‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 219 sur 299 · AI A L A 1)1 ES V I R IJ L E N T E S · texte numérisé non relu

AI A L A 1)1 ES V I R IJ L E N T E S

tu h w X , y..* . . » £ } 0t; r, y , fi : f\ X J ■ \

tif** variole. Aussi, je ne. crois pasVpuWait de motifs sérieux de considérer ces deux dernières maladie, . . e distinctes l'une de l’autre.

OUI Cire éclairé sur. lu commune origine de ces affections, ce West . pas I", ou deux passages du virus varioleux liumain a la vache, comme

“ ’■ -"'"""ssidr. de Lvm, .'h ,|„i pourraient suffire a

. accuser une poss.lnlcte de .transformation de la variàle en cow-pox. Il

. "" de» conta, ors de passages parla vache, pour obtenir

,,n l’,:°.l,re ? se l'"llM'rver ensuite devras a bras avec des •

càr^ere? s|)éçifiquësvsi. tautestque la chose «oit po&'ible par ce nidyen

t fa'^ ol)^rVm-’ Vautre pari, ,,üe l'état initial d’un virus,

11 ",'|ai1 1),,SMn' ;l I ’ b i s i e ii rs reprises par une autre espèce* que celle d0U f l,eüt ( ,,nscrv«‘‘> pendant de nombreux passais sue-

eessifs les particularités -de sa; nature propre. Je- m'explique i DanS les ;novu)atp, ps préventives de l’homme, nous nbus‘ servons encore de sen" <k's fai |n^agefe^6ÿ^-ja«lis pour Meister. Dans b,

'Î'W; '»m quelconque, eet,e sene fût perdue, ou dût '

I? ;f W <,n '' ili^lepuis bien longtemps une

!,Uln: *Vif l,u?*8br«* de lapin a lapin. (),' ,1 n’y a pa, parallé-

ism, c:„n. cotte llouvclic serin et»l« de Meisler,' ,, . . . constate t

le fa,t de l’^ugnVet, talion de L virulence

par les passages, c^ruieuee mesurée par la diminution progressive .le b» duree de I ineufîktion de la ragé *hèz les îàpiifs.

Dans une autre ci reonslance, dans une série de passages de lapin ■< apm, Dont de début provenait d’un singe, .virus qnD lu£

r-'-V ■ .'-oin j-.otttutit u un sHige, .Virus (mu, Iui-

nieuiysproNmiyti^ trun chien des rues, l 'accroissement de 4 v irulence pin- 1 augmentation Æ nombre des.nassmres JL

i t • e - ■, . c.vwocotrttjCTn fie ta v irulence

du nombre des passages a été des plus lents, si bien i;!1",* f.'" '■ •"•'"'T* conduire ce virus a sa li.vile. par la crnoilc d'avoir

<;r un trop, grand n .mibré d’années i 2 i

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paris; io 8 nvùjrs.iJSSâ

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U ' T JdM'iei lm- ,,,m stetislitm«s avec ffes.nulU explicatii/,.s* £

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ŒUVRES DE PASTEUR i ■

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OBSERVATIONS AU SUJET D’ÜNE NOTE DE M. N. Ô$M&feïïP (*]

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Dans ces « Observations ». reproduites p. oiS-ooO du présent volume;

4 . i- '.Ha—'.:. t~:i .. 1 1 .. i a:>a v ’ iJw. .A&tk. i ‘sS

Pasteur parle d’expériences faites en collaboration avec M. Eugène Vîala, propos du vaccin chimique de la rage-. dè l’lùiiit< >n .

