‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 164 sur 299 · Pkrroncito. (Notes de l’Édition · texte numérisé non relu

Pkrroncito. (Notes de l’Édition

après la mort, ce sang' est toujours charbonneux, uniquement charbonneux, il ne donne asile à aucun autre élément morbide; on l’inocule, on a le charbon ; mais 20 heures après la mort le sang se modifie, il devient septique et charbonneux, renferme par conséquent les germes de deux maladies bien distinctes. En inoculant ce sang, on donne donc simultanément deux maladies, la septicémie et le charbon ; mais comme la septicémie agit encore d’une façon plus foudroyante que le charbon, l’animal meurt de septicémie.

Toutefois, dans l’expérimentation, on peut arriver facilement à faire prédominer l’un ou l’autre des deux éléments morbides dans le sang.

Si la bactéridie domine, c’est le charbon qu’on inocule, et vice versa quand c’est au contraire la bactérie septique.

A Turin, les expérimentateurs ont pris leur virus dans les conditions déplorables qui suivent : L’animal destiné à fournir la matière virulente meurt le 22 mars au matin et il n’est ouvert que le 23 dans l’après-midi, par conséquent plus de 24 heures après la mort ; il n’y a donc pas lieu de s’étonner si les vaccinés n’ont pas été plus préservés que les témoins.

Cet échec ne doit être attribué par conséquent qu’à une connaissance insuffisante qu’avaient les expérimentateurs des travaux qui ont été publiés sur le charbon. L’expérience a été reprise, cette fois l’écueil de la septicémie a été évité et l’opération a réussi aussi bien sur les moutons que sur les bœufs. Ainsi, vous le voyez, Messieurs, le sang peut devenir promptement septique. Eh bien, relativement à la péripneumonie, ma première pensée a été celle-ci : en inoculant la péripneumonie, n’introduit-on pas parfois dans l’organisme les éléments de la septicémie par suite de l’emploi d’un virus impur ?

Voyons comment on pratique généralement cette inoculation. D’habitude, on fait une incision à la queue, et c’est dans cette incision qu on introduit la sérosité qui s’écoule de l’incision pratiquée dans un poumon malade; ce virus ainsi récolté peut être très souvent impur, à cause des germes qu’il contient. Voilà donc une première cause qui peut déterminer des accidents par suite de l’introduction, dans l’organisme de l’inoculé, de microbes étrangers. Souvent, en outre, la queue qui a subi l’opération de l’inoculation est exposée à se salir. Enfin on peut puiser dans le poumon d’autres éléments d’altération. Il est donc tout naturel qu’on se demande si ce sont les éléments étrangers que je viens de signaler qui provoquent les accidents si souvent consécutifs à 1 inoculation. G est dans cet ordre d idées que j ai commencé une

série d’expériences. Je crois pouvoir vous dire que je suis satisfait des résultats obtenus. Mais les renseignements que je communique aujourd’hui n’ont qu’une signification relative; en effet, mes expériences sont encore trop peu nombreuses pour que je puisse me permettre de tirer dès à présent des conclusions. Je m’y crois d’autant moins autorisé que les accidents ne se font guère sentir dans la pratique que dans la proportion de 4 à. 5 pour 100.

Voici ce que je proposerais à la Commission :

Réunissons de l’argent, que la Commission adresse un appel aux Sociétés agricoles et vétérinaires, et procédons sans retard de la façon suivante :

Dès que votre Commission saura qu’une étable de la région du Nord doit être inoculée, elle interviendra pour qu’on puisse tenter immédiatement l’expérience suivante :

La moitié des bêtes de cette étable sera inoculée par le procédé que je préconise.

L’autre moitié subira l’opération telle qu’elle se pratique habituellement et sera faite par le vétérinaire du propriétaire de l’étable infectée.

Cette expérience peut être répétée sur 10, 15, 20 points différents de la région du Nord. Si l’emploi du virus pur donne chaque fois de très beaux résultats pendant que l’inoculation vulgaire sera au contraire suivie d’accidents, le résultat sera significatif et on pourra dire que la question de l’inoculation est résolue.

Pour avoir du virus pur, je me charge d’en fournir à la Commission autant qu’elle en voudra.

Pour l’instant, une provision de dix mille francs m’est suffisante pour poursuivre les recherches que j’ai commencées à Vincennes. Rien ne s’oppose à ce qu’on procède en même temps à la vérification réclamée par INI. H. Bouley, et qui consiste à inoculer une deuxième fois, dans des régions défendues, des animaux précédemment inoculés à la queue avec du virus pur.

