‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 220 sur 299 · René Vallery-Radot. ( Note de l’Édition · texte numérisé non relu

René Vallery-Radot. ( Note de l’Édition

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qu’elle apprenait — accident arrivé au propriétaire du chien, détermination soudaine de ce propriétaire de tuerie chien d’un coup de fusil — conduisit le petit Joseph au Dr Weber, de Villé. M. Weber fit quelques cautérisations à l’acide phénique, mais douze heures seulement après l’accident, et conseilla à Mme Meister de partir pour Paris et de conduire son enfant à quelqu’un qui seul, devant la gravité d’un tel cas, serait capable de donner un bon conseil.

« Ce quelqu’un, qui demeure rue d’Ulm, ajouta le médecin, s’appelle M. Pasteur.

« M. Théodore Vone voulut accompagner cette mère, de plus en plus inquiète, et cet enfant dont les blessures à la jambe et aux cuisses étaient telles qu’elles rendaient sa marche incertaine, traînante. Ils arrivèrent au laboratoire le lundi matin 6 juillet. M. Pasteur alla dire à M. Vulpian et au D1' Grancher, professeur à la Faculté de médecine, la situation qui se présentait à lui face à face.

« M. Vulpian et M. Grancher vinrent immédiatement voir le petit Joseph Meister; ils examinèrent ses blessures, et, d’un commun accord, conseillèrent d’essayer sur cet enfant, presque condamné, la méthode qui avait constamment réussi pour les chiens...

« Après le petit Alsacien Meister, ce fut un berger du Jura, Jean- Baptiste Jupille qui, grièvement mordu par un chien enragé, vint, six jours seulement après ses blessures, se soumettre aux inocqlations préventives. M. Pasteur, tout en marquant la différence entre ce délai et les deux jours et demi qui, pour Meister, s’étaient écoulés de la date des morsures au commencement des inoculations, espérait qu’il aurait encore la possibilité d’agir. Gomme il est rare que la rage se déclare sur l’homme mordu avant un mois ou six semaines, l’effet vaccinal produit par lés inoculations avait peut-être le temps d’être complet et d’empêcher les effets du virus rabique. Au fond, il y a là une question de vitesse. La rage est, par sa lenteur relative d’incubation, comme un train omnibus ; le vaccin la devance comme un train express et, après ■ l’avoir devancée, il l’empêche de passer dans l’économie. Tout Paris se passionna pour cette seconde tentative. Dans la presse, dans les salons, dans les cafés, jusque sur les trottoirs, chacun disait son mot, soit enthousiaste, soit réservé, soit hostile et même injurieux, sur le degré de confiance que méritait la méthode annoncée. Une raison sentimentale achevait de provoquer l’intérêt de la foule. Ce berger de quinze ans avait fait preuve d’un rare courage.

« 11 gardait son troupeau dans un pré de Villers-Farlay, quand il vit un chien enragé courir vers un groupe d’enfants qui jouaient à quelques pas de là. Jupille s’élance, armé de son fouet, au-devant du

'MIJ Vit K S DE PASTEUR

cliicn. I j cm enfants peuvent fuir. Le chien ho jette sur Jupille. Alors commence mie lutte terrible. De sa main droite, Jupille parvient à dégager sa main gauche, prise, retenue clans les crocs; puis, terrassant le chien, il réussit, avec la lanière de son fouet, à lui lier la gueule : saisissant colin l’un de ses sabots, il assomme l’animal...

« L'Académie française décerna à Jupille, pour sa courageuse conduite, un prix de vertu de 1.000 francs. Cette somme apporta un peu d’aisance dans la famille très pauvre de Jupille qui, semblable au berger de La Fontaine, sortit de Paris,

Comme l’on sortirait d’un songe,

cl retourna tranquillement a Villers-Farlay.

« Alors, de toutes parts, arrivèrent des mordus. Jamais on n’aurait cru à un si grand nombre d’accidents causés parla rage...

« C’est au milieu de ce premier encombrement de personnes traitées que se présenta, le 9 novembre 1885, une enfant de dix ans, la petite Louise Pelletier, mordue trente-sept, jours auparavant. Un gros chien do montagne s’était précipité sur elle à La Varenne-Saint- Hilaire. Outre une blessure au creux de l’aisselle, une plaie profonde s’étendait derrière la tête... Le cas paraissait désespéré... Mais n’v aurait-il eu qu’une chance sur dix mille de sauver cette enfant, il fallait tenter l’application de la méthode...