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-'[PRÉSENTATION; Ail NOM DR 3- IV {. BQM PÉDRÔ, fi l N E COI ŒIIÇTION DE PHOTOGRAPHIES ET D’UNE NOTE RELATIVE A LA ^T^TISTIQtiE DU. TRAITEMENT DE RI? ÉSIR} (*J

r; X t#*'*-* 'i 1 V-'T^t è; rn.. à A-l

Je stus chargé paUSl.IVI. l'Empereur du Brésil de; depôsqj- sur lef bureau de l’Académie. uné suite dté'll photographies, dïntt^' tr|f belle.' Exécution, - représentant rétablissement- antirabique que^PÉin jiereur a

fait construire a Rio dg Janeiro, ;sous le nom "d* Institut Patteii/v

tions, du cheniljvde la?t|‘aphié^éî; de l’habita li^ÜAC

jfropicalésè fei*|ï| '%iVie^hé,iàù'Conj)' délavants d'Europe. •/[

1- oTout ceci té‘m^ign^yn'fe'foisi;de'''jol'ns, d.e'da^ protection e< lairée : Sa Majesté accdrd-e a- lav.Seience ei à..|eHgSfppl*ëàtioji s . /■ %

J’ai I honneUr de. présente^ é|-al^jyeriU de da part dV(S;‘. .VR )lon|/ •' Ped.ro, la stàtisÇique du pra:»teiuent de' la Âag&s:dans l’é l a br^s'étiî c^t ^büP

} Institut, de Rio, Ri» seulement C(ût et»' retenues, au traitement, parueque toutes les autres, pour des Taisons d i verses, in da m ménl .pais c ' U’ les çhieiis mprdeuiV' n’étaient: pas em-a.gés, n’oiU pas eu a subir les inoculations préventives.

*Sli r TiTr nwlrln ou i» «i» '.,4.

Sur les 6!) mo.id.ues))ar des. diieijs reccmnüS' enragés, l a summibç '

? : t y% u - *-U T “ rrvV • ;• S \ ' 1

1. Comptes rendus "le r'^en^ime ètevksc&peèj), t août lj^,. G VH» p, ^M-4:V». i

— Bulletin de l'Aradfonip de'-m»de'èÿie. %s«'îïîh;Tï .Vil». 2Ï i8SS,.;ji»^,-r \\,',.i Si ml , .(jpA—A

IToù* p. 548-550 du* prcsànt voiiimo. A ? -v’. ÿ* . • G !S rf. \ A ‘ld

a, Comptes rendus de' l’Academie des science s, aéançe du • -2(Vv iiavèinlSir 188* C,VXJ y 847-848. ‘ - U '• ' rTe . ç I ■

■- ' t & : vuu'U ', ’a - liu..:-. A .

MALADIES « y I-R U L E K T E S

: à la rage dans le cours du -, traitement. "C/èt ait un enfant gravement mordu au front, qui a été pris de ragé le 'vingt-troisième jour après Sa morsurel « Le traitement est re|te incomplet à cause de la courte durée de- Ijincubatioiy dp la maladie et aussi parqe que l’enfant n’a pas èété .ptésenté; à l’Institut 'di.x> fois en "vingMrois, jours. Ce cas ne doit ' À pas être compté dans là statistique. »

; f Trois' atitres enfants, .ajoute lai statistique envoyée par Sa Majesté, qui avaient reçu des morsures multiples par le même chien, mais ont subi le traitement complet', "sont restés bien portants. A la -Mate du.

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I a2 o4tqbfre dernier, J’accident remontait déjà à cinq mois et dei y -o lAjnstîtqt antirabique de Rio de Janeiro est dirigé par le Dr Ferreira' r dqs Sàntos, qui n’est pas resté moins d’une année à étudier à Paris la méthode de prophylaxie de lq rage, avec un zèle et une assiduité auxyyjueïs. je me plais à rendre hpipmage et qui comptent sans nul doute beaucoup dans le succès remarquable de ses; traitements anti-

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SUR LA MÉTHODE DE PROPHYLAXIE DE LA RAGE' APRÈS MORSURaE (ï). {

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Du 1" mai 1888 au 1er mai 1889, l’Institut Pasteur a traité 1.67 ^personnes mordues par des chiens enragés ou très suspects de rage : 1.487 Français, 186 étrangers. . |

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! ; 7§pr ce nombre dç 1 .673', il y avait 118. personnes mordues à la pMè ou au visage. - ' -y; \ r f . ; > r

r^H^in^d^ quinze jours après la fin du traitement.

