‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 212 sur 299 · La lettre du Dr Bujwid ajoute · texte numérisé non relu

La lettre du Dr Bujwid ajoute

« La maladie a été constatée par les vétérinaires ou médecins ou par la mort d'animaux, mordus en même temps que les personnes, dans 42 cas, et par l’inoculation de la moelle des chiens à des lapins, 6 fois. Dans tous les autres cas, presque sans exception, la rage était vraisemblable.

« Quant aux expériences avec les animaux, je ne peux pas accepter les conclusions du Dr Frisch. Dans peu de temps, j’aurai le plaisir de vous remettre mes résultats.

« 4 lapins inoculés préventivement (d’après la méthode première) sont devenus réfractaires contre la rage du chien inoculée à 2 par trépanation et à 2 sous la peau. Un lapin (témoin) trépané, sans avoir subi d’inoculations préventives, a succombé. Cependant, un chien a succombé aussi malgré les inoculations faites d’après la méthode ancienne. »

Je ferai observer que, par ces mots, méthode première ou méthode ancienne, M. Bujwid entend parler de la méthode allant de la moelle de quatorze jours à la moelle de cinq jours. Je doute que cette méthode restreinte soit suffisante, dans tous les cas, pour rendre réfractaires les chiens contre une inoculation de virus de rage des rues par trépanation. Dans mes expériences sur les chiens qui m’ont autorisé à tenter la première vaccination sur Joseph Meister, en juillet 1885, j’ai toujours été jusqu’aux moelles les plus fraîches et à celle du jour même.

MALADIES VIRULENTES

militaire de Moscou, m’informait que, sur 112 mordus qu’il avait traités, il avait eu seulement 2 morts, et que pour chacun de ceux-ci la maladie s’était déclarée avant la fin du traitement. [Le premier insuccès fut celui de] Akoulina IÂourbatova, paysanne du gouvernement de Tambof, mordue au visage le 13 juillet par un chien enragé; le traitement ne fut entrepris que quatorze jours après les morsures ; le vingt-deuxième jour, après une inoculation de moelle de trois jours, on remarqua les premiers symptômes de la rage furieuse. On n’était donc pas encore arrivé, dans la première série des inoculations, à la moelle de deux jours.

Le deuxième insuccès fut celui de Gorbounof, paysan du gouvernement de Perm, qui avait été mordu au visage par un loup, le 5 août. Le traitement fut commencé le 13 août, par deux inoculations par jour. On ne put atteindre qu’à la moelle de quatre jours parce que, dès le quinzième jour déjà depuis les morsures, les symptômes de l’hydrophobie apparurent. « Dans tous les autres cas de morsures au visage, dit M. Petermann, même les plus graves, le traitement a pu être suivi jusqu’à la fin et les malades se portent bien. Je crois qu’en abrégeant la durée du traitement au moyen d’inoculations faites trois fois par jour, on pourrait guérir, même ces cas incurables, à courte période d’incubation. » Les 112 mordus traités par M. Petermann se décomposent ainsi ;

18 mordus par des loups enragés,

5 mordus par des chevaux enragés,

1 mordu par un cochon enragé,

88 mordus par des chiens enragés.

Et par ordre chronologique :

29 en juillet,

53 en août,

30 en septembre.

Les adversaires de la méthode ont fait un grand bruit des insuccès du Dr Gamaleïa, à Odessa, qui, dans une série de 101 traités, avait eu 7 échecs avec des durées d’incubation du mal variant de trente-cinq à quatre-vingt-dix jours. Ce résultat paraissait, en effet, d’autant plus fâcheux qu’il offrait un contraste avec la statistique de ma Note du 2 novembre dernier, constatant seulement 10 insuccès du traitement pour 1.700 mordus traités (*).

D’où pouvait venir cet écart dans les résultats au laboratoire d’Odessa et au laboratoire de Paris ? Il s’explique par la différence de

1. Voir, p. 627-635 du présent volume : Nouvelle Communication sur la rage. ( Note de l'Édition .)

la gravité habituelle plus grande des morsures chez les sujets que le D1' Gamaleïa a eu à traiter. Il s’explique, en outre, parce que, pour cette série de 101 mordus, le traitement a été simple et fait par des moelles de quatorze à cinq jours.