« Le traitement était achevé depuis quelques jours. L’enfant avait repris dans le petit appartement de ses parents, rue Dauphine, sa vie de demi-pensionnaire laborieuse; on commençait presque d’espérer le salut, quand les premiers symptômes de l’hydrophobie se manifesteront. L’enfant refusait toute boisson. Les contractions de la gorge s’opposaient au passage du liquide. Des spasmes d’étouffement étreignaient sa parole. On aurait cru entendre les restes de sanglots qui suivenl les grandes colères d’enfant.

« Le matin du 2 décembre, apparut une période de calme qui se prolongea pendant huit heures. Il semblait qu’il y eût lutte entre la rage et les ellels des inoculations préventives dont on avait reeommeiiee la série de deux heures en deux heures. Mais l’invasion du mal étail trop complète. La rage fut la plus forte. Elle reprit le soir avec ses troubles, ses hoquets, ses hallucinations. La pauvre petite disait qu’elle sentait comme un ruissellement d’eau sur tout le corps. A certains moments, elle ne reconnaissait plus son père, elle le prenait pour un étranger; puis, brusquement, s’apercevant de sa méprise, elle ('datait en excuses et en tendresses. Les mots entre-

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coupés sortaient avec peine de sa gorge haletante ; la mort noyait déjà ses yeux, ses grands yeux noirs qui vous regardaient anxieusement, et duiant ces heures poignantes, sa soeur, qu'on avait éloignée de la chambre, continuait dans la salle à manger, sous la clarté de la lampe, les devoirs rapportés de l’école.

« Le 3 décembre, la petite Louise Pelletier succomba.

« Il y eut, au premier moment, un remous d’opinion publique. Aussitôt, du bout de 1 horizon, accoururent certains journalistes de tempête. Ils comptaient sur cette saute de vent pour noyer la découverte. On ne se contenta pas de crier à l’échec, on insinua que la mort de la petite Louise Pelletier était due, non pas aux morsures du chien, mais au virus des inoculations. — M. Pasteur était plus qu’un charlatan, c’était un meurtrier. — Les calomnies redoublèrent leurs efforts.

« Ces attaques étaient isolées, mais elles n’en étaient que plus violentes. Piéussirent-elles à empêcher quelques personnes de venir au laboratoire ? Elles les firent hésiter tout au moins. Une Hongroise, mordue par un chien enragé et arrivée immédiatement à Paris pour se faire traiter, resta six jours sans oser frapper au laboratoire. Questionnée sur la cause de cette tergiversation, elle répondit : « Après ce qu on m avait fait lire, je n’avais plus confiance. » Au moment où l’on annonça le départ de New- A ork pour Paris de quatre enfants américains mordus par un chien enragé, ces journaux philanthropiques publièrent que si la triste fin de la petite Pelletier avait été connue en Amérique, les parents de ces quatre enfants leur auraient épargné sans doute un long et bien inutile voyage. Ils vinrent et ils retournèrent guéris. Et apr ès eux se succédèrent des centaines de mordus...

« Au mois de mars 1886 arrivèrent 19 paysans russes des environs de Smolensk, vêtus de peaux de bêtes et qui avaient été mordus par un loup enragé. Ce loup, fuyant deux jours et deux nuits à travers la campagne, s’était jeté si furieusement sur ces paysans qu’il les avait, les uns défigurés, les autres lacérés et meurtris.

« Cette série de Russes était d’autant plus préoccupante que si, d’après quelques statistiques officielles, il meurt une personne sur six à la suite des morsures de chiens enragés, les morts à la suite des morsures de loups enragés sont dans une proportion beaucoup plus grande. Le virus est le même, mais la plupart du temps le chien mord et passe, tandis que le loup, en s’acharnant sur sa victime, multiplie l’introduction du virus. Souvent, sur vingt personnes mordues par un loup enragé, les vingt meurent.