A3.pej?Séiuiés o r sSa- la tête* s ô n t mortes après l’acheyemm^ com-'

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plel du traitement. Ce sont donc senlenjeptt 3 insuccès de la méthode

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tfütçe Cis dap, .les lu c?s Me mort üoïiu je viens, ii.e paner, yon. aipatj

13 cas de mort sur 1.673 ; soit ! cas. de mort sur 128 .personnes traitées.

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LA H AGE :*)

. * Naguère encore, nos connaissances sur la rage étaient mêlées à une foule de préjugés. On s’imaginait, par exemple, que la rage pouvait naître spontanément et on décrivait même les causes occasionnelles dq mal. Dans les rues de certaines villes on place souvent lé long des murs, en été, de petits vases d’étain remplis d’e|u, pour qu| les.chiens ; puissent satisfaire leur soif. Beaucoup de personnes pensent que si ces précautions sont négligées, l@s animaux sont exposés à devenir tpragés. C’est Cependant un fait que; en quelque condition physiologique ou f pathologique que l’on mette un ohien ou un autre animal quelconque, la rage ne se manifeste jamais chez cet animal s’il n’a été mèidu ou léché par quelque autre qui avait la rage au moment où la blessure a été faite. Mais il faut bien, dira-t-on, qu’il y ait eu un prenne* animal enragé? C’est là une demande qui ouvre! simplement la question de l’origine de toutes choses, question qui est absolument en dehors du domaine des recherches scientifiques. D’où est venu le premier homme ? d’où est sorti le premier chêne? Nul ne le sait, etkil est inutile de discuter sur de pareils mystères. L’observation seule, d’àilleurs\ nbüs,; montre que la rage nq riàît jamais s^ntan^nent-. ;Qu«Pé>.<ïu^’p|rsépneJ’ n’a jamais démontré l’existenc| d’une telle rage, à ‘moins d’avoir &j>nq C fondu les symptômes de l’ëpiiepsié, maladie qui est fréquenté chez y

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1. La Lecture, ri* 65. 10 mars T89Cp. ÿrti.çle a -paru sous le titre : « Radies,»

,.t sous la signature : Louis 'Pasteur, dan? une revue anglaise : The A eic Revieir, !, n* <5.

1 i '• i » :.r; î 1 fi fin .... Ado eÔ/l «»iî «î.rAo ' itrm«>odn il <

<‘l S CM 15» Mgiituqio * - Z ' V - - -

novembre 1889, p. 505-512, yt n° % décembre 1889, dp. 619-680. .On trouvera, ci-après,’ reproduits en notes, les passages 'çle l’article anglais omis claps l’article français. >.

T L'article anglais « Rahies » dêbûte^ainsê: , f, * -,

Rabies is a disease.whreh hak béën-knGivm fripa the fearlie&t Usine. The clog may give it to man and to domestie animais. '.Animas, àgain, :may yrjmmuniqbeyit to eàch’ .o.ther. At Ibe time of \vriting: this: p'aper; rabfes is- liguignu'England'in a Uéril oï deer in tli*- part of the". Marquis of Bristol, al IcLworth. TheÀierd was composed of Ave lm.ndred animais, and t'Vqj hundred of them liaVe alréady died, Vthifeèth® disèase'.slill ragesf. A rabat dog fourni bis way into "the park duiing tlie montii of April; last, amt bit seym-al anituals',, wlticli died of rabies, but only after tliey had.lntteu a large nimiber Of tlieir eôçn panions Tf. ’ > i[

*’ This information lias been given MH>v MK Adams, -demonstratié ôf patliology at Cambridge University, who is;now being uibculatôtf at Rie Pasteur Institute. This yoàng .and very distinguishêd scientist’cut biinself \fcjith a knR'e^oijed vîflr ne r vous mattenAvbilst.peK forming a post-mortem. exaininsRiôn on iméof lhe'se râbid animais. Xotes de ! h ton 4 ?

MALADIES VIRULENTES

l’espèce canine, avec ceux de la rage du chien, la rage n’apparaît jamais dans un pays sans y avoir été introduite par un animal mordu en quelque autre lieu où la maladie est endémique. Plusieurs îles de l’océari Pacifique ignorent cette affection, et on ne la rencontre ni dans le vaste continent australien, ni en Norvège, ni en Laponie. Toutefois, ces pays ne demeureront indemnes que tant qu’ils prendront les mesures nécessaires pour empêcher l’introduction de chiens qui, ayant été mordus dans un autre pays, porteraient le virus en eux-mêmes à l’état latent.

