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NOIA EAUX FAITS POUR SERVIR A LA CONNAISSANCE

DE LA RAGE

[Aaec la collaboration de MM. Chamberlaxd, Roux et Thuillier] (<

De toutes les maladies, la rage paraît être celle dont l’étude offre le plus de difficultés. L’observation clinique est impuissante : il faut recourir sans cesse à l’expérimentation ; mais la signification de la moindre tentative expérimentale se heurtait naguère encore à des doutes insurmontables.

La salive était la seule matière où l’on eût constaté la présence du \iius rabique (2). Or, la salive inoculée par morsure ou par injection directe dans le tissu cellulaire ne communique pas la rage à coup sûr. En outre, quand la maladie se déclare, ce n’est qu’après une incubation toujours longue, dont la durée est variable et indéterminée.

De ces particularités, il résulte que, si l’on veut porter un jugement sur des expériences d’inoculations dont les résultats sont négatîfs, on craint toujours, soit de ne pas avoir maintenu assez longtemps en observation les sujets inoculés, soit d’être en présence d’expériences avortées. En joignant à ces circonstances certaines difficultés de se procurer à volonté le virus, la répugnance et le danger de manier des chiens rabiques, on comprend aisément que l’étude de la rage soit faite pour déconcerter.

La situation n est plus la même aujourd’hui.

Loisque je résolus, il y a deux ans, de soumettre cette maladie à une étude approfondie, sans me faire illusion sur les difficultés et les longueurs d une telle étude, je compris que le premier problème à îésoudre det ait consister dans la recherche d’une méthode d’inocula-

1. Comptes rendus de l’Académie des sciences, séance du 11 décembre 1882, XGV, p. 1187-1192. — Bulletin de l’Académie de médecine , séance du 12 décembre 1882, 2° série, XI, p. 1440-1445. Cette Communication a été lue à l’Académie de médecine par M. Bouley, qui l'a presentee en ces termes : « C’est au nom de M. Pasteur et de ses collaborateurs que je vais taire a 1 Académie une Communication où se trouvent réunis les premiers résultats des recherches qu’ils poursuivent, depuis assez longtemps déjà, sur la rage. » ( Note de l’Édition.)

(tALTIER (V.). Comptes rendus de l’Académie des sciences, XGII, 1881 p. 303 (Note ' de Pasteur. ) v

lion du mal qui, tout en supprimant sa trop longue incubation, le ferait apparaître avec certitude. Cette méthode, nous l’avons trouvée et, en mon nom et au nom de mes collaborateurs, je l’ai exposée dans une Note, présentée à cette Académie le 30 mai 1881 (*). Elle repose d’une part sur ce fait, que le système nerveux central est le siège principal du virus rabique, qu’on l’y trouve en grande quantité, qu’on peut l’y recueillir à l’état de parfaite pureté; en second lieu, que la matière rabique inoculée pure à la surface du cerveau, à l’aide de la trépanation, donne la rage rapidement et sûrement.

Depuis lors, nous avons trouvé les mêmes avantages, avec des formes de rage un peu différentes, dans une autre méthode d’une application encore plus facile, l’injection intraveineuse du virus.

Les deux grands obstacles h une étude expérimentale de la rage se trouvaient levés désormais.

Quoique les nouvelles recherches que j’ai l’honneur de communiquer aujourd’hui à l’Académie laissent encore beaucoup à désirer, telles qu’elles sont néanmoins, elles suggèrent en foule des vues et des tentatives nouvelles. Et puis, comme le dit Lavoisier, « on ne donnerait jamais rien au public si l’on voulait atteindre le bout de la carrière qui se présente successivement et qui paraît s’étendre à mesure qu’on avance pour la parcourir ».

J’ai pensé que mon exposition gagnerait en clarté et en brièveté, si je me bornais à résumer les conséquences qui se dégagent de notre étude, en réservant les détails des faits pour les joindre ultérieurement, à titre de documents, à la présente Communication.

I. La rage mue et la rage furieuse, plus généralement toutes les formes de rage, procèdent d’un même virus. Nous avons reconnu, en effet, qu’on peut passer expérimentalement de la rage furieuse à la rage mue et, inversement, de la rage mue à la rage furieuse.

II. R ien n’est plus varié que les symptômes rabiques. Chaque cas de rage a, pour ainsi dire, les siens propres, et il y a tout lieu d’admettre que leurs caractères dépendent de la nature des points du système nerveux, encéphale et moelle épinière, où le virus se localise et se cultive.

III. Dans la salive rabique, le virus se trouvant associé à des microbes divers, l’inoculation de cette salive peut donner lieu à trois genres de mort :

La mort par le microbe nouveau que nous avons fait connaître sous le nom de microbe cle la salive ;

1. Voir, p. 573-574 du présent volume : Sur la rage. [Note de l’Édition.)

MALADIES VIRULENTES

La mort par des développements exagérés de pus ;

La mort par la rage.