« Sur les dix-neuf Russes de Smolensk, 16 furent guéris. Les 3 qui

succombèrent portaient à la tête d’horribles blessures. Peut-être aurait-on eu quelque chance de les sauver en pratiquant immédiatement les inoculations préventives. Mais le moyen de parer, au bout de quinze jours, à des accidents tels que l’économie tout entière était envahie? On retrouva à l’autopsie, dans le crâne d’un de ces malheureux, une dent cassée du loup (*). »

Nous pouvons nous rendre compte des causes de l’insuffisance du traitement dans des circonstances semblables à celles qui entourèrent la mort de Louise Pelletier ou celle des trois Russes.

Il suffît de réfléchir, en effet, aux faits qui viennent d’être mentionnés relativement aux inoculations intracrâniennes par du virus pur, et qui amènent toujours la mort par rage. Le virus rabique, dans les conditions dont il s’agit, est mis en contact direct avec la substance cérébrale, et commence à se développer aussitôt. Les symptômes de la rage ne se manifestent toutefois, même dans ces conditions, qu’après une quinzaine de jours. On peut présumer que, pour Louise Pelletier, si le virus rabique avait commencé à se multiplier vers le temps où sa mère l’amena pour la faire traiter, les inoculations préventives n’eurent pas la possibilité de déterminer l’état réfractaire sur son système nerveux. Dans cette hypothèse, l’issue devait être fatale. Il doit arriver souvent que, dans le cas de quelques-uns de nos malades mordus d’une façon semblable, surtout si les blessures sont au visage ou au crâne, le virus rabique soit transporté aux centres nerveux en très peu de jours, ou peut-être même d’heures, après les morsures, et agisse, dans ces cas, comme s’il avait été directement introduit sous le crâne après trépanation.

Au moment où j’écris ces lignes (août 1889), je viens de recevoir des notes relatives à un nombre considérable de morts par rage survenues en 1877. Les morts suivaient de si près les morsures, qu’à part un petit nombre de cas, tous appartiennent à la catégorie dont je viens de parler. Bien que l’histoire en soit longue et douloureuse, les lecteurs me permettront de la relater dans les termes mêmes où me la donne le D' Balley, médecin à Châteaulin (Finistère), qui m’a fourni tous ces détails. Les faits sont très instructifs, et le récit n’en a été encore publié intégralement dans aucun journal.

« Durant les premiers jours du mois de novembre 1877, un chien

1. Vai.lehy-Radot (René). M. Pasteur. Histoire d’un savant par un ignorant. Paris, Hetzel éditeur. La première édition de cet ouvrage parut en 1883. Les pages précédentes furent ajoutées à une édition postérieure, en 1886. René Vallery-Radot écrivit plus tard, en 1900, La Vie de Pasteur. (Note de l’Édition.)

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d’arrêt passa près de la poudrerie de Pont-de-Buis et attaqua 2 chiens appartenant au directeur. Ce chien continua sa route et arriva à un endroit nommé Port-Launay, où il rencontra 5 chiens qu’il mordit 1 un après l’autre, mais qui furent aussitôt abattus, parce que le chien qui les avait mordus avait des allures suspectes. Le même chien continua sa course et mordit 2 chiens de garde, 2 bœufs et 2 porcs. Puis, revenant sur ses pas, il s’arrêta de nouveau à Pont-de-Buis, mais fut tué par le directeur qui le reconnut.

« Ce dernier observa de près ses deux chiens, et tous deux moururent de la rage en quinze jours, à vingt-quatre heures d’intervalle. Le vétérinaire de Châteaulin et moi nous pûmes reconnaître la maladie. Quelques jours plus tard, l’un des chiens de ferme appartenant à M. Auffret, chien qui avait été mordu dans le haut du village, sembla devenir étrange, et fut aussitôt abattu. Par malheur, les deux fils de M. Auffret, âgés de six et sept ans, furent mordus par le chien de leur père et moururent de la rage environ une quinzaine de jours plus tard. L’autre chien de ferme, appartenant à une personne nommée Piriou de Pratyr, fut mis à l’attache, mais le 1er décembre il brisa sa chaîne, et errant dans les environs de Châteaulin, fut arrêté par un ouvrier nommé Poulmarch, âgé de quarante-trois ans, qui fut mordu à la main et mourut de la rage le 13 décembre. Le chien était enfermé dans la halle au marché, mais comme on ne le surveillait pas de très près, il s’échappa et disparut complètement, et nul n’a pu découvrir ce qu’il est devenu.