Ce ne sont pas seulement des faits positifs comme ceux-là qui démontrent que la rage est une maladie qui ne peut apparaître dans des conditions physiologiques quelconques, et que sa production spontanée est tout à fait impossible. La science expérimentale donne encore une autre preuve de la non-spontanéité de la rage. Nous savons aujourd’hui que les maladies contagieuses ou virulentes sont produites par de petits êtres microscopiques appelés microbes. Le charbon du bétail (la pustule maligne de l’homme) est produit par un microbe ; le croup est produit par un microbe.... Le microbe de la rage n’a point encore été isolé; mais, à en juger par l’analogie, il faut en admettre l’existence. En résumé : tout virus est un microbe.

Bien que les microbes soient infiniment petits, les conditions qui président à leur existence et à leur propagation sont soumises aux mêmes lois générales qui règlent la naissance et la multiplication des animaux et des végétaux supérieurs. Pas plus que ces derniers, ils ne présentent de génération spontanée; comme eux, ils dérivent d’êtres à qui ils sont semblables. U a été prouvé, sans qu’il puisse rester l’ombre d’un doute, que, dans l’état actuel de la science, la croyance à la génération spontanée est une chimère. Si l’on dit que la vie doit avoir fait son apparition spontanée sur terre à une période ou à une autre, je devrai répéter ce que je viens de dire, que l’origine de toutes choses sur terre est cachée par un voile impénétrable*.

Lorsqu’un homme est mordu par un animal enragé d’une manière telle qu’il doive nécessairement mourir de la rage, sa santé peut néanmoins rester parfaitement bonne pendant plusieurs semaines, bien que

"Dans l’article anglais « Rallies » s'intercale ici le passage suivant :

In short, rabies is not a spontaneous disease.

As il is ahvays due to the direct inoculation of its virus by a rabid animal, it is easy to understand that simple police measures will suffice to stamp out tins horrible disease, more especially in insular countries like England or Ireland. Two or three years would perhaps be enough to ei’adicate it, if owners were compelled to muzzle their dogs or to lead them by a string, when in the streets. The destruction of ail wolves in the United Kingdom was a far more difflcult task, and yet it was suecessfully accomplished. (Note de l'Édition.)

MALADIES VIRULENTES

le virus n’en chemine pas moins traîtreusement dans son corps, porté par le sang, ou le long des nerfs, jusqu’au moment où il envahit les centres nerveux. C’est toujours dans ceux-ci qu’il vient se cultiver, de là il passe dans les glandes salivaires. Les premiers symptômes de la rage font alors leur apparition : la peur de l’eau et de tous les liquides, un violent mal de tête, des spasmes de la gorge, des yeux hagards, des pupilles dilatées, de vives douleurs ou de simples démangeaisons au siège de la morsure. Contrairement à un préjugé répandu, il est très rare que le malade morde les personnes qui sont auprès de lui.

Il a une expectoration fréquente, et au moindre courant d’air, au moindre souffle, des mouvements convulsifs se produisent. Il craint les objets brillants, et le moindre bruit le fait tressaillir... Ce sont là quelques-uns des signes frappants' du mal. Si l’un ou plusieurs d’entre ces symptômes morbides font leur apparition, la rage en est la cause, et quoi que l’on puisse faire, elle suit son cours fatal. La mort se produit bientôt, parfois précédée d’horribles souffrances et d’accès indescriptibles de manie furieuse.

