‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 211 sur 299 · LETTRE SUR LA RAGE · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LA RAGE

Bordighcra, le 27 décembre 1886.

Mon cher Duclaux,

Bien souvent, dans les causeries du laboratoire, nous avons regretté de ne pas avoir à notre disposition un recueil d’une publicité plus intime et moins solennelle que celle des Comptes rendus de V Académie des sciences. Nous avons, soit laissé dans l’ombre des faits et des observations qui méritaient de voir le jour, soit négligé de répondre à des critiques faciles à relever. L’intérêt de la recherche dans un laboratoire est parfois si changeant, on peut être si facilement entraîné d’une direction dans une autre, qu’on est exposé à délaisser des études utiles et déjà prêtes à être publiées. Faits épars, séries d’expériences se trouvent sacrifiés à l’entraînement de nouvelles idées. J’en citerais de nombreux exemples dans les travaux de mon laboratoire, si je voulais m’arrêter à les évoquer. J’y rencontrerais sans doute des lacunes, des expériences à contrôler, des preuves nouvelles à produire ; mais c’est encore un bienfait de ces publications spéciales, que d’obliger à ne pas laisser dans 1 oubli certaines observations, sous le mauvais prétexte qu elles ont besoin d’être complétées.

^ ous m’apprenez, mon cher Duclaux, que vous avez résolu d’inaugurer un recueil mensuel sous ce titre : Annales de l’Institut Pasteur. Le service que vous rendrez sera apprécié des jeunes savants, de plus en plus nombreux, qu’attirent les études microbiologiques. Les travaux du laboratoire auront, dans vos Annales , une place naturelle, et ceux que vous accueillerez venant d’ailleurs seront pour nous tous un motif d’émulation.

A ous voulez bien me demander quelques notes inédites sur la rage. Je vous les adresse en vous faisant observer que la question de l’immunité, dont je parle en dernier lieu, exigerait de ma part de nouvelles expériences; depuis un an j’ai été arrêté par les exigences de

1. Annales de l Institut Pasteur, I, n° 1, janvier 1887, p. 1-18.

notre établissement vaccinal de la rage, et actuellement ma santé m’empêche de reprendre ces études. Mais les idées qui leur servent d’appui solliciteront peut-être quelques travailleurs à aller plus loin.

Pour tout esprit non prévenu, la facilité avec laquelle on peut rendre les chiens réfractaires à la rage, avant ou après morsure, par la méthode de prophylaxie exposée dans ma Note à l’Académie des sciences du 26 mars 1885 (*), les statistiques que j'ai présentées à cette même Académie, le 1er novembre 1886 (2) et le 2 novembre suivant (1 2 3) démontrent, sans contestation possible, l’efficacité de cette méthode. Dans les Instituts antirabiques de l’étranger, les résultats ne sont pas moins probants. Les insuccès y sont en très petit nombre, et plusieurs même n’ont pas, jusqu’à présent, un seul cas de mort à déplorer. Le Dr Bujwid, à Varsovie, à la date du 22 novembre, m’écrivait qu’il avait déjà soigné 84 mordus et que tous allaient bien (4). Le laboratoire antirabique du prince Alexandre d’Oldenbourg, à Saint- Pétersbourg, avait déjà traité 118 personnes le 8 novembre. Le traitement n’avait été inefficace que pour un vieillard de soixante-dix ans, portant de graves morsures aux deux mains ; la durée d’incubation du mal pour ce malade fut de vingt jours seulement, ce qui devait ajouter à la difficulté du succès de la méthode.

A la date du 26 octobre dernier, le Dr Petermann, de l’hôpital

1. Voir , p. 603-612 du présent volume : Méthode pour prévenir la rage après morsure.

2. Voir, p. 612-622 du présent volume : Résultats de l’application de la méthode pour pré venir la rage après morsure.

3. Voir, p. 627-635 du présent volume : Nouvelle Communication sur la rage. {Notes de l'Édition.)

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