‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 135 sur 299 · Voir p. 16U188 du présent volume. [Note de l'Édition · texte numérisé non relu

Voir p. 16U188 du présent volume. [Note de l'Édition

Bref, quand un mouton meurt du charbon, et alors même qu’il est déjà devenu à la fois charbonneux et septique, on retire facilement de son sang le charbon et son microbe, et également la septicémie et son microbe.

La présence de l’air, au contact du liquide de culture en faible épaisseur, empêche les vibrions septiques de naître, parce que ceux-ci sont anaérobies; cette présence de l’air est favorable à la bactéridie. La bactéridie, pour naître et se multiplier, ne peut se passer de l'oxvgène de l’air. L’air détruirait, au contraire, les vibrions septiques s’ils prenaient naissance; mais la culture dans le vide ou en présence de l’azote ou de l’acide carbonique purs leur permet de se développer *.

Telle est l’analyse, aussi sûre et plus rapide qu’une analyse chimique, que nous aurions fait subir au sang du cœur d’un mouton, le lendemain de sa mort, en présence de l’École de Turin.

Il y a une autre manière moins précise et plus sujette à illusion d’étudier un sang qui est à la fois charbonneux et septique : c’est l’inoculation directe du sang à des animaux de races diverses, cobayes, lapins, moutons, sans opérer préalablement la séparation des deux microbes que le sang contient. Dans ce cas, suivant l’état de réceptivité des sujets inoculés et suivant les rapports de développement des deux maladies dans le sang doublement infectieux, on voit apparaître tantôt le charbon pur, tantôt la septicémie pure, tantôt la septicémie et le charbon associés. II arrive même que, au cours des symptômes qui suivent l’inoculation, on voit parfois l’une des deux maladies se substituer à l’autre. Tel cobaye, par exemple, mourra charbonneux, après avoir manifesté en premier lieu des symptômes septiques. Le cas inverse peut se présenter également.

Mes honorables collègues de l’École de Turin voudraient rester sur le terrain de la science pure. Quoique leur lettre du 14 mai ne tende guère à la réalisation de ce vœu, ils y arriveront aisément en répétant les expériences qui précèdent, et J’ajoute que, dans la saison chaude où nous sommes, le sang du mouton, tout d’abord exclusivement charbonneux, sera déjà à la fois septique et charbonneux après douze ou quinze heures seulement. Si l’on attend qu’une putréfaction plus générale soit déclarée, d’autres septicémies peuvent apparaître, notam-

* Dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences , ce passade est ainsi formulé : « Cette présence de l’air provoque le développement de la bactéridie, tandis que l'air détruirait les vibrions s’ils prenaient naissance; la culture dans le vide ou en présence de l'azote ou de l'acide carbonique purs leur permet, au contraire, de se développer. La bactéridie, elle, pour se multiplier, ne peut se passer de l’oxygène de l’air. » [Note de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

ment une septicémie beaucoup plus putride que celle dont je viens de parler et qui accompagne la putréfaction avancée.

Messieurs les professeurs de l’École de Turin, dans un postscriptum à leur lettre du 14 mai, déclarent que je satisferais à un de leurs vœux les plus fervents si je voulais bien indiquer au public les assertions et citations erronées que j’ai dites être contenues dans leur lettre du 30 avril. Je ne puis me refuser à leur désir. Un seul exemple suffira sans doute à les édifier.

Je lis dans leur lettre du 30 avril 1883 :

A la date du 16 avril 1882, vous écriviez à M. le Directeur de l’École de Tu rin que, dans ladite saison de mars, un mouton mort par suite de l’infection charbonneuse pure est, après vingt-quatre heures, déjà charbonneux et septique, et que le sang contient tout à la fois la bactéridie charbonneuse et le vibrion septique. Ce jour-là, probablement, vous ne vous rappeliez pas avoir affirmé à l’Académie de médecine de Paris, clans la séance du 17 juillet 1877 (4), que « le sang du cœur ne sera nullement virulent, quoiqu'il soit extrait d’un animal déjà putride et virulent clans plusieurs parties étendues de son corps. Le microscope ne signalera pas davantage clans ce sang la présence de vibrions septiques. »

Je n’ai jamais rien écrit de pareil en ce qui concerne un animal mort depuis vingt-quatre heures. En réalité, voici ce qu’on lit dans la Note de 1877 à l’Académie de médecine que citent ces Messieurs : Parlant du vibrion septique, « l’expérience suivante, disais-je, facile à reproduire, démontre bien que ce vibrion passe dans le sang, en dernier lieu, dans les dernières heures de la vie ou après la mort. Un animal va mourir de la putridité septique qui nous occupe, car cette maladie devrait être définie la putréfaction sur le vivant ; si on le sacrifie avant sa mort et qu’on inocule d’une part la sérosité qui suinte des parties enflammées ou la sérosité intérieure de l’abdomen, ces liquides manifestent une virulence extraordinaire; qu’en même temps, au contraire, on inocule le sang du cœur recueilli avec le plus grand soin, afin de ne point le souiller par le contact de la surface extérieure du cœur ou des viscères, ce sang [du cœur] ne sera nullement virulent, quoiqu’il soit extrait d’un animal déjà putride [et virulent] dans plusieurs parties [étendues] de son corps (1 2). »

Il résulte de cette citation, comparée à la précédente, que les professeurs de Turin opposent les faits de ma lettre du 16 avril 1882,

1. Voir, p. 172-188 du présent volume : Charbon et septicémie.

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