Chose étrange, cette maladie, contre laquelle toutes les ressources de la médecine demeurent impuissantes, a donné lieu dans tous les pays à un nombre illimité de remèdes qui sont tous supposés être infaillibles. Il n’est pas de pays d’Europe ou d’Amérique, où l’on ne trouve des personnes à qui l’on attribue le pouvoir de guérir la rage, où l’on ne rencontre des pratiques que l’on croit efficaces. La crédulité est d’autant plus grande qu’il est plus difficile à l’homme d’appliquer à la connaissance de faits dont la cause demeure inexpliquée les préceptes dérivés de la méthode expérimentale. L’esprit humain est toujours séduit par tout ce qui lui paraît merveilleux. L’homme croira l’empirique qui lui assure qu’une certaine pierre ou telle plante peut prévenir les effets nuisibles de la morsure d’un animal enragé, pourvu que cette pierre ou cette plante soit simplement mise en contact avec la plaie. Il croira même qu’il a personnellement constaté les bons effets de cette pratique si, le prétendu remède ayant été appliqué sous ses yeux, la rage n’a pas éclaté chez le malade. Conclure ainsi, c’est s’exposer à une erreur, par la raison très simple que toute morsure d’animal enragé n’est pas nécessairement suivie de l’invasion de la rage chez la personne mordue.

Sur 100 personnes mordues par des chiens enragés, combien en est-il qui meurent de cette terrible maladie ? Il est difficile de répondre à cette question. Le nombre des victimes varie pour plusieurs raisons. Toutefois, on admet généralement qu’en additionnant le nombre des morts survenues à la suite d’un grand nombre de cas de morsures par

MALADIES VIRULENTES

animaux enragés, la mortalité parmi les personnes mordues varie de 15 à 20 pour 100. En d’autres termes, sur 100 personnes mordues, il en est donc plus de 80 qui ne ressentent aucun effet fâcheux. Il est dès lois facile de se tromper au sujet delà valeur de tout remède préventif. Car, si nous l’appliquons à un certain nombre de personnes, il semblera avoir réussi quatre fois sur cinq : n’est-ce pas plus que suffisant Pour autoriser un guérisseur que l’on vient consulter à assurer que son remède est infaillible, et pour amener les ignorants à partager aveuglément sa croyance ?

La méthode expérimentale juge plus sévèrement les faits. Elle nous apprend que, pour établir la vertu d’un remède préventif contre la rage, il faut, en premier lieu, découvrir le moyen de faire naître la rage à coup sûr, d’appliquer ce moyen à quelques chiens, de faire de ceux-ci deux lots, de soumettre les sujets d’un des deux lots au .prétendu remède, et d’abandonner les sujets de l’autre lot, en nombre égal, à la maladie et à la mort. Si la mort ne frappe aucun des sujets traités, il sera prouvé que le remède est efficace. Tout le programme d’expériences est ainsi tracé.

Il n’est pas aussi facile qu’on le pourrait croire au premier abord, d’inoculer avec succès la rage à une série d’animaux. Nous avons précédemment attiré l’attention sur ce fait, que si des chiens sont mordus par des animaux enragés, la maladie ne se manifeste point dans la totalité des cas. Une injection sous-cutanée directe de la salive d’un chien enragé donne à peine plus de succès. La salive renferme, avec le microbe de la rage, d’autres microbes d’espèces variées qui peuvent donner naissance à des abcès et à d’autres complications morbides et empêcher ainsi la production de la rage. Il y a peu d’années encore, les expérimentateurs n’auraient pas su où trouver le virus à l’état pur; ils n’auraient pas su non plus comment l’employer pour qu’il produisît la rage, et la rage seule. Ces deux difficultés furent vaincues simultanément, grâce à la découverte suivante : Si Ton fait l’autopsie d’un animal mort de la rage, et qu’une petite partie du cerveau ou de la moelle épinière, ou, mieux encore, de la partie de la moelle qui relie

celle-ci au cerveau — partie nommée moelle allongée ou bulbe soit

détachée et écrasée dans un liquide stérilisé avec toutes les précautions antiseptiques nécessaires, et qu’un peu de ce liquide soit introduit à la surface du cerveau d’un animal chloroformé (chien, lapin ou cobaye), au moyen d’une aiguille hypodermique, après trépanation, l’animal ainsi inoculé deviendra dans tous les cas enragé, et dans un laps de temps relativement court, c est-à-dire au bout d’un temps qui dépasse rarement quinze jours ou trois semaines.

