‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 215 sur 299 · L. Pasteur · texte numérisé non relu

L. Pasteur

Post-scriptum. — Il rne paraît utile d’ajouter en post-scriptum les lignes suivantes extraites d’une note très intéressante que m’a remise récemment à Paris M. Helmann, le directeur actuel du laboratoire antirabiqne fondé à Saint-Pétersbourg par le zèle éclairé du prince Alexandre d’Oldenbourg.

« Grâce à l’initiative de S. A. I. le prince d’Oldenbourg, dit M. Helmann, les travaux sur la rage ont commencé au mois de novembre 1885, avec du virus recueilli sur un chien enragé qui avait mordu un officier envoyé à M. Pasteur pour subir, à Paris, les inoculations préventives. J’ai inoculé des lapins, au nombre de trois. Deux ont pris la rage furieuse, et, en passant de ces lapins à d’autres, la rage furieuse a continué de se produire. Il était impossible d’obtenir une rage paralytique, soit qu’on inoculât par trépanation, soit qu’on inoculât par injections souscutanées et qu’on prît peu ou beaucoup de virus ; quels que fussent également la race ou le sexe des lapins, enfin soit que le virus fût pris dans le bulbe ou dans la moelle épinière.

« A partir du 12e passage, il se trouvait de temps à autre un lapin qui prenait la forme paralytique. Dès le 20e passage la moitié des lapins environ prit la rage paralytique. D’un lapin à rage paralytique on ne put en obtenir un qui prît la rage furieuse. A l’heure actuelle je suis arrivé au 25e passage; la durée d incubation varie de 8 à 11 jours, selon la quantité de virus inoculée. J’ai eu, par exception, une durée d’incubation très longue. Un lapin inoculé par trépanation, le 21 février, prit la rage furieuse le 7 juin (4) ; un autre, inoculé le 3 mars, par injections souscutanées, tomba malade le IG septembre... »

1. Si l’inoculation par la trépanation a eu cette durée d’incubation de trois mois et demi, ce doit être par le fait d’une très petite quantité de virus déposée à la surface du cerveau.

La description suivante île la rage furieuse est d’une grande vérité, et s applique, en général, même à nos variétés de lapins :

« Les symptômes de la rage furieuse, dit M. Helmann, sont assez caractéristiques : au commencement le lapin se cache, puis ses oreilles commencent à trembler; bientôt après, il se met à gratter le sol de ses pattes de devant; il s élance en tous sens avec une telle force qu’il se blesse souvent le nez et /le front. Après cette période d excitation, fl se produit une réaction pendant laquelle il reste comme immobile. Si on l’excite, il fait quelques bonds, mais retombe dans sa torpeur et cela le plus souvent vers la fin de la maladie. Au moment de la plus grande excitation, certains lapins poussent des cris. Quand, avant la mort, il se produit un état paralytique, cet état ne dure que quelques heures...

« Des lapins inoculés au mois de mars par trépanation, avec des virus séchés a 35° pendant vingt-quatre heures, sont jusqu’à présent très bien portants. Le virus a 35° perd toute virulence en vingt-quatre heures.

« J ai inoculé en mars 4 chiens avec du virus séché à 35°. Au mois de juin, je les ai réinoculés avec du virus séché à 23°. Ils ont reçu alors des moelles de 10, d, 8, 7, G, o, 4, 3, 2, 1 jours. Le 31 juillet j’ai inoculé 2 de ces chiens par trépanation avec du virus frais de rage des rues. Les 4 chiens sont jusqu’à présent en parfaite santé. Je les considère comme réfractaires.

« En juin 1886, S. A. I. le prince Alexandre d’Oldenbourg a rapporté de chez M. Pasteur deux lapins provenant des 116e et 117e passages. Nous avons commencé immédiatement nos travaux avec le virus de ces lapins.

« Le 13 juillet 1886, en présence de MM. Perdrix et Loir, les inoculations préventives sur les hommes ont commencé, et jusqu’au 8 novembre 118 personnes ont été inoculées après morsures. Une seule, un vieillard de plus de soixante-dix ans, qui avait de nombreuses et profondes blessures aux deux mains, est mort après avoir subi un traitement ordinaire jusqu’à la moelle de trois jours. La durée d incubation a été très courte : vingt jours seulement.

« Sur ces 118 personnes, 113 ont été mordues par des chiens et 5 par des chats...

