SUR LES VACCINATIONS CONTRE LE CHARRON [RÉPONSE A M. NI CARI
Monsieur le directeur et cher confrère, vous me demandez mon avis sur la Communication qui précède (1 2).
Il n’y a pas à être surpris du tout qu’un troupeau de 50 bêtes qui vient de perdre 10 bêtes par le charbon continue de perdre pendant la vaccination. Il n’y a préservation que huit à dix jours après que la deuxième vaccination a été donnée. On a eu tort de ne pas vacciner avant toute perte. C’est, il est vrai, ce qui a été fait pour l’autre troupeau de 60 bêtes qui a pourtant perdu 1 agneau; mais la lerme à laquelle appartient ce troupeau éprouve quelques pertes chaque année et nous sommes à l’époque des grandes pertes par le charbon.
Voici un fait bien plus extraordinaire. Il y a six semaines, M. Fournier, vétérinaire à Angerville (Loiret), m’a écrit qu’un de ses clients qui, depuis deux ans, n’avait pas perdu une seule bête par le charbon, venait d’en voir mourir 66 en quelques jours sur 400. Le fermier demanda aussitôt la vaccination de son troupeau.
M. Fournier ajoutait très judicieusement: Si j’avais vacciné quelques jours avant cette énorme perte, on n aurait pas manqué d accuser la vaccination de l’avoir provoquée.
Dans l’intervalle des deux vaccinations, il y a encore eu 19 moutons morts; une fois la vaccination faite, la mortalité s’est arrêtée.
Je ne veux pas dire que la pratique de la vaccination n amène pas d’accidents; mais, outre que cette pratique est encore bien nouvelle et qu’elle peut être améliorée, ces pertes n’intéressent pas sa grande
1. Journal de V Agriculture, numéro du 19 août 1882, III, P- 311-312. Réponse à une lettre de P. Nicard (Ibid., p. 309-311), dans laquelle celui-ci fait part des insuccès qu’il a éprouvés dans la vaccination contre le charbon.
2. Lettre de P. Nicard (Ibid., p. 309-311). [Aotes de l'Édition.]
utilité. Sur l’ensemble des vaccinations, les pertes sont très restreintes ; elles n’atteignerit pas en moyenne 1 mouton sur 300 et 1 vache sur 2.000.
Il n’y a pas à se préoccuper des œdèmes sur les vaches. Ceux-ci disparaissent presque toujours sans le moindre traitement.
Je désirerais beaucoup que la vaccination anticharbonneuse se fît avec garantie, c est-à-dire que tout accident, qui se produirait au cours de la vaccination et dans les quinze jours qui suivraient le deuxième vaccin, donnât lieu au payement d’une indemnité équivalente aux pertes. I n des grands obstacles a cette sorte d’assurances nouvelles lient peut-être a des laits de la nature de ceux que vous signale votre correspondant. On attendrait d’être frappé par le charbon spontané avant de recourir à la vaccination et on mettrait à l’actif de celle-ci une mortalité due à la négligence du fermier. Pourtant je n’abandonne pas l’idée que je viens d’émettre et que j’ai soumise à la Société centrale de médecine vétérinaire.
Veuillez agréer, etc.