à M. Pouchet (*), dans ses premières expériences sur la cuve à mercure : non seulement en plongeant un objet dans la cuve à mercure on introduit des germes, mais les poussières qui sont à la surface du liquide pénètrent profondément, grâce à la capillarité, dans la gaine que forme le mercure et le tube qu’on enfonce. Qui se serait douté au premier abord que le mercure apporterait des poussières-germes capables de troubler toutes les expériences?
Je le répète, en terminant, dans ce genre d’expériences les causes d’erreurs sont nombreuses et il faut être très réservé avant d’affirmer un fait, surtout quand ce fait n’irait à rien moins qu’à permettre d’affirmer qu’on a eu sous les yeux des êtres formés par génération spontanée.
1. Voir, à ce sujet, p. 315-31(3, tome II des Œuvres i>k Pasteur. [2\ole de l’Édition.)
MALADIES VIRULENTES
DISCUSSION SUR LA FERMENTATION PUTRIDE
M. Pasteur 2 : Je commence par me déclarer incompétent pour expliquer la putréfaction au point de vue où s'est placé M. Devergie (1 2 3).
Voici, selon moi, comment il faudrait procéder pour se faire une idée bien nette de la putréfaction en général et des différentes formes qu elle peut présenter dans tel ou tel cas.
Il faudrait d'abord prendre isolément dans le corps humain les tissus, les liquides ou les humeurs que I on considère comme ayant une structure ou une composition différente, par exemple, le cerveau, les muscles, le sang, l’urine, la bile, etc.; étudier séparément la fermentation de chacun d’eux: voir comment ils se comportent dans les conditions ordinaires de la fermentation: déterminer enfin si dans tous les cas l’intervention de germes venus de l'extérieur est indispensable ou si leur fermentation ne peut pas se produire en dehors de l’action manifeste de ces germes.
Il y aurait là toute une série d’expériences à faire, expériences fort difficiles, il ne faut pas se le dissimuler, par suite des complications qui se présentent à chaque pas. Car des causes multiples viennent incessamment modifier les phénomènes de la fermentation.
Parmi ces causes je nie contenterai de vous en citer quelques-unes.
Je dirai tout d'abord que parmi les agents actifs de la fermentation, bactéries, vibrions ou autres, il en est qui, pour vivre, ont absolument besoin d'oxygène, d'autres au contraire qui ne peuvent vivre dans ce gaz.
Pour mieux préciser ma pensée, supposons un liquide en putréfaction contenant des vibrions qui ont besoin d oxygène pour vivre. Prenez une goutte de ce liquide et portez-la sous le champ du microscope. Au bout d’un temps très court, quelques secondes à peine, vous voyez des cadavres de vibrions au centre, là où l’air n’a pu pénétrer, tandis qu'à la périphérie on aperçoit des vibrions animés de mouve-
1. Bulletin de V Académie de médecine , séance du 24 mars 1374, 2* série, III, p. 258-269. — Ont pris part à cette discussion : Devzrgde et Pasteur.