Les renseignements qui suivent vont nous édifier complètement à ce sujet.

Je m’empressai de prévenir le Dr Gamaleïa de la nécessité de pousser plus avant le traitement, particulièrement lorsque la gravité des morsures paraîtrait l’exiger. Or, dans les deux dernières lettres que j’ai reçues de lui, je lis ces détails que je reproduis intégralement. La première lettre porte la date du 28 novembre dernier ; la seconde, celle du 16 décembre :

« La question du traitement de la rage me paraît pleinement résolue par les séries intensives et répétées. Chez nous, à Odessa, elles ont donné des résultats excellents. Pour les cas graves, ceux qui concernent les enfants mordus à la tête, j’ai fait, depuis le 27 juillet, deux séries complètes des moelles de quatorze à deux jours. En un mois, c’est-àdire jusqu’au 27 août, je n’ai pas eu moins de 17 cas de ce genre et pas un seul de ces enfants n’est mort. Il y a cependant déjà cent six jours écoulés pour le plus récent et cent cinquante jours pour le plus ancien. Depuis le 27 août, j’ai employé, pour tout le monde, une série de moelles de quatorze à deux jours, avec reprise d’une autre de dix à deux jours et, pour les cas graves, j’ai ajouté une troisième série. Tous ces nouveaux mordus, vont également très bien.

« Enfin, j’ai, d’autre part, 12 cas de terribles morsures, traités par la méthode des inoculations en un seul jour, avec répétition le surlendemain, suivie d’une ou deux séries d’inoculations moins rapides (! .

1. J'avais eu à constater sur les nombreux Russes mordus, qui vinrent réclamer à Paris les inoculations préventives de la rage, jusqu’à quel point, dans certaines circonstances, en Russie, les blessures par les loups et même quelquefois par les chiens pouvaient être comme désespérées et à courte incubation. J'avais donc écrit au Dr Gamaleïa qu’il pourrait, à la rigueur, essayer de donner toutes les inoculations en vingt-quatre heures. Voici les faits qui m’avaient autorisé à lui suggérer ce conseil :

Les 10, 12, 14, 20 août 1886, on a procédé, à chacune de ces dates, à la vaccination en vingtquatre heures de deux chiens neufs, de la manière suivante :

Le 10 août, à 8 heures du matin, inoculation sous la peau de l'abdomen d’une seringue de moelle délayée en bouillon stérilisé, moelle de 14 jours.

Le 10 août, à 10 heures du matin, une seringue, moelle de 12 jours.

Le 10 août, à 12 heures du matin, une seringue, moelle de 10 jours.

Le 10 août, à 2 heures du soir, une seringue, moelle de 8 jours.

Le 10 août, à 4 heures du soir, une seringue, moelle de 6 jours.

Le 10 août, à 6 heures du soir, une seringue, moelle de 4 jours.

Le 11 août, à 8 heures du matin, une seringue, moelle de 2 jours.

Le 11 août, à 10 heures du matin, une seringue, moelle de 0 jour.

Le 12 août, même épreuve sur deux autres chiens neufs, dans les mêmes conditions, c'est-

MALADIES VIRULENTES

« Pour ces 12, j’ai reçu la nouvelle de deux morts : une femme, mordue à la tête par un chat enragé et arrivée au traitement quinze jours après l’accident ; et un enfant mordu très grièvement au visage : morsures profondes à la racine du nez, à la joue, à la lèvre (en tout

à-clire, par les inoculations de moelles de quatorze à zéro jours, de deux heures en deux heures, à 8 heures du matin, 10 heures, 12 heures, 2 heures, 4 heures, 6 heures, et, le 13 août, à 8 heures et à 10 heures du matin, par les moelles de deux et de zéro jours.

Le 14 août, même essai sur deux autres chiens neufs par des moelles de quatorze à zéro jours, de deux heures en deux heures, excepté les deux dernières, données le 15 dans la matinée.

Le 20 août, enfin, même essai sur deux autres chiens neufs dans des conditions pareilles, et terminé le 21, dans la matinée.

Voilà donc quatre séries de deux chiens qui, tous huit, ont reçu la série des moelles de quatorze à zéro jours en dix-huit heures seulement.