I\ . Le bulbe rachidien d’une personne morte de rage, comme celui d’un animal quelconque également mort de rage, est toujours virulent.

Y. Le virus rabique se rencontre non seulement dans le bulbe rachidien, mais, en outre, dans tout ou partie de l’encéphale.

On le tiouve également localisé dans la moelle, et souvent dans toutes les parties de la moelle.

La virulence dans la moelle, soit supérieure, soit moyenne, soit lombaire, même tout près du chevelu, ne le cède en rien à la virulence de la matière du bulbe rachidien ou des parties de l’encéphale.

lant que les matières de l’encéphale ou de la moelle ne sont pas envahies par la putréfaction, la virulence y persiste.

Nous avons pu conserver un cerveau rabique avec toute sa virulence, trois semaines durant, à une température voisine de 1.2°.

’N I. Pour développer la rage rapidement et à coup sûr, il faut îecouiii à 1 inoculation a la surface du cerveau, dans la cavité arachnoïdienne, à l’aide de la trépanation. On réalise également la double condition de la suppression d’une longue durée dans l’incubation et de l’apparition certaine du mal par l’inoculation du virus pur dans le système circulatoire sanguin.

Pour la mise en œuvre de ces méthodes, la coopération de M. Roux nous a été aussi active que précieuse. Il a acquis une habileté assez grande pour que les accidents consécutifs aux traumatismes soient une très rare exception.

I ai 1 emploi de ces méthodes, si favorables à l’étude expérimentale de la maladie, la rage se déclare souvent au bout de six, huit et dix jours.

VIL La rage communiquée par injection de la matière rabique dans le système sanguin offre très fréquemment des caractères fort difféîents de ceux de la rage furieuse donnée par morsure ou par trépanation, et il est vraisemblable que beaucoup de cas de rage silencieuse ont dû échapper à l’observation. Dans les cas de rage qu’on pourrait appelei îages médullaires , les paralysies promptes sont nombreuses, la fureur souvent absente, les aboiements rabiques rares; par contre, les démangeaisons sont parfois effroyables.

Les détails de nos expériences portent à croire que dans les inoculations par le système sanguin, telles que nous les avons déterminées, la moelle épinière est la première atteinte, c’est-à-dire que le virus s’y fixe et s’y multiplie tout d’abord.

VIII. L’inoculation, non suivie de mort, de la salive ou du sang de

MALADIES VIRULENTE!. ,(7

rabique, par injection intraveineuse chez le chien, ne préserve pas ultérieurement de la rage et de la mort, à la suite d’une inoculation nouvelle de matière rabique pure, faite par trépanation ou par inoculation intraveineuse (4).

IX. Nous avons rencontré des cas de guérison spontanée de rage après que les premiers symptômes rabiques seuls s’étaient développés, jamais après que les symptômes aigus avaient apparu.

Nous avons rencontré également des cas de disparition des premiers symptômes, avec reprise du mal après un long intervalle de temps (deux mois); dans ces circonstances, les symptômes aigus ont été suivis de mort, comme dans les cas habituels.

X. Dans une de nos expériences, sur trois chiens inoculés en 1881, dont deux avaient pris rapidement la rage et en étaient morts, le troisième, après avoir manifesté les premiers symptômes, s’est guéri.

Ce dernier chien, réinoculé en 1882, à deux reprises, par trépanation, n’a pu devenir enragé.

En conséquence, la rage, quoiqu’elle ait été bénigne dans ses symptômes, n’a pas récidivé.

Voilà un premier pas dans la voie de la découverte de la préservation de la rage.

XI. Nous possédons présentement quatre chiens qui ne peuvent prendre la rage, quels que soient le mode d’inoculation et l’intensité de la virulence de la matière rabique.

Les chiens témoins, inocules en même temps, prennent tous la rage et en meurent.

Ces quatre chiens comprennent le précédent, celui de la proposition X. Comme ce dernier, sont-ils préservés contre la rage par la maladie bénigne guérie, qui aurait échappé à l’observation, ou sont-ils réfractaires naturellement à la rage, si tant est qu’il y ait de tels chiens ? C’est un point que nous examinerons ultérieurement et prochainement.

Je me borne à ajouter que, l’homme ne contractant jamais la rage qu’à la suite d’une morsure par un animal enragé, il suffirait de trouver une méthode propre à s’opposer à la rage du chien pour préserver l’humanité du terrible fléau. Ce but est encore éloigné, mais, en présence des faits qui précèdent, n’est-il pas permis d’espérer que les efforts de la science actuelle l’atteindront un jour ?

1- Les îesultats contiedisent ceux qui ont etc annonces par IVL Galtier, à. ccttG A.cadémie le 1" août 1881, par des expériences faites sur le mouton. [Galtier (V.). Les injections de virus rabique dans le torrent circulatoire ne provoquent pas l’éclosion de la rage et semblent conférer l’immunité. La rage peut être transmise par l’ingestion de matières rabiques. Comptes rendus de l’Académie des sciences, XCIII, 1er août 1881, p. 281-285.]

