‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 134 sur 299 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

P. S. — C’est pour ne pas compliquer le débat que je ne m’arrête pas à toutes les assertions et citations erronées que contient votre lettre.

A cette réponse fort correcte, à mon offre réitérée de me rendre à Turin, la Commission italienne vient de m’écrire la lettre suivante :

Turin, 14 mai 1883.

Monsieur,

Nous avons l’honneur de vous déclarer que votre lettre du 9 courant, que nous avons reçue aujourd’hui, rappelle ce duelliste qui défiait tous ceux qui osaient le contredire, ou même le regarder en face, mais qui avait l’habitude de se réserver le choix des armes et d’obliger ses adversaires à se battre les mains liées.

Dans de pareilles conditions, comme nous ne sommes pas ces ignorants que vous nous supposez généreusement, nous estimons qu’il ne serait pas sérieux de nous occuper davantage de vos défis habituels tant que vous n’aurez pas daigné faire une réponse catégorique aux deux modestes d emandes de la lettre que nous vous avons adressée le 30 avril dernier.

La Commission,

Si gnè à F original,

\allada, Bassi, Brusasco, Long o, Demaschi, Venuta.

MALADIES VIRULENTES

P • S- Ne craignez pas de compliquer la discussion en indiquant au

public toutes les assertions et les citations erronées que vous dites arbitrairement être contenues dans notre susdite lettre, et soyez convaincu qu’en ce faisant vous satisferez un de nos vœux les plus fervents, parce que si la discussion reste dans le champ de la science sereine, comme nous l’espérons, nous sommes persuadés qu il en résultera que ce n’est pas nous, mais vous qui vous êtes grandement trompé dans vos assertions à notre égard.

La Commission de Turin n’accepte donc pas que je me rende auprès d’elle.

Si l’Académie veut bien se reporter aux Notes que j’ai publiées en 1877 sur le charbon et la septicémie (4), elle n’aura pas de peine à penser que dans cette discussion je ne me suis avancé qu’avec une entière certitude de succès.

Il n’est peut-être pas sans intérêt que je donne ici une nouvelle preuve de la méprise de la Commission de Turin.

J’avais prié l’un de mes jeunes collaborateurs, M. Roux, qui, dans mon laboratoire, représente plus spécialement les connaissances médicales et pathologiques, de m’accompagner à Turin; mais, comme M. Roux n’était pas encore attaché à mon laboratoire en 1877, quand j’ai éclairci avec M. Joubert d’abord, puis avec MM. Joubert et Chamberland, les faits de septicémie après la mort et les relations qu’ils ont avec le charbon, j’ai prié M. Roux de s’exercer à ces sortes d’études avant notre départ, afin que tout fût d’une clarté saisissante dans les expériences que nous aurions à faire devant la Commission de Turin.

Le 5 mai courant, à sept heures du matin, un mouton meurt du charbon inoculé. La température moyenne était de 11°; la soirée et la nuit furent plus chaudes, orageuses même. Le 6 mai, juste vingt-six heures après la mort, on a fait l’autopsie du mouton, et du sang fut recueilli dans le cœur. On ensemence une goutte de ce sang dans du bouillon stérilisé, d’une part au contact de l’air, de l’autre dans des tubes propres à faire le vide. Ce même sang est, en outre, inoculé à un mouton neuf. Dès le lendemain, la culture à l’air fournit de la bactéridie charbonneuse, qui, inoculée à deux cobayes, les fait mourir du charbon pur. La culture dans le vide fut, au contraire, septique ; inoculée à deux cobayes, elle les a fait périr de la septicémie la plus aiguë, en moins de vingt-quatre heures.

Le mouton inoculé parle sang du cœur mourut également septique, le lendemain de l’inoculation.

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