« Le 23 novembre de la même année, une louve partit du bois de Ivernesal, à 6 kilomètres de Châteaulin, et dans sa course mordit hommes et animaux avec grande furie. Elle finit par être tuée à 16 kilomètres de son point de départ, au Menez-Horn, au moment où elle mordait le jeune chien d’un paysan. Celui-ci, voyant l’état extrême de fatigue et de faiblesse de la louve, put l’achever à coups de bâton.

« Durant sa course, cette bête mordit 37 animaux (chevaux, vaches et bœufs) qui furent tous surveillés de près, et tous moururent delà rage.

« Voici les noms et âges des personnes qu’elle mordit aussi, avec des notes sur leurs blessures :

« 1° Une femme, âgée de soixante ans, mordue à l’épaule et à la tête; plaies non cautérisées; encore vivante.

« 2° Caxâou (Pierre), âgé de treize ans; mordu à la main et au bras; cautérisé; mort le 9 décembre.

« 3° Allain (Pierre), cinq ans et demi; horriblement mutilé; mort le lendemain des suites de ses blessures.

« 4° Monjour (Jeanne), dix ans, mordue à la tête et aux mains; morte le 11 décembre, malgré la cautérisation.

« 5° Monjour (Yves), neuf ans, mordu à la tête et aux mains ; cautérisé; mort le 13 décembre.

« 6° Monjour (Guillaume), huit ans, mordu au visage et à la main; cautérisé; mort le 14 décembre.

« Les quatre derniers qui ferment la liste ci-dessus étaient occupés à garder leurs troupeaux et furent mordus simultanément, la louve n’abandonnant l’un que pour se jeter sur l’autre. Ils furent cautérisés au fer rouge quelques heures après l’accident.

« 7° M. Le Roy, vingt-deux ans, plusieurs blessures à la main, aux bras, au visage. Il eut à se battre corps à corps avec la louve. Fut cautérisé, et est encore vivant.

« 8° Mlle Avant, vingt ans, fut légèrement mordue à l’épaule, à travers des vêtements épais; elle ne fut pas cautérisée et mourut enragée le 30 janvier 1878.

« 9° Un homme de trente ans environ fut horriblement mordu à la tete, et envoyé à 1 hôpital de Brest pour y être soigné. Il vivait encore un an après l’accident, et depuis je l’ai perdu de vue.

« 10" Le Borgne, quatorze ans, essaya d’échapper au loup en grimpant dans un arbre, mais fut mordu au pied, et mourut quinze jours plus tard.

« 11° Mionca, treize ans, et une autre enfant du même âge furent légèrement mordues, mais non cautérisées : Mionca mourut enragée quatorze jours plus tard, mais l’autre est encore vivante.

« Quatre autres paysans qui rencontrèrent l’animal durant sa course furent encore mordus. Je ne sais ce qu’ils sont devenus, je ne pus les retrouver; mais je suis sûr qu’ils ne sont point morts de la rage, au moins pendant la période où sont mortes les autres victimes. »

Il est toutefois très rare que des personnes soient mordues dans des conditions pareilles, et même dans les cas désespérés il serait insensé de refuser à la méthode préventive une chance, et d’abandonner tout espoir de guérison. Il est de très nombreux cas, en effet, où il y a eu guérison malgré les blessures les plus graves au visage et à la tête.

I ne question est souvent faite par les personnes mordues ou leurs amis : Est-il utile d’avoir recours au traitement préventif si le patient a été mordu quelque temps auparavant? Il n’est qu’une réponse à cette question : il n’est jamais trop tard pour commencer le traitement, car en dehors de celui-ci, toutes les chances sont contre le patient. Il est tout à fait évident que les chances de succès du traite-

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ment augmentent beaucoup si les morsures sont de date très récente. Le danger qu il y a à laisser s’écouler un long laps de temps entre le moment de la morsure et celui où commence le traitement consiste en ce que la rage peut faire son apparition avant même que le traitement ne soit achevé. Mais si le mal ne se manifeste pas dans la quinzaine qui suit l’achèvement du traitement, les inoculations, en dehors de très rares exceptions, auront autant d’effet que si elles avaient été pratiquées peu de temps après la morsure*.

Au point de vue physiologique, dans tous les cas graves - et il est difficile du juger a priori de la gravité d’un cas. — le but doit être de commencer le traitement assez tôt pour pouvoir l’achever avant que le virus n’ait commencé à se développer dans les centres nerveux.

