MOTION SUIVANTE
L’importance de la découverte communiquée à l’Académie par M. Pasteur vient de fournir à notre illustre confrère l’occasion de signaler la conduite d un jeune berger dont le nom m’échappe et mérite d’être proclamé.
Celui qui a eu, tout à coup, l’inspiration et le courage, l’adresse et la force de museler le chien enragé, menaçant la vie des assistants épouvantés, a mis 1 animal furieux dans l’impuissance de répandre plus loin la terreur : un tel acte de bravoure attend sa récompense.
1. Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 26 octobre 1885, CI, p. 772.
2, Ibid., p. 773.
MALADIES VIRULENTES
C est pourquoi j ai 1 honneur de prier l’Académie des sciences de recommander à 1 Académie française ce jeune berger, qui, en donnant un si généreux exemple de courage, s’est rendu assurément digne d’un prix de vertu.
M. le Président (*) prend alors la parole [a l’Académie des sciences] et s’exprime comme il suit (”1 2) :
L’Académie vient de manifester par ses applaudissements les sentiments d admiration et de reconnaissance que lui fait éprouver l’annonce de l’accomplissement de la nouvelle œuvre dont M. Pasteur lui a donné communication.
Le Président de l’Académie se fait un devoir de s’associer tout particulièrement, comme vient de le faire M. Vulpian, à l’expression de ces sentiments. Nous avons le droit de dire que la date de la séance qui se tient ici en ce moment restera à jamais mémorable dans l’histoire de la médecine et à jamais glorieuse pour la science française, puisqu’elle est celle d’un des plus grands progrès qui ait jamais été accompli dans l’ordre des choses médicales : le progrès réalisé par la découverte d’un moyen efficace de traitement préventif d’une maladie dont les siècles, dans leur succession depuis le commencement des temps, se sont toujours légué l’incurabilité. A partir d’aujourd’hui, l’humanité est armée d’un moyen de lutter contre la fatalité de la rage et de prévenir ses sévices. Cela, nous le devons à M. Pasteur et nous ne saurions avoir trop d’admiration et de reconnaissance pour des efforts qui ont abouti à un si beau résultat.
Je suis heureux de porter ce témoignage public au nom de l’Académie des sciences dont j’ai l’honneur d’être l’organe.
Cela dit, je demande la permission à M. Pasteur de réclamer de lui un éclaircissement sur un point important de l’application de sa méthode, afin de prévenir quelques objections a priori qu’on pourrait lui opposer. Cette méthode consiste, on vient de le voir, à saturer graduellement l’organisme qu’on veut prémunir avec du virus à énergie croissante. Ce virus reste sans action dangereuse lorsqu’on l’inocule avec cette mesure. Mais a-t-il perdu pour cela ses propriétés actives? Ne se pourrait-il pas qu’inoffensif pour cet organisme, déjà prémuni contre lui, il se montrât actif, voire nuisible pour un autre qui n’aurait pas encore été soumis aux influences susceptibles de le rendre moins propre à la pullulation de l’élément de la virulence rabique? Par exemple, peut-on affirmer, dès maintenant, que les morsures que peut faire, en jouant, un jeune chien soumis au traitement préventif de la rage sont aussi inoffensives, au point de vue de l’inoculation rabique, que celles de ce même animal dans des conditions physiologiques ?
Cette question peut être posée; et sans doute que M. Pasteur, qui sait si bien tout prévoir, quand il institue' des expériences, se l’est posée à luimême et possède actuellement les éléments de sa solution.