M. H. Bouley : Comment faites-vous pour vous procurer du virus pur;’

M. Pasteur : C’est une opération qui n’a rien de bien difficile. Tous ceux qui s’occupent de péripneumonie savent que le veau n’offre, pour ainsi dire, pas de résistance à la contagion. Pour obtenir ce virus pur, j’inocule un veau de telle façon qu’il doit périr promptement; généralement c’est au fanon que je pratique mon inoculation, et c’est dans l’œdème du poitrail que je puise mon virus pur. Cette sorte de virus

est préférable à celle fournie par un poumon malade; les germes du dehors ne sont pas susceptibles d’envahir aussi facilement l’œdème pectoral que la sérosité pulmonaire. Au début de mes expériences, j’ai puisé mon virus dans un poumon pris à l'abattoir, mais aujourd’hui je ne m’en sers plus ; la méthode par le veau est de beaucoup préférable.

M. Bouley : Ce virus se conserve-t-il ?

M. Pasteur : Oui, je le conserve facilement; je possède du virus pur qui a encore toute son efficacité, quoiqu'il soit en tube depuis plus de six semaines. Au point de vue pratique, voilà déjà une solution satisfaisante.

M. Bouley : Avez-vous essayé d’atténuer ce virus ?

M. P asteur : Oui, je me livre en ce moment à des essais sur l’atténuation du virus de la péripneumonie.

Comme je vous l’ai dit il n’y a qu’un instant, les premiers résultats que j’ai obtenus sont satisfaisants, mais il est indispensable de les généraliser sur un grand nombre d’animaux.

Il est nécessaire que votre Commission ou une Sous-Commission se transporte dans les fermes envahies par la péripneumonie pour y procéder à des inoculations comparatives entre ma méthode et celle à laquelle on a recours usuellement. On pourra en même temps recourir à l’inoculation critère sur quelques sujets.

M. Biot : Si on commençait en inoculant d’emblée le virus pur n importe

où ?

M. Pasteur : Ce procédé a déjà tué deux vaches et en a rendu d’autres très malades.

M. Biot : J, es accidents signalés par M. Pasteur sont-ils, dans ce cas, le résultat de la septicémie ?

M. Pasteur : Non; dans ces cas particuliers, c’est un envahissement de tous les tissus cellulaires par la sérosité virulente, envahissement qui, finalement, se termine par la mort. Le poumon n’est attaqué qu’en dernier lieu par cette infiltration et ne prend pas cette apparence marbrée qu’on constate à l’autopsie d’une péripneumonie contractée à la suite d’une cohabitation avec des sujets malades. La bête, exposée à cet envahissement de son tissu cellulaire, meurt des suites de la

MALADIES VIRULENTES

production trop abondante de sérosité, les muscles eux-mêmes sont malades, ils ont un aspect étrange, analogue à celui des muscles des poules qui meurent du choléra.

M. B iot : Alors le choix exclusif de la queue, comme lieu d élection pour la pratique de l’inoculation, a sa raison d’être.

M. Pasteur : Dans les expériences comparatives auxquelles je me suis livré, l’inoculation immédiate dans les régions défendues a été, pour ainsi dire, constamment une cause de mort; en la pratiquant au contraire à la queue, j’obtenais un succès.

Mais, je le répète, mes expériences sont encore trop peu nombreuses; le crédit dont je dispose est épuisé; des fonds sont encore absolument nécessaires pour que je puisse poursuivre mes recherches.

* ... La demande formulée par M. Verrier (de commencer tout d’abord par inoculer une ou deux vaches avec du virus pur pour les soumettre ensuite à l’inoculation critère) a une utilité incontestable, mais il ne faut pas perdre de vue que notre programme, dans les expériences projetées, doit être subordonné aux ressources dont nous pouvons disposer.

... Pour me livrer à mes premières recherches, j’ai acheté des vaches bretonnes qui me revenaient à un peu moins de 200 francs le sujet. On peut donc, comme le dit M. Rossignol, acheter des animaux sains, mais de minime valeur. Si la Commission réunit assez d’argent, je ne vois aucun inconvénient à ce qu’il soit déféré au désir exprimé par M. Rossignol; mais commençons d’abord par essayer de pratiquer des inoculations comparatives chez un ou plusieurs fermiers. S’il en résulte des accidents, eh bien ! la Commission paiera avec les ressources dont elle dispose.

