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Je portai ainsi à 13 le nombre des inoculations et à 10 le nombre des jours de traitement. Je dirai plus tard <|u’un plus petit nombre d’inoculations eussent été suffisantes. Mais on comprendra que dans te piemier essai je dusse agir avec une circonspection toute particulière.
Par les diverses moelles employées, on inocula par trépanation deux lapins neufs, afin de suivre les états de virulence de ces moelles.
L’observation des lapins permit de constater que les moelles des (>, 7, 8, 9, 10 juillet n’étaient pas virulentes, car elles ne rendirent pas leurs lapins enragés. Les moelles des 11, 12, 14, 15, 16 juillet furent toutes virulentes, et la matière virulente s’y trouvait en proportion de plus en plus forte. La rage se déclara après sept jours d’incubation sur les lapins des 15 et 10 juillet; après huit jours sur ceux du 12 et du 14; après quinze jours sur ceux du 11 juillet.
Dans les derniers jours, j’avais donc inoculé à Joseph Meister le virus rabique le plus virulent, celui du chien renforcé par une foule de passages de lapins à lapins, virus qui donne la rage à ces animaux après sept jours d’incubation, après huit ou dix jours aux chiens. J’étais autorisé dans cette entreprise par ce qui s’était passé pour les cinquante chiens dont j’ai parlé.
Lorsque l’état d’immunité est atteint, on peut sans inconvénient inoculer le virus le plus virulent et en quantité quelconque. 11 m’a toujours paru que cela n’avait d’autre effet que de consolider l’état réfractaire à la rage.
Joseph Meister a donc échappé, non seulement à la rage que ses morsures auraient pu développer, mais à celle que je lui ai inoculée pour contrôle de l’immunité due au traitement, rage plus virulente que celle du chien des rues.
L’inoculation finale très virulente a encore l’avantage de limiter la durée des appréhensions qu’on peut avoir sur les suites des morsures. Si la rage pouvait éclater, elle se déclarerait plus vite par un virus plus virulent que par celui des morsures. Dès le milieu du mois d’août, j’envisageais avec confiance l’avenir de la santé de Joseph Meister. Aujourd’hui encore, après trois mois et trois semaines écoulés depuis 1 accident, cette santé ne laisse rien à désirer.
Quelle interprétation donner à la nouvelle méthode que je viens de faire connaître pour prévenir la rage après morsure? Je n’ai pas 1 intention de traiter aujourd hui cette question d’une manière complète. Je veux me borner à quelques détails préliminaires, propres à faire comprendre le sens des expériences que je poursuis dans le but
de bien fixer les idées sur la meilleure des interprétations possibles.
En se reportant aux méthodes d’atténuation progressive des virus mortels et à la prophylaxie qu’on peut en déduire; étant donnée, d’autre part, l’influence de l’air dans l’atténuation, la première pensée qui s’oiïre à l’esprit pour rendre compte des effets de la méthode, c’est que le séjour des moelles rabiques au contact de l’air sec diminue progressivement l’intensité de la virulence de ces moelles jusqu’à la rendre nulle.
On serait, dès lors, porté à croire que la méthode prophylactique dont il s’agit repose sur l’emploi de virus d’abord sans activité appréciable, faillies ensuite et de plus en plus virulents.
Je montrerai ultérieurement que les faits sont en désaccord avec cette manière de voir. Je prouverai que les retards dans les durées d’incubation de la rage communiquée, jour par jour, à des lapins, ainsi que je l’ai dit tout à l’heure, pour éprouver l’état de virulence de nos moelles desséchées au contact de l’air, sont un effet d’appauvrissement en quantité du virus rabique contenu dans ces moelles et non un effet de son appauvrissement en virulence.
Pourrait-on admettre que l’inoculation d’un virus, de virulence toujours identique à elle-même, serait capable d’amener l’état réfractaire à la rage, en procédant à son emploi par quantités très petites, mais quotidiennement croissantes? C’est une interprétation des faits de la méthode que j’étudie au point de vue expérimental.
On peut donner de la nouvelle méthode une autre interprétation encore, interprétation assurément fort étrange au premier aspect, mais qui mérite toute considération, parce qu’elle est en harmonie avec certains résultats déjà connus que nous offrent les phénomènes de la vie chez quelques êtres inférieurs, et notamment chez divers microbes pathogènes.
Beaucoup de microbes paraissent donner naissance dans leurs cultures à des matières qui ont la propriété de nuire à leur propre développement.
Dès l’année 1880, j’avais institué des recherches afin d’établir que le microbe du choléra des poules devait produire une sorte de poison de ce microbe (4). Je n’ai point réussi à mettre en évidence la présence d’une telle matière; mais je pense aujourd’hui que cette étude doit être reprise — et je n’y manquerai pas pour ce qui me regarde — en opérant en présence du gaz acide carbonique pur.