Voulez-vous mettre à l’épreuve un remède qui a la réputation d’empêcher la rage? Prenez 2 chiens et inoculez l’un et l’autre avec le virus de la manière qui vient d’être décrite. Puis, donnez le remède a l’un des deux chiens, avant ou après l’opération, autant de fois qu’il vous plaira, et abandonnez l’autre chien à son sort.

A ous verrez alors que la rage fait son apparition aussi bien chez le premier que chez le second animal. Naturellement nous n’avons point mis à 1 épreuve de cette manière tous les nombreux remèdes proposés, mais nous avons essayé quelques-uns de ceux que l’on dit les plus efficaces, sans le moindre succès.

< )u obtient des résultats très différents si l’on emploie la méthode que j’ai exposée à l’Académie des sciences le 26 octobre 1885 (!). Cette méthode de vaccination ressemble, par beaucoup de ses traits généraux, aux méthodes de prophylaxie contre les maladies contagieuses, qui sont fondées sur 1 inoculation des virus atténués. L’injection de ces virus atténués vaccine les animaux et les rend capables de résister aux atteintes du virus fort.

lout virus, ou plutôt tout microbe virulent et infectieux, peut être atténué 'par des moyens naturels ou artificiels. Le virus de la petite vérole chez l’homme est représenté à l’état atténué par le virus du cow-pox de la vache. Ce dernier a été produit — je suis du moins disposé à le croire — par le passage fortuit et successif sur le pis de la vache du virus varioleux humain où il a fini par être fixé à son étal de virulence actuelle, tout comme on voit le virus rabique se modifier profondément par des passages sur le lapin et sur le singe. Il en est de même du virus mortel du charbon qui est modifié par l’action de 1 aii- et de la chaleur, jusqu’à ce qu’il finisse par devenir inofTensif. Il passe par des phases intermédiaires, toutefois, où il peut encore être fatal pour des animaux de petite taille, mais où il est inoirensif poulies animaux domestiques, bien qu’il les vaccine contre les atteintes du virus fatal primitif. De même le virus rabique s’atténue à tous les degrés par 1 air et une chaleur modérée, et peut préserver ensuite des atteintes du virus rabique mortel. En d’autres ternies, il peut déterminer chez le chien un état complètement réfractaire à la rage.

Prenez 12 chiens, vaccinez-les de la manière que je viens de mentionner, et ensuite inoculez, à la surface du cerveau, du virus rabique pur. Refaites la même opération ensuite sur 12 autres chiens non préservés. Pas un des 12 premiers ne prendra la maladie, mais les

1. Voir, p. 603-612 du présent volume : Méthode 'pour prévenir la ra^e ( Note de i Édition.)

après morsure.

MALADIES V I R U L E N T E S

12 autres animaux mourront de la rage, après en avoir présenté les différents symptômes typiques, symptômes ressemblant en tous points a ceux qui sont déterminés par la morsure d’un animal enragé qui eire à tiaAers les rues. L expérience dont je parle, propre à donner au chien 1 immunité contre la rage, peut se faire avec non moins de succès sur des chiens préalablement mordus par un chien enragé, si on a soin de ne pas attendre trop longtemps après la morsure des chiens pour appliquer la méthode préventive. Le succès, sans nul doute, doit être attribué à la longue durée habituelle de l’incubation de la rage après morsure. L’immunité due à la vaccination a le temps de se produire chez l’animal vacciné avant que les symptômes aigus de la rage n’apparaissent. On en a la preuve parle fait que, si la période d’incubation chez le chien est fortement diminuée, notre méthode peut demeurer impuissante, et ne point le vacciner. Si, par exemple, le virus est inoculé à la surface du cerveau, la maladie survient parfois dès le quinzième jour après l’inoculation. Il faut alors, pour réussir dans l’opération de la vaccination, hâter celle-ci le plus possible, afin que l’immunité devance l’apparition des symptômes mortels de la rage.