... En attendant le résultat de la souscription qui va être ouverte, on pourrait commencer avec les ressources que le Ministère pourra mettre à notre disposition.

... Les expériences que nous nous proposons d’entreprendre ont pour but de chercher à dégréver le Trésor, qui nécessairement aura des sommes importantes à payer lorsqu’il s’agira d’appliquer la nouvelle loi sur la police sanitaire. L’inoculation obligatoire, dans certains cas, peut amener la mort; le but que nous poursuivons, c’est d’arriver à diminuer les cas de mort résultant de l’inoculation.

La première expérience que nous nous proposons de tenter, c’est

* Les alinéas précédés de ... répondent à des questions posées par Verrier, Rossignol, Booi.ey et autres ayant pris part à cette réunion. (Note de l’Édition.)

celle de chercher à trouver un procédé qui nous permettra de faire que l’inoculation puisse se pratiquer dorénavant sans danger. Nous pourrions entreprendre ensuite les expériences [en séries] réclamées par M. Bouley... Toutes ces considérations doivent décider le gouvernement à nous venir en aide.

M. Patuvot : ... L’opinion de M. le Directeur de l’agriculture est faite sur la valeur réelle de l’inoculation.

M. Pastel h : Jusqu’à présent, on peut dire qu’il n’existe pas de virus péripneumonique qu’un vétérinaire puisse se targuer d’employer pur. Certainement on ne peut nier l’efficacité de l’inoculation, celle-ci a fait ses preuves; mais, à côté de cette efficacité, il est urgent de chercher un procédé qui permette d’éviter dorénavant les accidents consécutifs à cette opération.

C’est pourquoi l’inoculation pratique n’est pas arrivée à une certitude absolue, quant à la pureté du virus; il est donc utile que le 1 résor, qui va payer deux millions cette année pour la péripneumonie, encourage tous les efforts qui tendent à exempter la pratique des inoculations des accidents qui, assez souvent, en sont la conséquence.

... Oui, cherchons a éviter les accidents. C’est là un grand point. Son importance est capitale.

... J’ai déjà parlé de ces accidents avec l’honorable M. Tisserand.

M. Foucher de Careil : Les dix mille francs réclamés par M. Pasteur doivent etre considérés comme trouvés, d faut donc se mettre immédiatement à l’œuvre.

M. Pasteur : Je vais prier M. Viette, le directeur de la ferme-école de Vincennes, de me procurer des vaches bretonnes, et dès quelles seront installées, on commencera les expériences.

... J’espère réussir, mais je ferai remarquer que je n’ai encore opéré que sur trop peu de vaches pour pouvoir risquer une affirmation catégorique. Je suis satisfait des premiers résultats, mais il faut attendre que l’expérience ait porté sur un grand nombre d’animaux a\anl de conclure. Il ne faut pas oublier que, dans la pratique, on ne perd guère qu’une bête sur cent; il est urgent de répéter l’expérience un grand nombre de fois. Je vous ai dit, au début de la séance, qu’il •‘tait possible que les accidents puissent être attribués aux impuretés contenues dans le virus, mais il est possible aussi que l’expérience nous démontre que c est le virus pur qui occasionne surtout ces accidents.

MALADIES VI K U LENTES

... Nos expériences auront également pour but de vérifier une question très importante. Certains prétendent q^e l’inoculation peut enrayer la maladie des sujets sur lesquels la péripneumonie n’en est qu’a ses débuts. C’est la une affirmation que rien ne justifie; l’inoculation ne peut arrêter la péripneumonie lorsqu’elle est déclarée: la vaccine pratiquée sur un varioleux n’arrête pas la variole. Cette erreur a cours surtout en Belgique. Je suis plutôt de l’avis de M. Bute! qui pense, au contraire, que l’inoculation est le coup de fouet qui fait évoluer plus vite la péripneumonie qui n’était qu’à l’état latent au moment de l’inoculation.

M. Paul Beut : Puisque la Commission doit faire acheter des vaches en Bretagne, j’insiste pour qu’on sc procure quelques bêtes pleines. Nous avons un intérêt manifeste à savoir si 1 inoculation confère l’immunité au fœtus.

NT . Pasteuh : On peut parfaitement procéder à la vérification que réclame M. Paul Bert. Avant de lever la séance, je remercie les Sociétés qui ont spontanément mis à ma disposition près de dix mille francs. Cette somme, je ne la demande pas du jour au lendemain; les Sociétés qui ont souscrit auront donc le temps de réunir leurs souscriptions.

Page 1