Ces huit chiens ont été ensuite éprouvés par leur état réfractaire; les deux premiers, dès le 12 août, trente heures seulement après leur dernière inoculation ; ceux du 12, du 14, du 20 août l’ont été le 25 août, après treize, onze, cinq jours. L’épreuve, du reste, fut faite pour tous en inoculant à ces chiens, par la trépanation, du virus de chien à rage de rues.

De ces 8 chiens, 4 seulement ont succombé à la rage : un de la série du 12 août par la rage furieuse et mordeuse, les autres sont morts également de la rage. Un [est mort] de la série du 10 août, un de la série du 12, les deux de la série du 14, aucun de la série du 20 août.

Je dois dire que le second des deux chiens du 10 août a été très faible du train de derrière les 28 et 29 août, mais qu’il s’est guéri de cette paralysie commençante et que, dès le 6 septembre, il mangeait très bien. Son camarade du 10 août a été très agité et faible du train de derrière, ni mordeur, ni aboyeur, dès le 26 août. Il est mort entièrement paralysé le 30 août.

Il est vraisemblable qu’une seconde vaccination, une troisième, peut-être, auraient rendu réfractaires les 8 chiens. Quoi qu’il en soit, ce succès relatif de 4 chiens sur 8 rendus réfractaires à la rage par une vaccination de dix-huit heures seulement démontre toute l'efficacité possible de la méthode, malgré la rapidité de son application.

Une autre preuve que la vaccination peut déterminer l’état réfractaire à la rage sur les chiens en un temps court nous est donnée encore par un second genre d’expériences où l’on change l’ordre des opérations, c’est-à-dire en inoculant par trépanation avant de vacciner.

Le 8 septembre 1886, on a inoculé par trépanation 4 chiens neufs par le bulbe d’un chien mort de rage, issu directement d’un chien à rage des rues.

Le 9 septembre, on les inocule sous la peau par une seringue des moelles de quatorze, douze, dix, huit, six, quatre, deux jours, et le 10 septembre à 8 heures et à 10 heures du matin par les moelles de deux et zéro jours.

Deux de ces chiens ont été pris de rage le quatorzième et le vingt-neuvième jour après leur trépanation, le second, au moins, partiellement vacciné. Les deux autres se sont montrés parfaitement réfractaires.

Pour le dire en passant, il serait difficile de trouver des preuves plus convaincantes que les faits relatifs aux 12 chiens dont nous venons de parler pour établir la possibilité de rendre réfractaire à la rage l’organisme du chien et par extension celui dé l’homme, lorsqu’on sait avec quelle constance on donne la rage aux animaux par l’inoculation à la surface du cerveau d'une quantité minime de virus rabique par trépanation.

Le Dr Gamaleïa m’informe, au moment même où j’écris ces lignes, des résultats d’une série d’expériences faites à l’Institut bactériologique d’Odessa, ne . comprenant pas moins de 15 chiens, trépanés et inoculés par virus de rage des rues, vaccinés d’emblée dès le lendemain en vingt-quatre heures, avec reprise de la vaccination le surlendemain ; lü de ces chiens ont été ainsi rendus réfractaires à la rage. C’est une proportion de 66 pour 100. Ces épreuves avaient eu pour but de contrôler les assertions du Dr Frisch [Voir la Lettre qui suit] qui a eu le tort, peut-être, d’expérimenter sur des lapins. Quoique les lapins puissent être rendus réfractaires à la rage, il y a beaucoup plus d’utilité à opérer sur les chiens.

Il n’y a pas de morsures qui, sous le rapport de leur gravité, puissent être comparées à une inoculation par la trépanation.

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25 morsures sur parties nues), pour qui j'ai commis la faute de ne pas prolonger son traitement au delà de quatre semaines après les morsures.

« Les cas de très graves morsures ne manquent jamais chez nous. Par exemple, j’ai maintenant en traitement une jeune fille de seize ans et un homme, mordus dans la ville de Maïkop (Caucase), à la tête et au visage par un loup enragé, et arrivés seulement vingt-huit jours après les morsures. C’est le quatrième jour qu’ils sont à Odessa, et à chaque instant je tremble pour leur vie.

« Voici ma statistique complète depuis le 23 juin au 13 décembre : en tout 325 mordus traités.

« 101 traités par 10 inoculations (moelle de 14-5 jours) — 7 morts.

