‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 123 sur 299 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

membre de l’Institut et de la Société nationale d'agriculture.

UNE STATISTIQUE AU SUJET DE LA VACCINATION PREVENTIVE CONTRE LE CHARBON, PORTANT SUR QUATRE-VINGT-CINQ MILLE ANIMAUX (Q

Le département d Eure-et-Loir est celui où 1 affection charbonneuse ou sang cle rate exerce le plus de ravages. Aussi ce département fut-il des plus empiesses a se rendre compte des effets de la vaccination préventive contre le charbon. A peine le succès des expériences de I ouilly-Ie-I oit, dans Seine— et-AIarne, avait— il été constaté, que des épreuves du même ordre étaient effectuées, avec la coopération de M. Roux, aux portes de Chartres, à la ferme de Lambert. Préfet, membres du Conseil général, médecins, vétérinaires, agriculteurs en suivirent les diverses phases avec le plus vif intérêt. Le succès ne fut pas moindre qu’à Pouilly-le-Fort. Dès lors, la prophylaxie nouvelle se

1. Comptes rendus de l'Académie des sciences , séance du 18 décembre 188° XCV p. 1250-1252. ’ ’

MALADIES VIRULENTES

répandit clans un grand nombre de fermes de la Beauce. Près de 80.000 moutons, 4.000 à 5.000 bœufs ou vaches, 500 chevaux ont été vaccinés dans Eure-et-Loir, en 1882, par les soins des vétérinaires du département.

La Société vétérinaire et agricole de Chartres a mis un grand zèle à recueillir les résultats de cette première année, relatifs à l’application de la nouvelle vaccination. Elle vient de les publier dans un Rapport intéressant, lu à la séance du 29 octobre dernier par l’un de ses membres, M. Ernest Boutet, vétérinaire à Chartres.

Je demande à l’Académie la permission de placer sous ses yeux les conclusions de ce Rapport (*) :

« Le résumé des vaccinations pratiquées dans le département d Eure-et- Loir, dit M. Boutet, depuis les expériences de Pouilly-le-Fôrt et de Lambert, est très instructif.

« Le nombre des moutons vaccinés depuis un an s'élève à 79.392 ; sur ces troupeaux, la moyenne de la perte annuelle depuis dix ans était de 7.237, soit 9,01 pour 100. Depuis la vaccination, il n’est mort du charbon que 518 animaux, soit 0r65 pour 100. Il faut faire observer que cette année, probablement à cause de la grande humidité, la mortalité ne s'est élevée en Eureet-Loir qu’à 3 pour 100. Les pertes auraient donc dû être de 2.382, au lieu de 518 après les vaccinations.

« Dans les troupeaux qui ont été vaccinés en partie, nous avons 2.308 vaccinés et 1.659 non vaccinés ; la perte sur les premiers a été de 8, soit 0,4 pour 100 ; sur les seconds la mortalité s'est élevée à 60, ou 3,9 pour 100. Nous ferons remarquer que dans ces troupeaux, pris dans différents cantons du département, les moutons vaccinés et non vaccinés sont soumis aux mêmes conditions de sol, de logement, de nourriture, de température, et que, par conséquent, ils ont subi des influences totalement identiques.

« Les vétérinaires d’Eure-et-Loir ont vacciné dans l'espèce bovine 4.562 animaux. Sur ce nombre on perdait annuellement 322 bêtes. Depuis la vaccination, il n’est mort que 11 vaches. La mortalité annuelle, qui était de 7,03 pour 100, devient 0,24 pour 100.

« Des engorgements généralement peu graves étant survenus après la vaccination du cheval, et la mortalité du charbon, sur cette espèce, étant peu élevée, les vétérinaires n'ont pas cru prudent de faire cette vaccination sur une grande échelle. Il n’y eut (pie 524 chevaux vaccinés, dont 3 moururent entre les deux vaccinations.

« Ces résultats nous paraissent convaincants : en présence de tels chiffres, il n’est plus permis de douter de l’efficacité de la vaccination charbonneuse.

« Si nos cultivateurs beaucerons veulent comprendre leurs intérêts, les affections charbonneuses ne seront bientôt plus qu'un souvenir, parce que le charbon, le sang de rate et la pustule maligne ne sont jamais spontanés, et

1. Extrait de l’Union agricole d'Eure-et-Loir, numéro du 2 novembre 1882.

<[u’en empêchant par la vaccination la mortalité de leur bétail, ils détruiront toutes causes de propagation du charbon, et, par conséquent, feront disparaître de la Beauce en quelques années cette redoutable affection.

« E. Boutet, rapporteur. »

Gomme on le voit, cette statistique au sujet des vaccinations dans l’un de nos départements les plus éprouvés, portant sur plus de 85.000 animaux, est très satisfaisante. Notons bien, d’ailleurs, que cette statistique a été faite à la fin du mois d’octobre dernier, c’est-àdire après les mois où sévit le plus le charbon spontané, ce qui permet de juger également la question de la durée de l’immunité à la suite de la vaccination.

L’un des passages du Rapport de M. Boutet mérite une attention particulière. L’année qui se termine n’a pas été propice au développement de la fièvre charbonneuse. C’est un fait d’observation que les années humides sont moins meurtrières que les années chaudes et sèches. On pourrait donc penser que la moindre mortalité sur les troupeaux vaccinés peut tenir à cette circonstance. Outre que le résumé du Rapport de la Société vétérinaire de Chartres va au-devant de cette objection, il faut observer que des propriétaires intelligents, afin de mieux juger des effets de la vaccination, ont eu la précaution, ainsi que nous l’apprend le Rapport de M. Boutet, de faire vacciner partiellement leurs animaux. Or, dans ces troupeaux vaccinés en partie, on compte 2.. >08 moutons vaccinés et 1.659 non vaccinés, tous ces moutons ayant subi les mêmes conditions d’alimentation et d’actions atmosphériques, toujours mêlés les uns aux autres, à la bergerie comme au parcage. Eh bien ! sur 2.308 vaccinés, 8 moutons seulement sont morts, tandis que sur les 1.659 non vaccinés, 60 sont morts, nombre qui aurait été porté à 83 s’il y avait eu 2.308 non vaccinés, au lieu de 1.659; 83 non vaccinés morts contre 8 vaccinés: c’est une mortalité plus de dix fois plus grande dans les non vaccinés que dans les vaccinés.

Je dois ajouter, en terminant, que tout annonce que les vaccinations préventives seront plus efficaces encore dans l’avenir. N’oublions pas que nous sommes à la fin d’une première année d’application, que les vaccins nous sont déjà mieux connus, qu’on s’efforce de les améliorer tous les jours, et que les vétérinaires acquièrent une plus grande sûreté dans leur emploi.

C est à ce point que, dans ces six dernières semainés, on a vacciné 13.000 moutons, 3.500 bœufs, 20 chevaux, et qu’il n’y a pas eu, sur ce nombre total de 16.520 animaux, un senl accident.

M A LADIES VI R U I, E N T E S

Quant à l’efficacité de ces derniers vaccins, elle a été vérifiée dans le courant de novembre sur 12 moutons, qui, éprouvés par M. Chamberland, après la vaccination, à l’aide du virus virulent', n’ont pas eu un seul cas de mort. Au contraire, aucun des moutons témoins n’a résisté.

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