M A L A D I E S VI R U L E N T E S

C'est à l’obligeance de M. Bourrel, vétérinaire à Paris, bien connu par ses publications sur la rage, que nous avons dû les deux premiers chiens à rage furieuse et à rage mue employés au début de nos expériences (décembre 1880). Depuis lors, la rage a été entretenue sans discontinuité dans mon laboratoire. A diverses reprises, nous avons pu utiliser des chiens morts de rage à l’École d’Alfort, grâce à l’empressement à nous servir de MM. Goubaux, directeur, et Nocard, professeur distingué de cette École. Enfin, tout récemment, M. Rossignol, vétérinaire à Melun, nous a procuré la tête d’une vache, morte enragée chez un fermier de sa clientèle, à la suite des morsures d’un chien enragé.

Il est intéressant de savoir que déjà sont morts de la rage (le dernier, ce matin même) tous les animaux inoculés par trépanation, le 22 novembre dernier, à l’aide du bulbe du cerveau de cette vache, à l’aide du lobe moyen du cervelet, à l’aide du lobe*, sphénoïdal droit, enfin par la matière du lobe frontal gauche, d’où il résulte que toutes les parties de l’encéphale de cette bête avaient cultivé en abondance le virus rabique. Cependant, à l’exception d’une forte congestion du lobe frontal gauche et d’une congestion moindre dans la moelle allongée, toutes les parties du cerveau paraissaient très saines.

Les propositions qui précèdent sont le fruit d’observations recueillies dans des épreuves d’inoculations de rage, au nombre de plus de deux cents, sur des chiens, des lapins, des moutons.

NOUVELLE COMMUNICATION SUR LA RAGE [Avec la collaboratiox de MM. Ciiamberlaxd et Roux] (*).

L’Académie a accueilli avec bienveillance nos premières Communications sur la rage, tout incomplètes qu’elles aient été. Elle a compris que, dans une telle recherche, chacune des étapes vers la connaissance de cette maladie était digne d’encouragement.

Les faits nouveaux que je vais avoir l’honneur de communiquer en mon nom et au nom de mes collaborateurs, et je pourrais ajouter le

1. Comptes rendus de V Académie des sciences, séance du 25 février 1X84, XCVIII, p. 457- 463. — Bulletin de V Académie de médecine , séance du 26 février 1884, 2e sér., XIII, p. 317-344.

nom de Thuillier qui, .avant son départ pour l’Égypte, avait pris part aux expériences, ont tous été obtenus par l’emploi des deux méthodes si précieuses de l’inoculation du virus rabique à la surface du cerveau par la trépanation , ou de 1 injection de ce virus dans le système sang'uin. Le mot de trépanation entraîne avec lui l’idée d’une opération longue et d un succès difficile. Il n’en est rien. Dans des centaines d opérations pratiquées sur des chiens, des lapins, des cobayes, des poules, des singes, des moutons, etc., les insuccès se comptent par quelques unités seulement. Quant à l’habileté d’exécution que ce traumatisme exige, elle est certainement à la portée du plus grand nombre. T n jeune aide du laboratoire a pu être très rapidement mis à même pai M. Roux de pratiquer cette opération, et c’est lui qui présentement lait toutes les trépanations aux divers animaux, sans qu’il arrive jamais d accidents pour ainsi dire. L’opération est si peu longue, que le dernier singe trépané a été chloroformé, opéré et remis de l’étourdissement

produit par le chloroforme dans l’intervalle de vingt minutes. Moins d un quart d heure plus tard, il mangeait une figue. Afin d’abréger cette Lecture, je me bornerai à résumer, sous forme de conclusions, l’ensemble de nos résultats :

1° Dans la Communication que j’ai faite le 11 décembre 1882 (i), j’ai annoncé que 1 inoculation du virus rabique dans le système sanguin ocrait le plus souvent des rages paralytiques avec absence de fureur et d’aboiement rabique. Il était présumable que dans ces conditions le

virus rabique devait se fixer et se multiplier, tout d’abord, dans la moelle. En sacrifiant des chiens au moment des premiers symptômes de paralysie et en étudiant ensuite, comparativement, les virulences de la moelle, principalement au renflement lombaire, et la virulence du bulbe, nous avons reconnu que la moelle pouvait être rabique, alors que le bulbe ne l’était pas encore.

N°us avons démontré antérieurement que, dans les cas de rage, le virus rabique avait son siège dans l’encéphale et dans la moelle (*). Nous l’avons recherché plus récemment dans les nerfs proprement dits et dans les glandes salivaires. Nous avons pu donner la rage par des portions du nerf pneumogastrique, recueillies soit à son origine, à la sortie du crâne, ou en des points plus éloignés. Les nerfs sciatiques nous ont offert également le virus ainsi que les glandes maxillaires, parotides et sublinguales. Tout le système nerveux du centre à la péri-

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