Si nous prenons 100 cas de personnes mordues par des chiens prouvés enragés, la mortalité parmi ces personnes, après inoculations préventives, n’atteint pas 1 pour 100. Elle ne dépasse pas 2 pour 100 si les personnes mordues à la tête et au visage sont seules comptées, fous les hommes compétents qui ont écrit sur la rage accordent (|u’avant la découverte de la méthode préventive, la mortalité, dans les cas de morsures au 'visage, variait entre 65 et 95 pour 100, et pour la totalité des morsures, quel qu’en fût le siège, la mortalité était de 15 ou 16 pour 100 au moins. Je crois ce dernier chiffre beaucoup trop bas, mais je l’ai volontiers accepté pour fixer les idées, et, parce qu’en 1 acceptant pour exact, je ne pouvais être soupçonné d’accorder trop de valeur à ma méthode de traitement.

Quand la méthode prophylactique contre la rage fut appliquée pour la première fois à des personnes mordues; quand, par exemple, Louise Pelletier mourut, il était aisé de faire des objections, et la critique était souvent spécieuse. A cette époque, nous appliquâmes la méthode à un certain nombre de personnes, et la rage n’éclata chez aucune d elles. Des opposants qui, quoi qu’il arrivât, étaient déterminés à la contradiction disaient simplement que la rage ne se fût peut-être pas déclarée chez ces patients, même en l’absence de tout traitement; et si le traitement échouait, ils disaient que la rage ne pouvait être entravée

Dans le texte anglais s’intercale ici le passage suivant :

A short time ago Madame Luisa Carrera came ail tlie wav from Spain lo our anti-rahic Institute, and has been undergoing the préventive treatment. She had been bitten nearly one year before, on september 15 th 1888, by a dog. That animal had also bitten, on the same day, a y o un g man, who died of rabies at the end of July, 1889, after ten and a half inontbs had elapsed from the time of the bite. Madame Carrera becarne frightened, and hurried to the Pasteur Institute. A few weeks hâve now passed since the last inoculations were made on lier. The latter will, no doubt, prove just as efficacious, as if she had undergone the process immediately after being bitten in 1888. [Note de l’Édition.)

et allaient même jusqu’à affirmer que la mort de ces patients était due au traitement.

Les choses ont bien changé. C’est que la vérité, pour se faire reconnaître, n’a besoin que de subir l’épreuve du temps. Dans dillérentes parties du monde, des laboratoires antirabiques ont été construits sur le modèle de l’Institut de Paris. Les résultats obtenus par ces laboratoires sont aussi bons que les nôtres, et je puis, par exemple, rappeler que le Dr Bujwid a récemment publié un Mémoire concernant 390 vaccinations, sans un seul cas de mort (*).

L’Italie possède maintenant six laboratoires antirabiques : à Turin, Milan, Bologne, Rome, Naples et Païenne.

La Russie en a sept : à Saint-Pétersbourg, à Moscou, Varsovie, Odessa, Kharkofï, Samara etTiflis.il en existe aussi à Constantinople, à La Havane, à Mexico, à Rio-de-Janeiro, à Barcelone, à Bucarest, à Vienne, à Buenos-Ayres, et il s’en fonde un en Bolivie.

Si je voulais rappeler des faits propres à frapper l’esprit des personnes les plus hostiles à la méthode, — de celles, par exemple, qui se refusent systématiquement à accepter une vaccination quelconque — je pourrais citer nombre de preuves remarquables de l’efficacité du traitement. Durant les quatre dernières années, le chiffre moyen des personnes qui viennent à l’Institut Pasteur pour subir le traitement préventif (après morsure par des chiens enragés) est de 150 par mois. Il serait aisé de choisir quelques cas démonstratifs parmi les 7 ou 8.000 personnes qui ont été déjà inoculées à l’Institut Pasteur. Mais chacun des Instituts antirabiques pourrait fournir un même nombre de cas analogues, démontrant tous l’efficacité de cette méthode. Je me contenterai de mentionner un seul fait qui est très frappant. Le Dr Dujardin-Beaumetz, à la requête du Préfet de police, a fait des recherches précises au sujet du nombre des personnes mordues dans le département de la Seine durant l’année 188/. Dans son Rapport officiel, imprimé en 1888, il rappelle que 306 des personnes mordues furent vaccinées à l’Institut Pasteur, et que, sur ces 306 personnes, 3 moururent de la rage, tandis que, sur 44 personnes qui ne furent point inoculées, 7 moururent enragées. Dans le premier cas, la mortalité est de 0,97 pour 100; dans le deuxième, de 15,90 pour 100.

