LA VACCINE
CHOLÉRA DES POULES (*)
M. Jules Gué ni n [affirme qu’à la fin de la séance précédente, Pasteur n’a pas dit : Tant pis, mais : Tant pis pour vous, paroles qui renferment une provocation et un défi auxquels il n’entend pas se soustraire].
Je déclare au contraire accepter cette provocation et ce défi, et je les accepte pour toutes les Communications que nous a faites M. Pasteur depuis son entrée dans notre Compagnie...
Jusqu’alors, j’avais gardé le silence sur les idées de M. Pasteur, quoiqu’ell es fussent, ainsi qu’il me l’a écrit lui-même, un jour, en opposition complète avec les miennes. Mais l’extension sans limites que notre collègue tend à donner à son système, qui ne vise à rien moins qu’à bouleverser notre science tout entière, me fait un devoir d’intervenir, non seulement pour défendre mes propres travaux, mais pour défendre ce que je crois être les iondements de la médecine contre les envahissements de la théorie des per mes .
L’Académie comprendra, sans doute, qu’en me mettant ainsi à sa disposition et à celle de M. Pasteur, je doive pouvoir compter sur sa bienveillance à elle, et, de la part de mon contradicteur, sur une réciprocité de respect commandée par une égale sincérité de conviction, si ce n’est par une grande inégalité de talent.
M. Pasteur : Contrairement aux assertions que vient de formuler M. Jules Guérin, je crois n’avoir jamais dépassé les inductions légitimes des résultats de mes expériences. Je suis à la disposition de l’Académie et de M. Jules Guérin pour la discussion de telle ou telle de mes études qu’il lui plaira de critiquer. Ce qui me surprend, c’est que M. Jules Guérin ne nous donne pas tout de suite l’explication de ce qu’il a dit dans la dernière séance, savoir, que ma démonstration que le choléra des poules a pour cause un microbe ne l’a pas du tout convaincu. S’il voulait bien s’expliquer en premier lieu sur ce point, je crois que l’Académie lui en saurait gré. J’avoue qu’au moment où j’ai vu M. J. Guérin prendre la parole, je me suis dit : Enfin, je vais savoir ce qu’a voulu dire M. .1. Guérin dans la dernière séance.
M. Jules Guérin : La dernière Communication de M. Pasteur sera néces-
1. Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 8 juin 1880, 2° sér., IX (J. Guérin et Pasteur), p. 542-543.
MALADIES VIRE LENT ES
sairement comprise dans la discussion générale de ses travaux. L’ensemble des travaux de notre collègue formant un tout dont les diverses parties s’enchaînent, chacune d’elles aura sa place et viendra à son tour. Malgré mon désir de donner satisfaction à la préférence qu’il vient d’exprimer, je lui demande la permission de suivre, dans mon examen, l’ordre qui me paraît le plus conforme au but que je me propose ; en un mot, j’entends rester libre pour le choix et l’ordre de mes argumentations.
M. Pasteuk : Cette fin de non-recevoir me paraît suspecte.
VARIOLE El’ VACCINE (»).
M. Jules Guérin : J’ai trouvé, dans le dernier numéro du Bulletin de V Académie, une phrase de la réplique de M. Pasteur que je n’ai pas entendue. Je désire que notre collègue veuille bien me donner quelques explications sur cette phrase; la voici : Celle fin de non-recevoir me parait suspecte. Je désire savoir quelle est cette fin de non-recevoir et en quoi elle est suspecte.
M. Pasteur : Il me sera facile de satisfaire M. Jules Guérin et de lui dire très clairement ce que j’ai entendu exprimer dans la phrase du Bulletin qu’il vient de reproduire.
M. Jules Guérin a entamé une discussion sur la variole et la vaccine. Deux autres membres de celte Académie ont appuyé plus ou moins les observations de M. Jules Guérin. On y a joint des critiques relatives au choléra des poules. Sur ce dernier point, après que j’eus essayé d’éclairer l’Académie, M. Jules Guérin a déclaré n’être pas du tout convaincu par mes explications, sans se donner d’ailleurs la peine d’entrer dans aucun détail qui permît de comprendre pourquoi il n’était pas convaincu. M. Jules Guérin n’a pas davantage motivé les opinions qu’il a présentées sur la variole et la vaccine. Or, voilà que, dans la dernière séance, M. Guérin prend la parole, annonce qu’il me contredira sur tous les points de toutes mes Communications antérieures, et toujours pas un mot sur le sujet du débat actuel par lui provoqué. Je l’invite alors à vouloir bien, tout au moins, puisqu’il vient de prendre la parole, dire à l’Académie ce qui lui paraît défectueux dans ma réponse sur le parasitisme du choléra des poules. M. Guérin
1. Bulletin de l' Académie de médecine , séance du 15 juin 1880, 2e sér., IX (J. Guérin et Pasteur), p. 593-595.
s’y refuse, prétendant qu’il est maître de commencer ses réfutations quand et comment il le' voudra. Je lui laisse entièrement cette liberté et je proteste en outre de tout mon respect pour sa personne; mais je crois avoir eu le droit, de mon côté, de lui faire observer que son silence absolu sur tous les points du débat soulevé par lui, tant sur la variole que sur le choléra des poules, me paraissait être une fin de non-recevoir, une manière de couvrir honorablement sa retraite dans ce débat. Tel a été le sens de ces mots, « fin de non-recevoir suspecte», par lesquels j'ai terminé ma réponse dans la dernière séance. J’ajoute que, lorsqu’on débute dans une discussion, en disant à un collègue, sans se donner la peine de l’établir, qu’il a parlé de choses qu’il ignore, il ne faut pas trop s’étonner d’en recevoir des répliques quelque peu mécontentes.
.M. J. Guérin : Par défér once pour I .Académie, je me dispense de relever toutes les erreurs que M. Pasteur me prête à propos de la discussion sur la variole et la vaccine ; je me borne à déclarer que tout ce qu’il a dit à ce sujet est complètement inexact. Je le remercie d’ailleurs des bonnes intentions qu il vient de m’exprimer. J’espère qu’il les mettra désormais en pratique, et qu il montrera, ainsi qu’il le promet aujourd hui, lors de la discussion qui doit s’engager, non seulement le respect pour la science, mais encore les égards dus au savant.
M. Pasteur : Je déclare, à mon tour, que tout ce qu’a affirmé M. Jules Guérin sur la variole et la vaccine est inexact.
M. Jules ( JuiiniN : C’est ce qu’il faudra démontrer.