Il est nécessaire de démontrer expérimentalement qu’un animal peut acquérir l’immunité contre la rage, s’il est soumis au traitement prophylactique dont nous venons de parler. Naturellement, toutes les expériences qui établissent ce fait doivent être entreprises sur les animaux seulement, toute épreuve sur l’homme devant être non seulement défendue, mais considérée encore comme criminelle. Toutefois, nous avons de bonnes raisons de croire que les résultats obtenus sur l’animal peuvent, du moins pour une grande partie, être obtenus sur l’homme également. Or, il est facile de prouver qu’un chien préalablement vacciné et rendu, par là, réfractaire à la rage, peut supporter l’inoculation sous la peau de quantités, pour ainsi dire quelconques, de virus rabique le plus pur et le plus actif. A diverses reprises, on a . inoculé sous la peau, à des chiens vaccinés, de pleines seringues de virus rabique frais, préparé avec la moelle allongée de chiens morts de la rage, et ces inoculations ont été pratiquées, non pas seulement une fois, mais tous les jours, pendant des mois entiers, sans que l’animal en éprouvât le moindre effet apparent.

Les chiens vaccinés résistent également, dans les années qui suivent leur vaccination, aux morsures des chiens enragés. Il y a quelques années, j’ai réuni à Villeneuve-l’Étang, dans un grand chenil servant de succursale à nos laboratoires de Paris, beaucoup de chiens vaccinés en 1885. Après avoir constaté, en 1886 et en 1887, que le plus grand nombre, mais non la totalité, — 11 sur 14 en 1886 et 4 sur 6 en 1887 —

avaient résisLé aux inoculations du virus rabique de chiens des rues faites à la surface du cerveau, et réfléchissant qu’il suffisait, après tout, de savoir si l’état réfractaire résistait aux morsures rabiques, j’ai substitué, en 1888 et en 1889, à l’inoculation intracrânienne l’inoculation par morsures de chiens enragés. Au mois de juillet 1888, 5 chiens vaccinés en 1885 furent mordus en même temps que 5 chiens non vaccinés. Les 5 animaux vaccinés sont maintenant encore en parfaite santé, tandis que, des 5 autres, 3 sont morts de la rage, 2 sont encore vivants. En ce moment encore, une expérience similaire est en cours d’exécution sur un autre groupe d’animaux vaccinés en 1885. Si ces animaux résistent, et si les animaux non vaccinés meurent, tous ou quelques-uns, de la rage, nous aurons la preuve positive que l’immunité artificielle à l’égard de morsures récentes d’animaux rabiques peut atteindre une durée de plus de cinq ans.

Si grands que fussent, dès 1885, les progrès dans l’étiologie et la prophylaxie de la rage parmi les animaux, ils empruntaient leur principal intérêt à l’espoir de plus en plus fondé que la méthode préventive de la rage pourrait réussir sur l’homme mordu par un chien enragé. Mais il fallait pouvoir s’armer du courage nécessaire pour tenter cette épreuve et franchir la distance qui sépare l’homme des animaux. Je laisse un moment la parole à un écrivain (*) qui a suivi, en qualité de « son-in-law », comme disent les Anglais, les phases de cette transition pleine d’angoisses et. de perplexités cruelles. Témoin de tous les faits, il les a racontés fidèlement. Je détache de ses récits que j’abrège les incidents suivants :

« Le 4 juillet 1885, à huit heures du matin, Joseph Meister, âgé de neuf ans, fils aîné d’un garçon boulanger qui habite Steige, se rendait seul de ce village de Steige à l’école voisine de Meissengott. Il suivait un petit chemin écarté, un chemin d’écolier, quand un chien se précipita sur lui et le terrassa. L’enfant n’essaya pas de lutter. Il couvrit son visage de ses bras. Le chien le mordit, le roula, s’acharna sur lui. Un maçon vit de loin la scène et accourut. Armé d’une barre de fer, il frappa à coups redoublés le chien, qui se sauva et rentra se jeter sur son maître. Le maître, Théodore Yone, épicier à Meissengott, prit un fusil et tua son chien. Bave à la gueule, paille et fragments de bois dans l’estomac, toutes les présomptions de la rage furieuse étaient là.

« Les parents du petit Meister crurent d’abord à la simple rencontre d’un mauvais chien. La journée se passa à soigner, à laver les quatorze blessures de l’enfant. Mais le soir, la mère effrayée de tout ce

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