En dehors de ce qui s’est passé en France, avec un élan et une générosité qui nous ont permis d’élever non seulement un établissement pour le traitement de la rage, mais encore un Institut où

1. Bujwid. La méthode Pasteur à Varsovie. Annales de l'Institut Pasteur, 3e année, avril 1889, n° 4, p. 177-182. (Note de l'Édition.)

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viennent étudier tous les hommes qui comprennent de quelle importance pour l’hygiène et la santé publique sont les recherches de la microbie, deux grandes manifestations ont eu lieu en Angleterre.

La première a consisté dans la publication du Rapport (1) par la Commission élue en 1886 par la Chambre des Communes sur la proposition de sir Henry Roscoe. Cette Commission comprenait les savants les plus considérables de la Grande-Bretagne, en particulier sir James Paget, baronnet, président; le D'' Lauder Brunton ; le D' G. Fleming, président du Collège vétérinaire; sir Joseph Lister, baronnet; le Dr Richard Quain ; sir Henry Roscoe; le professeur Burdon Sanderson, et le professeur Victor Horsley, secrétaire.

La conclusion du Rapport fut que la méthode préventive de la rage était comparable à la vaccination antivariolique.

La seconde manifestation eut lieu à Mansion House, le Ie1' juillet 1889, à une réunion provoquée par le lord-maire de Londres, où des résolutions furent adoptées en présence des plus célèbres médecins et des biologistes les plus érudits de l’Angleterre, comprenant, avec ceux dont les noms précèdent, sir John Lubbock, le professeur Michael Foster et le professeur E. Ray Lankester*.

Cet article étant écrit pour l’homme du monde plutôt que pour l’homme de science, je suis obligé de laisser de côté des détails qui ont leur intérêt.

Si quelqu’un de mes lecteurs désire être plus éclairé sur les progrès récemment réalisés dans la science bactériologique, je

1. Voir aux Documents du présent volume, p. 870-877 : Report of the Gommittee of inquiry into M. Pasteur’s treatment of liydrophobia.

* Dans le texte anglais « Rabies » s’intercalent ici les trois alinéas suivants :

Rabies is a far more common disease tlian is generally supposed, and 1 may be allowed to give one démonstrative proof of this faet.

From January lst to July lst 1889, during a period of six months tlierefore, England sent to the Institute fifty persons bitten by rabid dogs, that is, six or seven eacli month on an average. At that time, Englishmen so bitten paid tbeir own travelling and hôtel expenses in Paris. Since July lst, a fund having been started by the Lord Mayor, according to the third resolution just mentioned, ail Englishmen, however poor, bitten by rabid dogs hâve been able to proceed to Paris. Accordingly, during the months of July and August, that is in the months during whicli the cases of rabies are least numerous, thirty-nine English persons bitten by dogs proved to be rabid hâve been inoculated in the anti-rabic department of the Pasteur Institute. This large nurnber of patients is not due to rabies having increased, but rather to the fact that the préventive treatment is now within reach of everybody in England.

In addition to the documents just mentioned I must also call attention to the Lecture delivered by Dr Armand Ruffer at the meeting of the Rritish Medical Association, at Leeds, on August 16th 1889. The lecturer, after giving a full account of the results gained by the antirabic method, concluded his Lecture bjT stating that this treatment had already been the means of saving over one thousand human lives — a statement winch was greeted with the unanimous applause of the large and learned audience. ( Notes de l’Édition.)

lui conseille de lire la conférence faite le 23 mai 1889 par le D1 Roux, chef de service à l’Institut Pasteur (1). Cette conférence est remarquable non seulement par la précision des connaissances qui y est déployée, mais par la clarté et la netteté du langage. Elle a mérité les applaudissements unanimes avec lesquels l’ont saluée le conseil et les membres de l’illustre Société Royale d’Angleterre.

1. Roux (E.). Les inoculations préventives. Croonian Lecture, delivered May 28, 1889. Pvoceedinys oftlie Royal Society of London, XLt I, 1890, p. 154-172. ( Note de l Edition.)

ALAUIES VIRULENTES.

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