U T Toir, p. 303-312 du présent volume : Sur le choléra des poules non-récidive de la maladie et de quelques autres de ses caractères.
; étude des conditions de la (A ote de l'Édition.)
Le microbe du rouget du porc se cultive dans des bouillons très divers, mais le poids qui s’en forme est tellement faible et si promptement arrêté dans sa proportion que c’est à peine, quelquefois, si la culture s’en accuse par de faibles ondes soyeuses à l’intérieur du milieu nutritif. On dirait que, tout de suite, prend naissance un produit qui arrête le développement de ce microbe, soit qu’on le cultive au contact de l’air, soit dans le vide.
M. Raulin, mon ancien préparateur, aujourd’hui professeur à la faculté de Lyon, a établi, dans la thèse si remarquable qu’il a soutenue a Paris (*), le 22 mars 1870, que la végétation de l’ aspergillus niger développe une substance qui arrête, en partie, la production de cette moisissure quand le milieu nutritif ne renferme pas de sels de fer.
Se pourrait-il que ce qui constitue le virus rabique soit formé de deux substances distinctes et qu’à côté de celle qui est vivante, capable de pulluler dans le système nerveux, il y en ait une autre, non vivante, ayant la faculté, quand elle est en proportion convenable, d’arrêter le développement de la première? J’examinerai expérimentalement, dans une prochaine Communication, avec toute l’attention qu’elle mérite, cette troisième interprétation de la méthode de prophylaxie de la rao;e.
Je n’ai pas besoin de faire remarquer en terminant que la plus sérieuse des questions à résoudre en ce moment est peut-être celle de l’intervalle à observer entre l’instant des morsures et celui où commence le traitement. Cet intervalle pour Joseph Meister a été de deux jours et demi. Mais il faut s’attendre à ce qu’il soit souvent beaucoup plus long.
Mardi dernier, 20 octobre, avec l’assistance obligeante de MM. Vulpian et Grancher, j’ai dû commencer à traiter un jeune homme de quinze ans, mordu depuis six jours pleins, à chacune des deux mains, dans des conditions exceptionnellement graves.
Je m’empresserai de faire connaître à l’Académie ce qui adviendra de cette nouvelle tentative*.
L’Académie n’entendra peut-être pas sans émotion le récit de l’acte de courage et de présence d’esprit de l’enfant dont j’ai entrepris le traitement mardi dernier. C’est un berger, âgé de quinze ans, du nom de Jean-Baptiste Jupille, de Villers-Farlay (Jura), qui, voyant un chien à allures suspectes, de forte taille, se précipiter sur un groupe de six
1. Raulin (J.). Études chimiques sur la végétation. Pans, 1870, in-8°. (Thèse pour le doctorat ès sciences physiques.)
’ La Communication faite à l’Académie de médecine s’arrête ici. (Notes de l’ Édition.)
MALADIES VIRULENTES
de ses petits camarades, tous plus jeunes que lui, s’est élancé, armé de son fouet, au-devant de l’animal. Le chien saisit Jupille à la main gauche. Jupille alors terrasse le chien, le maintient sous lui, lui ouvre la gueule avec sa main droite pour dégager sa main gauche, non sans recevoir plusieurs morsures nouvelles, puis, avec la lanière de son fouet, il lui lie le museau, et, saisissant l’un de ses sabots, il l’assomme.
Remarques de M. Vulpian [a l’Académie des sciences] a propos de la Communication de M. Pasteur (L.
L’Académie ne s’étonnera pas si, comme membre de la Section de Médecine et de Chirurgie, je demande la parole pour exprimer les sentiments d’admiration que m’inspire la Communication de M. Pasteur. Ces sentiments seront partagés, j’en ai la conviction, par le corps médical tout entier.
La rage, cette maladie terrible, contre laquelle toutes les tentatives thérapeutiques avaient échoué jusqu'ici, a enfin trouvé son remède! M. Pasteur, qui n’a eu, dans cette voie, aucun autre précurseur que lui-même, a été conduit, par une série de recherches poursuivies sans interruption pendant des années, à créer une méthode de traitement à l’aide de laquelle on peut empêcher, à coup sûr, le développement de la rage chez l’homme mordu récemment par un chien enragé. Je dis à coup sur, parce que, d’après ce que j ai vu dans le laboratoire de M. Pasteur, je ne doute pas du succès constant de ce traitement, lorsqu’il sera mis en pratique dans toute sa teneur, peu de jours après la morsure rabique.
Il devient dès à présent nécessaire de se préoccuper de l’organisation d’un service de traitement de la rage par la méthode Pasteur. Il faut que toute personne mordue par un chien enragé puisse bénéficier de cette grande découverte, qui met le sceau à la gloire de notre illustre confrère et qui jettera le plus vif éclat sur notre pays.
M. Larrey (1 2) demande la parole [a l’Académie des sciences] et fait la