« Afin de contrôler si les chiens qui ont mordu ces personnes étaient réellement enragés, on a inoculé des lapins et des cobayes. Sur 45 chiens et 5 chats, amenés au laboratoire, les uns vivants, les autres tués, 43 chiens et 2 chats ont étéreconnus enragés par inoculation de leurs virus à des lapins et à des cobayes à 1 aide de la trépanation. »

LA RAGE

Letthe a propos d’une brochure de M. von Frisch (*).

Monsieur le Président,

Paris, le 29 mai 1887.

Je vous serais fort obligé de me permettre de déposer sur le bureau de votre savante Compagnie la réfutation ci-jointe de la brochure récente de M. le Dr von Frisch sur la rage.

ioïrr6 J®?”; ^ 16 ï ^ fT?aiS a étê pubUé par la Trib™e médicale, XVIII, 1887, p. 292-29o, lut adressée a M. le Président de la Société royale et impériale des médecins, à

MALADIES VIRULENTES

Le Dr von Frisch, envoyé par la Polyclinique de Vienne, vint à Paris, en 1886, suivre dans mon laboratoire la méthode de la prophylaxie de la rage. Au moment de son départ pour l’Autriche, je lui fis remettre des lapins inoculés qui devaient lui fournir la matière première de ses recherches. Celles-ci eurent pour objet le contrôle des faits servant de base à la méthode de prophylaxie de la rage.

Les premiers résultats (septembre 1886) furent très défavorables à cette méthode. Une seconde publication fut faite parM. von Frisch, le 60 décembre, sous forme de seize propositions qui condamnaient également, sans réserve, les principes de la méthode. A la même époque, les professeurs de Renzi et Amoroso, de Naples, et M. Abreu, de Lisbonne, firent paraître, de leur côté, des expériences non moins contraires à cette méthode que celles du professeur von Frisch.

Je ne parlerai pas ici des expériences de MM. de Renzi, Amoroso et Abreu. La critique en a été faite dans les Annales de l'Institut Pasteur , numéro du 25 mars dernier, par le Dr Gamaleïa, sous-directeur du Laboratoire antirabique d’Odessa, qui en a montré toute l’incorrection (1).

Les publications de M. von Frisch semblèrent tout d’abord mériter un examen beaucoup plus attentif. La forme brève et absolue qu’il donna à ses conclusions, sans y joindre des détails d’expériences, sans qu on pût apprécier les motifs des assertions de l’auteur, tout pouvait paraître décisif à un lecteur mal préparé. C’est seulement dans les premiers jours du mois de mai que le professeur von Frisch livra au public l’ensemble de son travail dans une brochure de 150 pages environ.

A peine avait-elle paru que le célèbre chirurgien Billroth en fit l’éloge dans un article inséré au numéro du 12 mai de la Nouvelle Presse libre (. Neue freie Presse ) de Vienne. C’était, disait-il, « un important travail qui ajoutait un nouveau prestige à l’école de Vienne. »

Dans ce même article, M. Billroth, après avoir fait un très gracieux éloge de mes travaux d’autrefois, déclare que sur le terrain médical vétérinaire, par la vaccination charbonneuse, et sur le terrain médical proprement dit, par la vaccination rabique, je me suis complètement

Vienne (Autriche), et parut, en allemand, dans Y Anzeiger der K. K. Gesellscliaft der Aerzte ni TT ien, 1887, p. 137-152, sous le titre : « Zur Frage der Schutzimpfungen gegen die J I undswutb ». Elle constitue une réfutation des assertions contenues dans la brochure de M. von Frisch : « Die Behandlung der Wuthkrankheit ». Wien, 1887.

1. Gamaleïa (N.). Discussion au sujet de quelques travaux relatifs à la vaccination antirabique des animaux. — Discussion de quelques travaux récents relatifs à la vaccination antirabique des animaux. Annales de l’Institut Pasteur , I, 1887, p. 127-133 et p. 296-300. [Notes de l’Édition.)

trompé. Il emploie même l’expression vulgaire de fiasco. Au sujet de la vaccination charbonneuse, M. Billroth n’a fait que répéter ce qui avait été dit jadis par l’école de Berlin, dont il invoque le témoignage sans paraître se douter que ces critiques déjà lointaines ont été réfutées par les faits et que l’école de Berlin a changé d’opinion.

Il suffit de se reporter aux tableaux des cinq dernières années :

I ableaux donnant le mouvement des vaccinations pour la France, dans les cinq dernières années :

Page 1