« 35 traités par il inoculations (m. de 14-4 jours) — 1 mort (pour les plus récents de cette série, quatre mois sont déjà écoulés).

« 140 traités par deux séries (m. de 14-2 jours et m. de 10-2 jours). — Pas de morts et les plus anciens ont déjà quatre mois d’inoculations et les tout derniers un mois.

« En outre, 49 cas très graves, se divisant en deux catégories : 10 traités d’une manière incomplète quoique par deux séries, mais s’arrêtant à la moelle de 5 jours, et la seconde à celle de 4 ou à celle de 3, ou à celle de 2 jours — 2 morts.

« 39 traités par deux ou trois séries complètes jusqu’à moelle de 2 jours et 1 jour — 2 morts (*).

« Nos lapins sont beaucoup plus petits que ceux de Paris et par suite les moelles sont plus tôt sèches ; mais nos expériences ont montré que c’est surtout la température qui est la cause de la faible virulence de nos moelles desséchées.

« A 23° C., les moelles de 6 et 5 jours ne sont plus virulentes poulies lapins inoculés par trépanation. Les moelles de 4 jours donnent la maladie en 14 à 15 jours. Elles la donnent en 10 jours à 20°-21°, et celles de 5 et 6 jours en 14-15 jours.

« Il est important d’ajouter que- chez mes malades la cautérisation (quand il y en a eu une) a toujours été faite par le nitrate d’argent dont l’inefficacité est hors de doute.

« Enfin on n’a jamais admis au traitement des personnes mordues chez lesquelles il n’y avait pas eu de plaies directement faites par les dents de l’animal enragé. »

1. C’est donc 12 morts sur 323 traités, moins de 4 pour 100, dans un pays où les morsures par animaux enragés sont très souvent mortelles, et en comprenant une série qui a été défectueuse et ne se reproduira plus, celle des 7 insuccès sur 101 cas.

M. le Dr Gamaleïa fait observer que « tous les faits relatifs à sa statistique prouvent d’une manière indubitable la valeur de la méthode : les résultats sont à l’abri de toute objection parce qu’ils ne varient qu'avec le mode d’application de cette méthode ».

Le D1' \ estea, de l’Institut antirabique du professeur Gantani, à Naples, m’écrit, à la date du 20 décembre, que depuis le 22 septembre à ce jour 48 mordus ont été traités et que tous vont bien. Parmi ces personnes, 3 ne sont arrivées que 50 jours après leur accident et après qu’elles eurent appris la mort d’une quatrième personne mordue en même temps qu’elles et par le même animal. Elles ont subi des traitements répétés; Tune avait été mordue à la tête.

Dans une lettre de la fin de décembre, le professeur Cantani s’exprime ainsi : « Jusqu’ici tout va à merveille. De 28 cas qui ont terminé le traitement, il ont passé deux mois. Onze fois le chien qui a mordu a été reconnu enragé par inoculation de son virus par trépanation à des lapins. »

Le D1' Ullmann, qui dirige l’Institut antirabique de Vienne, en Autriche, a déjà traité 96 mordus, sans aucun insuccès.

Le Dr Parschensky, chef du laboratoire antirabique de Samara (Russie), m’écrit :

« La station de Samara a été ouverte le 2 juillet dernier. Depuis ce jour au 1er novembre, nous avons traité 47 personnes :

36 mordus par des chiens enragés.

4 — loups

3 — chats

2 — chevaux —

2 — vaches —

« De ces 47 mordus traités, un seul a succombé, mordu au nez par un chien enragé. La maladie se déclara le vingt-troisième jour après sa morsure, pendant la seconde série des vaccinations. Le traitement avait commencé le neuvième jour : on faisait deux inoculations par jour. D’après des informations récentes, il serait mort encore un garçon qui avait été mordu à la tête par un chien enragé. Le cuir chevelu avait été enlevé sur une surface égale à la paume de la main. Cependant la cause de la mort de ce garçon n’est pas encore démontrée ; le patient est épileptique et ses parents attribuent sa mort à un accès de cette maladie.

« Tous les autres sujets soumis au traitement prophylactique se trouvent jusqu’ici en bonne santé. Quant au temps écoulé depuis qu’ils ont été mordus par des animaux enragés, ils se groupent de la manière

suivante :

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